«Tout pourrait recommencer», confie Ludovic Magnin à Blick, dans un éclat de rire qui paraît sincère. Le Vaudois est fidèle à lui-même: jovial, direct, sans détour. Déjà lorsqu’il arpentait les terrains au poste de latéral gauche, il ne cachait pas ce qu’il pensait. «Je suis authentique. J’ai toujours été comme ça et ça m’a plutôt bien réussi.»
Environ neuf mois après son départ soudain du FC Bâle, une seule envie anime Ludovic Magnin: retrouver rapidement un banc.
Pas question pour autant de passer des mois à ressasser son éviction du club rhénan. «Pourquoi le ferais-je? J’ai fait mon travail et je peux me regarder dans le miroir sans problème.» Son licenciement au FC Zurich avait été beaucoup plus difficile à vivre, car il le comprenait davantage. «Je n’étais plus à la hauteur et je le sentais venir, parce que je n’arrivais plus à concerner l’équipe comme je le souhaitais.» Chaque club a son histoire, poursuit-il. «C’est la vie. Se plaindre n’est pas une option!»
«Enormément de retours positifs»
De son passage à Bâle, il retient surtout la réaction des joueurs. «J’ai reçu énormément de retours positifs de l’équipe. Le capitaine a même dit publiquement qu’ils ne comprenaient pas mon licenciement. Pour moi, c’est important et ça compte dans mon analyse.»
Avec le vestiaire, assure-t-il, tout fonctionnait. «Les gars étaient super. Il n’y avait absolument aucun problème relationnel.» Son départ l’a donc surpris. Mais Magnin ne veut pas régler ses comptes. «Je n’ai aucune rancune. Je m’en tiens aux faits. Avec ma personnalité, je pense que j’aurais bien correspondu à ces supporters exceptionnels. C’est peut-être ce qui me rend triste.»
En observation à Stuttgart
Ces derniers mois, l’ancien international suisse en a profité pour élargir ses horizons. Près de vingt ans après son titre de champion d’Allemagne avec Stuttgart, il entretient toujours des liens étroits avec le VfB. Son ancien coéquipier Christian Gentner, aujourd’hui directeur sportif du club, lui a notamment permis d’observer de près le fonctionnement de l’équipe.
«Grâce à mes contacts en Allemagne, j’ai souvent accès à des informations et à des échanges intéressants. J’ai pu vraiment approfondir ma connaissance de ce club passionnant», raconte Magnin. Depuis plusieurs années, le Vaudois suit avec attention le travail mené à Stuttgart et se dit impressionné par l’évolution du club sous Sebastian Hoeness. «C’est un entraîneur intéressant, avec d’excellents joueurs. Il y a une dynamique saine et positive.»
«Il faut pouvoir compter sur ses supérieurs»
L'ancien entraîneur du LS explique avoir pu discuter avec plusieurs personnes au sein du club et se faire une idée précise de son fonctionnement. «Sur beaucoup de points, je retrouve des choses qui correspondent à ma propre approche. C’est rassurant de voir que certaines méthodes auxquelles je crois fonctionnent à ce niveau.»
Cette période sans club lui sert aussi à prendre du recul. A observer, apprendre et remettre certaines idées à plat. «Pour moi, c’est important d’étudier le travail d’autres entraîneurs, dans d’autres pays et d’autres contextes. Comment aurais-je géré telle situation? Où puis-je encore progresser? Comment les dirigeants réagissent-ils quand la pression augmente et que les résultats ne suivent plus?» Magnin observe tout. Partout.
L'exemple de Lucien Favre
Une chose lui paraît essentielle: «Un entraîneur a besoin d’une certaine liberté pour prendre ses décisions.»
Il cite notamment une récente interview d’Urs Fischer accordée à Blick. «Je ne peux qu’être d’accord avec ce qu’a dit Urs.» Pour Magnin, le soutien de la direction devient crucial lorsque les difficultés commencent. «A un moment ou à un autre, un entraîneur rencontre forcément de la résistance. Je l’ai vécu à Lausanne, à Altach et au FC Zurich. Dans ces moments-là, il faut pouvoir compter sur ses supérieurs.»
Il prend l’exemple de Lucien Favre. «Combien de fois a-t-il connu des débuts compliqués? Et puis la situation s’est améliorée. Parfois, il faut simplement du temps. Cette patience manque parfois aujourd’hui.» Magnin admire également le parcours d’Urs Fischer. «Les chemins détournés qu’il a empruntés sont impressionnants.»
«Ouvert à beaucoup de choses»
Et pour la suite? L’ancien international ne se fixe presque aucune limite géographique. «Tous les pays sont envisageables. Je ne choisis pas un poste uniquement en fonction du championnat. Même une équipe de deuxième division dans l’un des cinq grands pays pourrait m’intéresser.»
Il rappelle qu’en tant que joueur déjà, il n’avait pas toujours suivi le chemin le plus direct. «Deuxième division, Ligue 2, Serie B… Au bout du compte, il faut surtout savoir ce qu’on défend et ce qu’on veut. Ensuite, on peut rester ouvert à beaucoup de choses.»
Descendre d’un échelon ne lui pose aucun problème. «Qu’est-ce qu’il y aurait de mal à ça? J’adore les vestiaires, j’adore le football. Je veux être sur le terrain. C’est là que je suis dans mon élément. Il ne faut jamais oublier d’où l’on vient et il faut aussi savoir évaluer ses propres limites.»
Magnin se veut lucide sur sa situation. «Quand on est un entraîneur suisse, il faut être prêt à en faire davantage pour prouver ce qu’on vaut. J’ai toujours fonctionné comme ça et, jusqu’ici, ça m’a plutôt réussi.»
L'importance de prendre du plaisir
L’arrivée d’André Breitenreiter, ancien champion de Suisse, au Hansa Rostock en troisième division allemande lui paraît ainsi tout sauf surprenante. «Je trouve que c’est un bon choix», assure-t-il, même si cette décision a pu étonner certains observateurs.
«Il faut aussi regarder avec qui on travaille et si on prend du plaisir. J’ai joué contre Rostock en Bundesliga. Là-bas, le football se vit à fond, avec toute sa folie et toute son euphorie. Peut-être que beaucoup de gens en Suisse ne s’en rendent pas compte.» Magnin peut s’enthousiasmer pour beaucoup de projets, mais il pose tout de même quelques conditions. «Je cherche avant tout des gens et une direction qui me veulent vraiment.»
Et le Vaudois connaît aussi sa valeur. «Si je dois quitter ma famille et ne la voir que trois jours par mois, alors il faut que l’ensemble du projet soit vraiment convaincant.» Pas question, donc, de se précipiter. Ludovic Magnin veut revenir sur un banc. Mais seulement si le projet lui correspond vraiment.