De nombreux défis pour la Nati
Murat Yakin: «Granit agit dans l'intérêt de l'équipe»

Granit Xhaka et l'enquête liée au Covid, la retraite internationale de Noah Okafor, les joueurs binationaux. Le sélectionneur de la Suisse, Murat Yakin, évoque les principaux défis de la Nati dans une interview accordée à Blick.
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Murat Yakin, sélectionneur de la Nati, aborde tous les sujets chauds pour Blick.
Photo: Toto Marti
Tobias Wedermann et Toto Marti

Il est rare de devoir attendre Murat Yakin avant une interview. Cette fois, l'entraîneur de la Nati a une bonne raison: sa valise n'a pas suivi son vol jusqu'à Belek avant le rassemblement, et il doit donc acheter des vêtements en urgence. C'est ainsi que Blick retrouve le sélectionneur suisse, à la veille du rassemblement de la Nati, dans l'un des grands centres commerciaux de Belek, le Land of Legends. «Muri» est sans cesse abordé par des touristes et prend la pose pour des selfies.

Murat Yakin, de quel problème devrions-nous parler en premier? Granit Xhaka et le faux certificat de vaccination? La joueurs à double nationalité? Noah Okafor? Ou la valise qui manque?

Après toutes ces années dans le monde du football et en tant que sélectionneur national, je suis habitué aux périodes tumultueuses. Je ne pense jamais en termes de problèmes, mais toujours en termes de solutions.

La solution pour votre capitaine est qu'il reste chez lui. Malgré la procédure en cours, vous comptiez sur lui jusqu'à dimanche soir. Comment évaluez-vous les événements du week-end et sa décision?

Granit a reconnu qu'il avait commis une erreur. Il est désolé et a assumé publiquement la responsabilité de son comportement. En s'absentant de ce rassemblement de l'équipe nationale, il souhaite, dans cette phase de débat public bruyant et controversé, protéger l'équipe afin qu'elle puisse se concentrer pleinement sur les matches importants de la Nations League. D'un point de vue sportif, c'est bien sûr très regrettable de devoir me passer de lui. Mais lui et nous étions d'accord sur le fait que c'était la bonne décision à prendre en ce moment.

En avez-vous discuté directement avec Granit Xhaka? Comment gère-t-il la situation?

Granit et moi sommes toujours en contact. Il est très réfléchi, lucide. Il pense et agit dans l'intérêt de l'équipe. J'apprécie beaucoup cela.

Il a reconnu dans sa déclaration avoir commis le délit de faux. Dans ce contexte, Granit Xhaka a-t-il encore un avenir au sein de la Nati, surtout en tant que capitaine?

Notre président a déjà indiqué que l'ASF souhaitait discuter de la situation avec Granit après les quatre matches internationaux. Et je suis convaincu que nous trouverons une bonne solution pour tout le monde.

Granit Xhaka avait déjà divisé les opinions pendant la Coupe du monde. Certains de ses coéquipiers l'auraient trouvé trop critique dans ses relations personnelles.

Granit veut gagner à tout prix. On le sent chaque jour au sein de la Nati: il veille à ce qu'aucun d'entre nous ne relâche ses efforts. Cela vaut aussi bien pour ses coéquipiers que pour le staff. Il est possible que tout le monde ne le supporte pas toujours aussi bien. Moi aussi, j'apprends sans cesse de nouvelles choses au contact de Granit.

Et quand il se montre trop critique envers ses coéquipiers?

Il y a des moments où il ne peut pas se retenir, mais où il fait toujours clairement comprendre à chacun qu'il attend davantage, y compris de lui-même. C'est peut-être justement l'une des raisons pour lesquelles la Nati a toujours connu autant de succès au fil des ans avec lui comme leader. Et quand la pression devient trop forte, les joueurs peuvent régler ça entre eux. On peut toujours parler avec Granit.

L'absence de Granit Xhaka est une formidable opportunité pour Ardon Jashari de pouvoir enfin s'imposer à son poste sur plusieurs matches.

Indépendamment de la polémique autour de Granit, j'ai une très haute opinion d'Ardon. Ses performances à l'entraînement lors de la Coupe du monde m'ont impressionné, tout comme sa volonté de se mettre au service de l'équipe. Je suis fermement convaincu qu'Ardon a le caractère et les capacités nécessaires pour devenir un joueur clé de la Nati.

Ardon Jashari fait partie de la jeune génération, qui s'étoffe encore davantage lors de ce stage. Que pensez-vous des nouveaux venus Winsley Boteli, Sascha Britschgi et Zachary Athekame?

Ces trois joueurs me font très plaisir. Ils ont fait d'énormes progrès ces derniers mois et se sont imposés pour la sélection nationale. Ils ont tous du talent et apportent une insouciance rafraîchissante, à l'image de ce qu'avait déjà fait Johan Manzambi.

Outre Granit Xhaka, Breel Embolo est également absent dans un premier temps, suspendu pour le prochain match. Winsley Boteli peut-il faire concurrence à votre attaquant numéro 1?

Dans sa forme actuelle, Winsley marquerait des buts même depuis le parking devant le stade (rires). S'il parvient à confirmer cette forme en équipe nationale, nous disposerons d'une autre très bonne option au poste d'attaquant.

