La décision de retirer la victoire en Coupe d'Afrique des Nations au profit du Maroc a évidemment fait beaucoup parler. D'un côté, on parle volontiers de cabale. Pourtant, la Confédération Africaine de Football (CAF) a strictement suivi le règlement pour légiférer et rendre son verdict. C'est ce que rappel Raoul Savoy, fin connaisseur du football africain au sein duquel il travaille depuis 20 ans.
Pour Blick, le citoyen de Sainte-Croix est revenu sur cette affaire d'état qui secoue tout un continent. Avec mesure et nuance, le sélectionneur national du Tchad pèse le pour et le contre à quelques jours d'une double confrontation décisive pour son pays d'adoption contre le Burundi.
Raoul, quand tu regardes cette finale aujourd’hui, avec le recul, tu dis quoi?
Si tu veux un point de vue cohérent, il faut s’appuyer strictement sur les règlements de la CAF, notamment les articles 82 et 84, sans passion nationaliste ni complotisme. Le Sénégal a gagné sur le rectangle vert, et le Maroc l’a gagné sur tapis vert. Ça ne remet pas en cause la qualité du match ni les débats sur l’arbitrage, mais ça sanctionne un acte grave qui a fait imploser la finale et donné une image dramatique.
Le règlement est central dans ton analyse?
Oui. Le règlement de la CAN est clair, on ne peut pas l’ignorer sous prétexte que le match a repris ou que l’arbitrage était contestable. Le penalty et le but refusé sont des décisions de jeu, avec la VAR, donc non révisables juridiquement.
Le moment clé, c’est la sortie du terrain?
Oui, car c’est un choix délibéré du staff sénégalais. Il y a eu 14 minutes d’interruption, des violences, du chaos, des discussions, des gens qui descendent au bord du terrain, des joueurs qui entrent et sortent, des échanges de noms d’oiseaux entre les équipes. Ensuite, Diaz rate son penalty dans un climat assez surréaliste, avec une panenka. Peut-être que sans tout ça, le match n’aurait pas été pollué de cette manière.
Pourquoi la CAF sanctionne aussi fortement selon toi?
Il y a un effet dissuasif. Si tu acceptes ce genre de situation sans sanction, tu crées un précédent dangereux. Toutes les équipes qui se sentent flouées pourraient quitter le terrain, et ça deviendrait compliqué à gérer.
Certains parlent de complot…
Il faut arrêter avec ça. La décision est tardive, oui, mais elle suit une procédure d’appel. Le temps juridique n’est pas celui des émotions ou des réseaux sociaux. La CAF a choisi la cohérence juridique plutôt que l'émotion. Et c'est la seule lecture qui tient debout. Les complots, l'arbitre vendu et tout le reste, cela relève du folklore pour moi. Même si la sanction peut paraître sévère, puisque le match est terminé, le trophée a été remis et les célébrations ont eu lieu, le règlement doit être appliqué.
Le Sénégal veut aller au Tribunal Arbitral du Sport (TAS). Tu y crois?
C’est son droit. Il peut estimer que la sanction est disproportionnée ou que la procédure a été longue. Mais je pense que le TAS va respecter le règlement de la CAF et confirmer la décision. Le Sénégal a gagné sur le terrain, le Maroc sur tapis vert. Et dans tout ça, c’est le football africain qui sort affaibli. En résumé, sur le terrain le Sénégal a été héroïque et a gagné. On peut dire que c'est le vainqueur du cœur. Et puis sur le plan réglementaire et disciplinaire, il y a un vainqueur administratif qu'est le Maroc.