Coup d'envoi à 20h45 à Skopje
L'esprit d'Alexandre le Grand pour inspirer cette nouvelle Nati et Winsley Boteli?

L'équipe de Suisse ouvre une nouvelle ère ce samedi à Skopje, cette magnifique ville des Balkans qui honore Alexandre le Grand... sans avoir le droit de le nommer. Winsley Boteli incarne la relève et ce vent de fraîcheur qui souffle sur la Nati.
Alexandre le Grand? Ou un simple «guerrier à cheval»?
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Tim GuilleminResponsable du pôle Sport

Les joueurs de la Nati les plus curieux et passionnés d'histoire ont eu assez de temps samedi matin pour plonger dans la riche histoire de la Macédoine du Nord, ce pays qui n'aime pas son nom et qui honore l'un des plus grands guerriers de l'Histoire sans avoir le droit d'écrire son patronyme. L'affaire est connue: dans la vie, il faut savoir faire des concessions et, pour exister, le peuple macédonien a dû avaler quelques couleuvres de la taille de crocodiles adultes.

Si l'histoire des Balkans est complexe dans à peu près chaque pays issu de la Yougoslavie, la Macédoine du Nord incarne au maximum l'ouverture -ou le tiraillement- à plusieurs cultures et religions. A Skopje, ou Shkup en albanais, le cyrillique côtoie les lettres latines dans chaque aspect de la vie quotidienne, et les influences bulgares, serbes, albanaises, grecques et turques sont partout, y compris au sein de l'équipe nationale et de ses joueurs.

Ardon Jashari, macédonien albanophone

Il était ainsi particulièrement frappant d'observer qu'Ardon Jashari, présent à la conférence de presse de l'équipe de Suisse à la veille de ce premier match de Ligue des Nations, a dit toute sa fierté et son émotion de venir jouer dans son pays d'origine et qu'il aurait de nombreux amis et membres de sa famille présents ce samedi dans les tribunes du stade Todor Proeski. Sauf que le milieu de terrain suisse, né à Cham, parle albanais et non le macédonien, la langue officielle et majoritaire, comme Admir Mehmedi et Blerim Dzemaili avant lui. Il a donc eu besoin des services de la traductrice allemand-macédonien pour se faire comprendre des reporters locaux, ce qui a fait ressembler, au fond, cette conférence de presse à celles de l'équipe de Suisse, où plusieurs langues se côtoient là aussi plus ou moins joyeusement.

Macédoine du Nord ou Macédoine tout court?

Si les habitants de la Macédoine du Nord rejettent leur appellation officielle, ce n'est cependant pas en raison de ces différences culturelles, bien au contraire: ils se considèrent comme les habitants de la «vraie» Macédoine, un nom également porté par une région grecque (et une autre en Bulgarie, d'ailleurs) et refusent d'accoler le très officiel «du Nord» à leur nom. Chaque plaque ou panneau indicateur comportant le «Severna» écrit en cyrillique est ainsi scrupuleusement barré par des graffitis ou recouvert par de la peinture artisanale. Ici, monsieur, on est macédonien, point barre.

Le «Guerrier à cheval» anonyme...

Et Alexandre le Grand, alors? La majestueuse et très impressionnante statue du centre-ville, s'appelle officiellement... la «Statue du Guerrier à cheval», les Grecs considérant que le fier combattant appartient à leur histoire, ce que contestent les Macédoniens. Alors, en passant devant le grand homme et en le saluant respectueusement en entrant dans la vieille ville de Skopje, aucune chance de voir le nom d'Alexandre sur une plaque, même discrète. La vie est faite de petites batailles, plus ou moins symboliques, et la Macédoine du Nord a perdu celle-là... ce qui n'empêche personne de penser que ce «guerrier à cheval» ressemble furieusement à Alexandre le Grand.

