Ferveur algérienne en Italie
«J'ai écourté mes vacances à Rio pour le match contre l'Uruguay»

Les matches des Fennecs dans le nord de l'Italie ont attiré de nombreux membres de la diaspora algérienne. Parmi eux, plusieurs sont venus depuis la Suisse. Ils nous parlent de leur passion débordante et de leurs périples fous.
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Plusieurs heures avant le match Algérie - Guatemala, les supporters algériens étaient réunis devant le stade Luigi Ferraris.
Photo: Thomas Freiburghaus
Thomas Freiburghaus
Thomas FreiburghausJournaliste

Devant les hauts murs du centre d’entraînement de la Juventus, dans le nord de Turin, une silhouette détonne. Habillé tout de vert, chapeau de cow-boy sur la tête, Coupe du monde en plastique brillant dans les mains, Salim est l’un des plus fidèles supporters de l’équipe nationale d’Algérie. L'homme de 47 ans suit sa sélection «partout, depuis 28 ans». Ce dimanche de fin mars, il n’y a même pas de match prévu. L’Algérie sort d'une large victoire face au Guatemala (7-0) à Gênes et joue contre l’Uruguay deux jours plus tard. Mais «Salim Supporter» est là, toujours. Il «a les infos» pour attendre les siens à la sortie des hôtels ou devant les barrières des centres d’entraînement, aux bonnes heures, jamais découragé, même quand il a dû faire de l'auto-stop pour y parvenir.

Seul sur le bitume turinois en cette fin d'après-midi, il repère le bus algérien à plusieurs centaines de mètres, depuis sa position stratégique. «Ils sont surpris dans le bus. Ils paniquent un peu. Salim est toujours là. Je leur dis: ‘Regardez! Un supporter est là. Et je leur fais un petit coucou», explique celui qui dépense une bonne partie de son argent pour suivre les Verts partout dans le monde.

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«Salim Supporter» est le seul à attendre le bus de l'équipe nationale d'Algérie, en ce dimanche après-midi.
Photo: Thomas Freiburghaus

Ses joueurs préférés se rendent compte de la passion de leurs supporters. «Ils sont derrière nous. Ils ont beaucoup d’attentes, à juste titre. C’est comme ça, c’est la sélection algérienne», lâchait Houssem Aouar avant match contre Guatemala. «On sait qu’il y a beaucoup d’Algériens aux alentours. On les attends nombreux pour mettre une ambiance de folie», disait quant à lui Amine Gouiri.

Si Salim vient de région parisienne, plusieurs Algériens établis en Suisse ont profité de la proximité du rassemblement en Italie du Nord pour venir pousser la troupe de Vladimir Petkovic. Pour Blick, ils décryptent la folle passion des supporters algériens pour leur équipe nationale, depuis Gênes et Turin.

Huit heure de route jusqu'à Gênes

Vendredi 27 mars. Jour de match à Gênes. Autour de la gare et jusqu’au port, dans les halls d’hôtels et dans les cafés, on entend de plus en plus de personnes s’exprimer en arabes ou en français. Les Algériens descendus à Gênes se croisent, se reconnaissent, se saluent. Il y a ceux qui habitent la région, ceux venus de n’importe où en France. Et il y a Abdelghani, 35 ans, descendu depuis Porrentruy (JU) dans la nuit.

«Mes amis sont venus me chercher dans le Jura, ils habitent vers Montbéliard, donc on n’est pas loin. Le seul souci, c’est qu’il y avait pas mal de neige, ils ont bien galéré», rigole cet infirmier qui travaille dans les ambulances à Neuchâtel. Abdelghani et ses deux compagnons ont fait huit heures de route (dont deux heures de bouchons dans le Gothard). «On a roulé toute la nuit en parlant Algérie», raconte «Abdel». Foot, politique, voyage au pays, tout se mêle dans les discussions des jeunes hommes.

Sur le port de Gênes, les trois compères sont facilement identifiables: «Abdel» porte le maillot de l’équipe nationale, Ghani (l'ami) le survêtement et Zinédine («comme Zidane», le cousin) le couvre-chef. À la fenêtre de leur voiture, un petit drapeau algérien prend le vent. «Il flotte pas comme les autres, ce drapeau», théorise «Zizou».

