Malte? 6-1 et 4-1. La Turquie? 1-1 et 3-1. Lors du premier tour des qualifications pour la Coupe du monde, l'équipe de Suisse n'a réussi qu'un seul blanchissage malgré la faiblesse de l'opposition, à domicile face à l'Irlande du Nord (2-0), gagnant 2-1 à l'extérieur. Le constat est sans appel, et il a été gravement mis en lumière lors du match aller du premier tour des play-off face à Israël avec cette inquiétante victoire 7-3 à Mezökövesd. Des erreurs individuelles atroces et une impression de fragilité permanente ont conduit à ce désastre défensif face à une équipe d'Israël toute surprise de pouvoir profiter d'autant de largesses dans l'arrière-garde suisse.
Un gros problème défensif à régler
«Même si leurs trois buts sont des beaux buts dans le geste final, c'est nous qui les provoquons», a admis Viola Calligaris, la seule à tenir son rang (et même plus que ça) dans la défense suisse. «On est beaucoup trop ouvertes, on doit être plus concentrées, penser plus à la défense.» Voilà pour l'auto-critique de l'excellente (elle) défenseure centrale de la Nati. Si l'Obwaldienne souligne également le niveau général du football féminin dans le monde, en hausse depuis de nombreuses années («C'est très bien pour le développement de notre sport, il y a moins d'immenses scores avec beaucoup d'écart»), le fait est que la Suisse a un gros problème défensif qu'il faudra régler très vite sous peine de vivre de nombreuses déconvenues très vite. Par exemple dès le deuxième tour des play-off face à l'Autriche ou au Kosovo (2-1 pour l'Autriche à l'aller à Pristina). Ou lors du barrage intercontinental qui pourrait suivre.
Cette solidité défensive doit être éprouvée dès ce mardi à Tourbillon face à Israël lors du match retour. «On veut jouer à zéro», c'est clair et net, assure Viola Calligaris dans une traduction personnelle et très évocatrice de l'allemand («zu Null spielen»). En clair, offrir un blanchissage à Livia Peng, si tant est que la gardienne soit titularisée ce mardi après sa première mi-temps cauchemardesque du match aller. Et que, si elle démarre, elle maîtrise ses gestes techniques, contrairement à ce qui s'est passé sur le premier but israélien, qu'elle a littéralement offert à Talia Sommer.
Un changement de style radical
Revient alors une petite musique que Rafel Navarro déteste entendre et dont il contre la diffusion dès il entend les premières notes: celles de joueuses qui ne seraient pas adaptées au style de jeu qu'il impose à la Nati depuis son arrivée voilà une année. L'équipe de Suisse est en effet passée d'un jour à l'autre du «hard-rock football» de Pia Sundhage à un opéra de musique classique, et, une année plus tard, le constat est que l'amélioration n'est pas flagrante. Le changement de style se voit, bien sûr, et les Suissesses ont mis en place un jeu de passes qui tranche avec le jeu direct voulu par la Suédoise. Mais cette belle harmonie, encore fantasmée pour l'instant, vient se briser sur deux écueils: le manque de tranchant offensif et les erreurs individuelles dans la construction. Ce qui pose la question légitime, qui agace le coach depuis le premier jour: peut-on faire du FC Barcelone sans être le FC Barcelone?
Question longue, réponse courte
Rafel Navarro a senti venir la longue question de Blick à des kilomètres, hier à Tourbillon, et l'a contrée d'une réponse très sèche. Le Catalan croit-il toujours, une année après son arrivée, que ses joueuses peuvent s'adapter à son style? «Oui.» Droit dans les yeux. Sans développement. Juste l'assurance d'un homme convaincu.
Le sélectionneur national sait pourquoi la question lui est posée et il ne l'apprécie pas. Même en voyant Livia Peng relancer dans les pieds d'une attaquante israélienne, même en constatant que sa défense prend trop souvent l'eau en étant hors de position après avoir tenté de construire le jeu, et même en étant bien obligé d'admettre que le rendement offensif est par moment inquiétant, Rafel Navarro ne déviera pas de sa route. Y compris lorsque ses joueuses peinent à appliquer ses préceptes, en particulier Lia Wälti au poste pourtant stratégique de milieu défensive. Comment installer un système de possession performant avec une joueuse incapable de changer de rythme au coeur du jeu? Pas sûr que cette question-là trouve une réponse convaincante.
Les joueuses croient sincèrement au projet
Il ne faut pas cependant interpréter ces erreurs individuelles comme une marque de défiance, bien au contraire. Toutes les prises de paroles publiques des joueuses vont dans le sens de leur sélectionneur, ce qui n'était pas le cas du tout avec Pia Sundhage. Les internationales suisses croient au projet de jeu de leur entraîneur et sont ravies de cette nouvelle identité. Elles travaillent à l'entraînement, elles s'appliquent, mais le fait est que les fenêtres internationales sont peu nombreuses et que le temps manque pour aller jusque dans le détail. «Le coach aimerait avoir plus de temps à disposition, c'est sûr», a souri Viola Calligaris, toujours en réponse à une question de Blick. «Mais on fait avec les jours qu'on à disposition, on travaille à fond et on progresse», a-t-elle encore assuré.
Rafel Navarro, lui, ne reviendra pas en arrière: la Suisse d'aujourd'hui et de demain jouera à la sauce catalane. Le technicien a d'ailleurs été plus prolixe qu'à la question précédente pour souligner que sa philosophie était la bonne. «Que l'on joue selon tel ou tel système, avec une sortie de balle à trois joueuses ou deux, que peut faire un sélectionneur lorsqu'une joueuse fait une passe directement à l'adversaire?», a-t-il fait mine de s'interroger pour se dédouaner. Sa réflexion concernant les buts encaissés est intéressante, d'ailleurs.
Israël plus offensif que prévu
«Ce ne sont pas des erreurs défensives, ce sont des erreurs dans la construction du jeu, donc des erreurs offensives», a-t-il assuré, expliquant qu'il s'attendait vendredi dernier en Hongrie à une autre entame de match de la part d'Israël, plus timide. «Nous pensions qu'elles viendraient en bloc bas et nous avons beaucoup attaqué. C'est vrai que c'était surprenant de les voir avec un état d'esprit aussi offensif», a-t-il admis. Au final, la Suisse s'en est bien sortie avec cette victoire 7-3 qui la met en position idéale avant ce match retour. Mais avec de nombreuses questions autour d'elle, qu'elles plaisent au sélectionneur ou non. Il serait bon d'y apporter quelques réponses ce mardi à Sion, sur le terrain cette fois.