En visite chez le Genevois
Denis Zakaria, heureux comme un prince à Monaco

Le Genevois de 29 ans atteint sa plénitude à Monaco, où il joue et réside depuis plus de trois ans maintenant. Heureux dans sa vie, épanoui sur le terrain, «Zak» se confie depuis le Rocher et dévoile d’où il tire sa force de caractère et son esprit de leadership.
Denis Zakaria depuis le fameux Rocher, avec vue sur le Port Hercule.
Photo: Caterina Suzzi
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Tim Guillemin
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Denis Zakaria ne peut s’empêcher de sourire en évoquant les promenades ensoleillées de fin d’après-midi avec sa maman, le long du mondialement célèbre port Hercule de Monaco. Le footballeur vit seul, dans un appartement situé non loin de cet endroit emblématique, mais il y accueille évidemment très souvent Rina, la femme qui compte plus que tout dans sa vie et, ensemble, il leur arrive de cheminer le long des yachts des milliardaires et de parler du temps qui passe et d’où ils sont partis pour en arriver là.

Si le footballeur est né à Genève voilà 29 ans, tout près du centre-ville, il connaît l’histoire de sa maman par cœur et surtout les sacrifices qu’elle a effectués tout au long de son parcours. Alors oui, quand il la voit accrochée à son bras dans ce décor de rêve, il éprouve, pourquoi le cacher, un petit sentiment de fierté bien légitime. «Maman, elle a tout fait, c’est une guerrière! Gouvernante, aide-soignante, femme de ménage, réceptionniste… Tous ces petits boulots, en plus d’élever trois enfants. Et, en plus, dans les faits, on était quatre, avec mon cousin. Aujourd’hui, elle est à la retraite et elle peut enfin être un peu tranquille», se réjouit celui qui vit depuis trois ans à Monaco, où il est devenu capitaine du club de football, l’un des plus réputés du championnat français.

Photo: RMS

Arrivée à Genève à l’âge de 30 ans en provenance du Sud-Soudan, l’un des pays les plus pauvres du continent africain, Rina a surmonté toutes les épreuves de la vie et transmis sa force de caractère à ses enfants, dont Denis, mais aussi et surtout une éducation respectueuse et saine. Ces valeurs permettent au footballeur de garder les pieds bien accrochés au sol alors que boucler le budget mensuel n’est désormais plus un problème. Plus du tout, même.

«Mais l’argent ne m’a jamais fait tourner la tête, même quand j’ai commencé à en gagner un peu au début à Servette.» Sa première paie de footballeur professionnel, à même pas 20 ans? Pour sa mère, comme un acte symbolique. Et les suivantes? «Un peu pour moi quand même», sourit-il. Pas question de le cacher, «Zak» aime les belles montres, les belles voitures et s’accorde un bon restaurant de temps en temps en famille. Mais sans excès et sans «bling-bling», même à Monaco.

Photo: Caterina Suzzi

«De toute façon, ici, je ne serai jamais le plus connu», s’amuse-t-il. Il ne fréquente d’ailleurs pas la jet-set locale et n’a jamais croisé Novak Djokovic, Tadej Pogacar et Lewis Hamilton, les superstars du sport qui sont ses voisins à Monte-Carlo. «Mes potes, ce sont les mêmes depuis l’enfance. Et ils s’en fichent pas mal que je joue à Mönchengladbach, à Turin ou à Monaco. Ils sont toujours venus me voir où que je joue et que je vive», assure le Genevois, fidèle en amitié et à ses valeurs, lui qui apprécie le fait de servir d’exemple pour les plus jeunes. Il les met d’ailleurs régulièrement en garde sur les dangers liés à la notoriété et à l’argent qui tombe peut-être un peu trop vite sur les comptes en banque de joueurs pas forcément assez matures pour le gérer intelligemment.