L'Algérie comparée au FC Sochaux-Montbéliar

Les trois hommes suivent leur équipe partout ou presque. «Quand on voit que l’Algérie joue, même loin, on y va», tonnent-ils en chœur. Après avoir vécu la dernière CAN ensemble au Maroc, ils rêvent de la Coupe du monde aux États-Unis. «Elle est pour nous», affirme même Ghani. Ses potes se marrent. «Tu voyais Sochaux battre Dortmund?», répond le doyen du trio du tac au tac, en référence à la victoire du club de leur région en Ligue Europa 2003/04.

Adbelghani, Zinédine et Ghani sur le port de Gênes, drapeaux sortis.
Photo: Thomas Freiburghaus

Au sein du groupe, les débats sont légions, les positions acerbes, les vannes rapides. Comme au sein de la société algérienne. «On est très critiques sur les choix, on en attend énormément. On a deux étoiles sur le maillot, on est l'équipe nationale d’Algérie, quand même!», lance Zinédine, sans manquer de rappeler la devise officielle de la République d’Algérie: «Par le Peuple et pour le Peuple».

À Gênes, seuls quelques milliers de supporters algériens étaient présents dans les tribunes très clairsemées du stade Luigi Ferraris. Ce qui n’a pas empêché les plus motivés de mettre une ambiance algérienne, à base de darbouka (instruments de percussion) et de fumigènes, des heures avant le début de la rencontre.

Douze heures de vol depuis Rio de Janeiro

Quatre jours après, à Turin, l’affiche est toute autre: exit le modeste Guatemala, bienvenue le légendaire Uruguay. Malgré la belle affiche, le stade de la Juve sera pourtant bien loin d'être plein. Mais de nombreux Algériens se sont tout de même déplacés pour voir leur sélection rivaliser avec l’Uruguay de Marcelo Bielsa et Federico Valverde.

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La diaspora algérienne s'est déplacée en nombre jusqu'à Turin.
Photo: Thomas Freiburghaus

Nazim, habitant de Gland (VD), n’a pas fait huit heures de route pour venir supporter les Verts. Lui a passé douze heures dans les airs. «J’étais en vacances à Rio, je rentre spécialement pour le match», explique celui qui sort à peine d’une escale à Madrid. L’homme de 42 ans a préféré le match amical des Fennecs aux couchers de soleil d'Ipanema ou de Copacabana. Pour décrire son engagement envers son équipe nationale, il cite une anecdote vécue en Suisse, dans «[son] deuxième pays». «J’avais emmené mon fils à Algérie-Arménie en 2014 à Sion. Au premier but algérien, il a pleuré tellement il y avait de bruit», rigole celui qui se rappelle aussi des drapeaux algériens envolés des voitures et qui ont terminé sur l’autoroute valaisanne.

Avec quel 12e homme à la Coupe du monde?

Douze ans après, l’Algérie va retrouver la Coupe du monde, aux États-Unis. «Je suis à deux doigts d’aller voir le match contre l’Argentine, même si c’est à Kansas. Ça pourrait être à sur l’Île de Pâques que j’aimerais y aller», continue Nazim. Comme la plupart de ses compatriotes, le Vaudois croit aux chances de son équipe au Mondial.

«On a toujours besoin de notre peuple, c’est notre douzième homme. J'espère qu'ils viendront nombreux à la Coupe du monde, parce que sans eux, on ne pourra pas faire grand chose», résume bien le capitaine de la sélection Riyad Mahrez. Malheureusement, la plupart des supporters algériens croisés ne sont pas encore sûrs de s’y rendre. En cause, les prix exorbitants des places et une «caution» de 15’000 dollars accompagnant le visa. Peu importe le nombre (à l'image des matches en Italie), l'ambiance sera de toute façon folle, parfois excessive (trop nombreux envahissements de pelouse face à l'Uruguay), toujours débordante de passion pour les Verts.

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