Noah Okafor ne souhaite plus jouer en équipe nationale sous vos ordres et vous a adressé de vifs reproches dans un message publié sur les réseaux sociaux.

Il était blessé dans les semaines précédant la Coupe du monde et n'a pas pu participer au stage de mars. À cela s'ajoute toute l'histoire autour de l'Euro 2024, et pourtant, je lui ai donné sa chance.

Il semble que le camp Noah Okafor ne voie pas les choses ainsi, comme si l'attaquant n'avait pas eu de véritable chance. Il vous reproche par exemple d'avoir réagi de manière excessive lors du lancer de bouteille à la 94e minute contre l'Algérie.

C'était l'une des nombreuses situations où il n'avait pas participé à la défense collective. Pour moi, c'est inacceptable. Dans ma conception tactique, chaque joueur a un rôle clair à jouer, y compris en phase défensive, ce que je n'ai pas vu chez lui sur le terrain. Nous avons manifestement des conceptions différentes du travail défensif. Pour moi, ce chapitre est désormais clos.

Étiez-vous au courant de l'incident survenu lors de la fête d'anniversaire de Noah Okafor au Fischers Fritz avant le rassemblement de l'équipe?

Oui, le propriétaire m'avait contacté et j'avais aidé à apaiser la situation à l'époque.

Le nom d'Alessandro Romano, qui n'est pas non plus de la partie avec la Nati, a également fait l'objet de vifs débats. Il a choisi l'Italie. Dans quelle mesure vous êtes-vous battu pour le recruter?

Je n'ai jamais voulu le convaincre de quoi que ce soit. Je me suis toutefois rendu en Sardaigne pour lui présenter une voie possible vers la Nati. À mon arrivée à Cagliari, j'ai senti qu'il voulait jouer pour l'Italie. Je l'ai tout de même amené à réfléchir. Je ne pense pas que nous aurions pu faire les choses différemment, c'est d'ailleurs ce qu'Alessandro a dit lui-même. Son cœur appartient à l'Italie.

Votre voyage en Sardaigne est toutefois arrivé tard... trop tard? Certains affirment que la fédération a manqué le coche avec Alessandro Romano.

Nous avons sélectionné Alessandro dans toutes les équipes de jeunes, nous l'avons soutenu, nous l'avons formé dans le cadre de notre programme de promotion des talents «SFV Footuro» et l'avons aligné dans un total de 34 matches internationaux chez les jeunes. Qu'a donc fait la fédération italienne pour lui? Nous ne pouvons pas accorder un traitement de faveur aux joueurs ayant la double nationalité par rapport à ceux qui n'ont «que» le passeport suisse. Ce serait injuste.

Dans d'autres pays, le sélectionneur de l'équipe nationale A s'intéresse plus tôt aux jeunes talents. En fin de compte, de nombreux joueurs veulent vous voir, vous entendre et connaître vos projets.

Ma mission principale en tant que sélectionneur national est de gagner des matches avec mon équipe. C'est là-dessus que je me concentre. En tant que fédération, nous avons une stratégie pour planifier et gérer la présence des nombreux joueurs à double nationalité dans les équipes de jeunes. C'est un travail d'équipe.

D'autres pays bloquent leurs talents en les convoquant en sélection.

Ce n'est pas notre style et cela ne correspond pas à nos valeurs. Nous ne convoquons pas de joueurs et ne leur accordons pas de temps de jeu dans le seul but de les bloquer prématurément. Nous sélectionnons des joueurs qui font leurs preuves en club et chez lesquels nous voyons un potentiel. Au final, il faut remettre en question et repenser le règlement de la FIFA concernant le changement éventuel de nationalité jusqu'à l'équipe nationale A. Les fédérations devraient se concentrer avant tout sur la formation des talents, et non sur leur débauchage.

Marinko Jurendic fait désormais partie de la direction de la fédération. Comment se passent les échanges?

Nous nous connaissons depuis très longtemps, nous avons suivi ensemble la formation d'entraîneurs. Depuis sa nomination, nous avons eu de nombreuses discussions longues et franches. Nos portes sont toujours ouvertes l'un pour l'autre. Il assiste aux réunions, observe tout pour se faire une idée.

Marinko Jurendic serait également votre interlocuteur pour un nouveau contrat. De nombreux sélectionneurs nationaux se sont vu attribuer des contrats de longue durée cet été. Il vous reste encore deux ans.

Mon premier contrat avec la sélection nationale en 2021 durait trois mois, donc cela ne me dérange pas (rires). L'essentiel, ce n'est pas la durée du contrat, mais une vision commune.

Vous et Marinko Jurendic partagez la même vision?

Nous avons déjà eu des premiers entretiens, auxquels le président Peter Knäbel a également participé. Notre objectif, ce sont l'Euro 2028 et la Coupe du monde 2030, pour lesquels nous intégrerons à nouveau de nombreux jeunes joueurs afin de former une nouvelle équipe solide. Pour cela, un plan à long terme est certainement un atout.

Les questions concernant l’absence de Granit Xhaka et ses aveux sur les réseaux sociaux ont été transmises après l’interview.

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