Un homme heureux, tout simplement

Car les pièges d’une carrière professionnelle, Denis Zakaria les connaît. Après un début de carrière très prometteur à Servette, puis à Young Boys, «Zak» a franchi le pas de l’étranger en s’imposant au Borussia Mönchengladbach, où il s’est rapidement installé comme un pilier de l’équipe, tout en devenant un homme. Il a passé cinq ans en Allemagne, dans cette région peu engageante touristiquement, mais qui vibre à fond pour son club de football. Un peu tout le contraire de Monaco… «C’est vrai, c’est un contraste qui est bien réel. A Mönchengladbach, le football est ultra-important et c’est même une priorité pour des milliers de supporters. A Monaco, il y a moins de monde au stade, mais le club a aussi des fans, il ne faut pas croire. Mais c’est sûr que, quand je sors, je suis moins sollicité qu’en Allemagne», reconnaît-il. Ce contexte plus feutré permet-il tout de même à un footballeur de se dépasser et d’aller au-delà de ses limites? «Sincèrement, oui. Cela ne change rien, au fond. Cette envie de te faire mal, d’aller au bout de toi-même, elle doit dépendre de toi, pas des autres. On n’est pas à Monaco pour le tourisme, mais pour être performants.»

L’équipe de Suisse, une fierté et une incompréhension en même temps

«J’aimerais le faire jouer plus, il le mériterait tellement!» A chaque fois ou presque qu’il est interrogé sur son utilisation de Denis Zakaria en équipe de Suisse, Murat Yakin répond plus ou moins la même chose, en se disant désolé de voir son joueur s’asseoir sur le banc à côté de lui pendant la majeure partie des matchs. Le fait est que le Genevois a débuté voilà dix ans en équipe de Suisse, le 28 mai 2016 pour être précis, et qu’il a été de tous les grands tournois depuis: trois Euros et trois Coupes du monde, dont la dernière en Amérique du Nord cet été. Mais il n’a jamais été un joueur majeur de la Nati. Sa présence dans les 23 ou 26 joueurs appelés à prendre l’avion est à chaque fois une évidence, qui ne se prolonge toutefois pas par une présence sur le terrain. La faute à qui? Murat Yakin lui-même apporte la réponse: «A la concurrence, tout simplement.»

La Nati possède deux milieux de terrain très complémentaires et qui aiment jouer ensemble, Remo Freuler et Granit Xhaka, deux incontournables des 11 de départ, rarement blessés qui plus est. Le Genevois fait donc office de «troisième choix», ce qu’il est contraint d’accepter, lui qui compte désormais 69 sélections, dont 42 en tant que titulaire tout de même. «Je suis bien obligé de faire avec, même si parfois il y a un peu d’incompréhension de mon côté», reconnaît «Zak», qui n’est pas du genre à monter au créneau pour revendiquer plus de temps de jeu.

«Je n’ai jamais été un joueur à problèmes et je pense que je ne le serai jamais. Je travaille, je donne tout et je reste positif», assure-t-il. Lors de la dernière Coupe du monde, Murat Yakin l’a même fait évoluer au poste de latéral droit, une position qui ne correspond pas à ses qualités premières, mais dont il s’est accommodé. «Mon meilleur poste, c’est milieu de terrain, mais j’ai joué en défense centrale avec Monaco et latéral droit avec la Suisse. Et je l’accepte.»

Absent en raison d’une légère blessure lors du rassemblement d’octobre, ponctué par quatre victoires de la Nati, il espère bien être de retour en novembre pour poursuivre son aventure avec l’équipe de Suisse, en souhaitant, pourquoi pas, y jouer un rôle en vue cette fois. En tout cas, il se tient prêt pour. Quels que soient son poste et son temps de jeu.

«J’aimerais le faire jouer plus, il le mériterait tellement!» A chaque fois ou presque qu’il est interrogé sur son utilisation de Denis Zakaria en équipe de Suisse, Murat Yakin répond plus ou moins la même chose, en se disant désolé de voir son joueur s’asseoir sur le banc à côté de lui pendant la majeure partie des matchs. Le fait est que le Genevois a débuté voilà dix ans en équipe de Suisse, le 28 mai 2016 pour être précis, et qu’il a été de tous les grands tournois depuis: trois Euros et trois Coupes du monde, dont la dernière en Amérique du Nord cet été. Mais il n’a jamais été un joueur majeur de la Nati. Sa présence dans les 23 ou 26 joueurs appelés à prendre l’avion est à chaque fois une évidence, qui ne se prolonge toutefois pas par une présence sur le terrain. La faute à qui? Murat Yakin lui-même apporte la réponse: «A la concurrence, tout simplement.»