Les joueurs de la Nati ont donc beaucoup de bonnes raisons de s'intéresser à autre chose qu'à leur certificat Covid depuis leur arrivée dans les Balkans et les plus férus d'histoire y trouveront leur compte. Winsley Boteli fait-il partie de ceux-ci? Le Genevois, en tout cas, a déjà affiché son intention de graver son nom en lettres d'or dans le grand livre du football, ce qui est déjà une belle manière d'entrer dans l'éternité. Y parviendra-t-il? Si ses accomplissements sont à la hauteur de sa confiance en lui, alors ce jeune homme ira loin. Très loin. Peut-être pas jusqu'en Mésopotamie ou à Babylone comme Alexandre, mais au moins, disons, jusque dans un grand club anglais, italien ou espagnol. La gloire et les confins de l'empire ont changé de latitudes depuis le 4e siècle avant Jésus-Christ.

Breel Embolo refait parler de lui pour les mauvaises raisons

Il aura d'ailleurs sans doute l'occasion durant les quatre prochains matches de jouer encore plus qu'il l'avait imaginé au départ, puisque Breel Embolo a de nouveau trouvé un moyen de faire parler de lui pour autre chose que ses buts. Après l'épisode malheureux du visa pour entrer sur le territoire américain, après son plongeon de simulateur contre l'Argentine, voilà le Bâlois éjecté de la Nati pour ce rassemblement, alors qu'il devait, initialement, manquer uniquement ce premier match ici à Skopje et revenir pour affronter l'Ecosse à Glasgow, puis la Slovénie et la Macédoine du Nord à Lucerne. Il n'en sera rien et Murat Yakin a affirmé vendredi qu'il débuterait cette campagne avec trois avant-centres: Cédric Itten, Zeki Amdouni et Winsley Boteli.

Trois avant-centres, c'est tout?

Sera-t-il tenté d'en appeler un autre en rentrant d'Ecosse? Si oui, qui? Sur sa liste de piquet figurent deux attaquants: Andi Zeqiri et Franck Surdez. Dans la sélection actuelle, Dan Ndoye, Joël Monteiro et Johan Manzambi peuvent jouer un rôle offensif. Et chez les M21, Alessandro Vogt pourrait éventuellement faire le saut, mais les espoirs ont deux matches très importants à venir, en Islande et en France. Il y a donc fort à parier que Murat Yakin abordera ces quatre matches avec Cédric Itten, Zeki Amdouni et Winsley Boteli. Et que, donc, l'attaquant du FC Sion aura un rôle très en vue à jouer.

Une chance pour Zachary Athekame

Il ne sera pas le seul jeune à avoir l'occasion de se montrer. La retraite internationale de Silvan Widmer et le forfait de Denis Zakaria offrent à Sascha Britschgi et Zachary Athekame, extrêmement performant avec Lyon, un boulevard à droite, tandis que le manque de compétition de Ricardo Rodriguez redistribue même les cartes à gauche. Il existe même un scénario, pas du tout illusoire, où la Suisse joue à trois défenseurs centraux lors de ce rassemblement, avec, par exemple Dan Ndoye, Michel Aebischer ou Fabian Rieder en piston gauche suivant la configuration de la rencontre. Alvyn Sanches va lui aussi connaître ses premières minutes en match officiel avec la Nati et aura une belle carte à jouer.

Ardon Jashari, le nouveau boss à mi-terrain?

Un autre jeune, déjà bien plus établi, aura un rôle prépondérant à jouer dans les dix prochains jours: Ardon Jashari. Le milieu de terrain de l'AC Milan sera titulaire devant la défense à la place de Granit Xhaka. «Il a disputé trois grands tournois avec nous. J'ai souvent regretté de ne pas le faire plus jouer, notamment aux Etats-Unis cet été. Ardon a été très performant aux entraînements. Il est prêt», a assuré Murat Yakin vendredi. Il aura l'occasion de le prouver dès ce samedi à la National Arena de Skopje. Et sans doute mardi à Glasgow.

Oui, une nouvelle ère s'ouvre pour la Nati ce samedi, au pied de la statue de l'un des plus grands guerriers de l'histoire, à pied comme à cheval.

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