La Nati possède deux milieux de terrain très complémentaires et qui aiment jouer ensemble, Remo Freuler et Granit Xhaka, deux incontournables des 11 de départ, rarement blessés qui plus est. Le Genevois fait donc office de «troisième choix», ce qu’il est contraint d’accepter, lui qui compte désormais 69 sélections, dont 42 en tant que titulaire tout de même. «Je suis bien obligé de faire avec, même si parfois il y a un peu d’incompréhension de mon côté», reconnaît «Zak», qui n’est pas du genre à monter au créneau pour revendiquer plus de temps de jeu.

«Je n’ai jamais été un joueur à problèmes et je pense que je ne le serai jamais. Je travaille, je donne tout et je reste positif», assure-t-il. Lors de la dernière Coupe du monde, Murat Yakin l’a même fait évoluer au poste de latéral droit, une position qui ne correspond pas à ses qualités premières, mais dont il s’est accommodé. «Mon meilleur poste, c’est milieu de terrain, mais j’ai joué en défense centrale avec Monaco et latéral droit avec la Suisse. Et je l’accepte.»

Absent en raison d’une légère blessure lors du rassemblement d’octobre, ponctué par quatre victoires de la Nati, il espère bien être de retour en novembre pour poursuivre son aventure avec l’équipe de Suisse, en souhaitant, pourquoi pas, y jouer un rôle en vue cette fois. En tout cas, il se tient prêt pour. Quels que soient son poste et son temps de jeu.

Après Mönchengladbach, le milieu de terrain genevois a décidé de se mettre en danger et d’aller explorer ses fameuses limites en signant dans deux très grands clubs européens, d’abord la Juventus, à Turin, puis Chelsea, à Londres. Là, la concurrence a été féroce et il a fallu constater le manque de temps de jeu, puis accepter avec humilité et lucidité de faire un pas de retrait pour rebondir à Monaco, club ambitieux, mais d’un standing tout de même légèrement inférieur à celui des deux géants.

Photo: Caterina Suzzi

«Et là, depuis trois ans, tout va bien. C’est même devenu ma deuxième maison, je n’ai pas peur de le dire. Je suis très heureux d’avoir pu me poser à un endroit», confie-t-il à L’illustré depuis l’amphithéâtre du Fort Antoine, un lieu somptueux sur le Rocher, à deux pas du fameux Musée océanographique, avec une vue imprenable sur le port Hercule et ses bateaux de luxe. Le stade Louis-II et ses arches iconiques se trouvent, eux, en contrebas du Rocher, juste de l’autre côté.

Un rôle de leader qu'il assume à merveille

Denis Zakaria ne s’y rend pas tous les jours, puisque l’AS Monaco ne s’entraîne pas dans son stade, mais sur les hauteurs de la cité, dans un complexe ultramoderne situé précisément à la Turbie. C’est là qu’il retrouve ses coéquipiers chaque matin depuis trois ans (il a passé le cap symbolique des 100 matchs cet automne). Ensemble, ils forment une troupe cosmopolite, au sein de laquelle son brassard de capitaine lui confère un rôle de leader qu’il aime bien. «Je ne suis pas du genre à élever la voix. Je suis plutôt celui qui va parler avec tout le monde, qui fait le lien entre les gens, des plus jeunes aux plus anciens.» Sa maîtrise de l’allemand et de l’anglais l’aide beaucoup dans cette tâche, alors qu’il comprend l’italien et a «quelques restes» d’arabe. «On le parlait avec maman à la maison, mais il est un peu rouillé aujourd’hui», admet-il.

La saison a d’ailleurs bien commencé pour les Monégasques, qui sont notamment allés battre le Paris Saint-Germain chez lui, un exploit considérable, et sont tout en haut du classement du championnat de France. Ils peuvent également ambitionner de remporter une coupe européenne, la Conference League, ce qui serait une belle réussite. «Oui, on est bien partis, on a une belle équipe, et on doit cultiver cet esprit», assure Denis Zakaria, qui fait office de «grand frère» pour une partie de l’effectif. «Quand on est bien soi-même, on peut transmettre cette confiance aux autres.» Et lui est heureux comme un prince à Monaco.

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