L'été dernier, la Suisse a accueilli pour la première fois depuis 2008 une compétition internationale de football: l’Euro féminin. Entre les matches à proximité de la maison, les plus grandes stars dans les stades et les entraînements des équipes nationales ouverts au public, l’engouement s’est fait ressentir. Mais maintenant que cet été enchanteur est derrière, quelles sont les premières retombées de cet événement, un an après?
Cause indirecte?
Le football féminin est en expansion en Suisse depuis quelques années maintenant, et ceci indépendamment de l’Euro 2025. Le nombre de joueuses licenciées dans le canton de Vaud est ainsi passé de 1900 à 3200 en l'espace de trois ans. Le pourcentage de femmes dans le nombre total de licenciés est lui aussi en augmentation, avec environ 2% de plus sur la même période, preuve que le football féminin se développe plus vite que le football masculin. Depuis juin 2025, 500 nouvelles joueuses ont rejoint un club dans le canton de Vaud, 140 à Neuchâtel et 300 à Genève.
«Est-ce que c’est un impact lié à l’Euro? Oui et non. Depuis l'été dernier, on n’a pas vu d’augmentation plus forte que les étés précédents. En revanche, on suit une courbe exponentielle en termes de licenciées, ce qui est permis par des décisions politiques, par des budgets alloués au développement du football féminin. Je pense que ça, c’est lié au fait que l’on ait accueilli l’Euro en Suisse», explique Beatriz Perez, présidente de la commission vaudoise du football féminin.
Un projet à long terme
Avec son projet «Here to stay», l’ASF avait déjà entamé des démarches en juillet 2024. Ce programme de développement du football féminin vise à proposer des entraînements de découvertes pour les filles, des cours d’arbitres et d’autres prestations. L’objectif final est de doubler le nombre de licenciées en Suisse d'ici 2027.
«Il y a eu 750’000 francs débloqués pour le développement du football de base et d'élite. Dans le canton de Vaud, on a fait énormément d’entraînements-découverte, qui permettaient aux jeunes filles de venir essayer la pratique du football», ajoute Beatriz Perez.
Même son de cloche dans le canton de Neuchâtel, qui a pu inscrire deux nouvelles équipes dans les championnats cantonaux. En revanche, seulement trois formations de FF-11 sont actuellement inscrites, contre 10 en FF-14 et autant en FF-17. «C’est notre principale bataille de faire évoluer les FF-11, car c’est le pilier du football féminin pour les années à venir», éclaire Dora Marques Lopes, membre de la commission en charge de développer le football chez les filles au sein de l'Association neuchâteloise de football.
«Surfer sur la vague»
Depuis l’été 2025, le football féminin s’est bien développé dans le canton de Neuchâtel, mais difficile de dire quelle part de responsabilité l’Euro a eu là-dedans. «C’est un peu précoce pour savoir à quel point la compétition a été impactante, mais ce qui est sûr, c’est que le développement du football féminin est intéressant, rajoute Dora Marques Lopes. Après, avec l’engouement qu’il y a eu cet été, on travaille beaucoup pour surfer sur la vague de l’Euro pour gagner en visibilité».
Par ailleurs, deux clubs de la région neuchâteloise ont accueilli des sélections nationales sur leur terrain: la Norvège pour Colombier et le Danemark pour Boudry. Dans la foulée, Colombier a inscrit une nouvelle équipe féminine dans la catégorie FF-14. Plutôt une coïncidence.
«On voulait créer une équipe féminine déjà l’année dernière, mais cela ne s’est pas fait. Ce n’est pas la venue des Norvégiennes en tant que telle qui nous a fait inscrire cette équipe, mais c’est sûr qu’il y avait un bel engouement pour cette équipe professionnelle qui venait s’entraîner sur notre terrain», précise Joaquim Passos, président du FC Colombier.
Pour permettre à cette visibilité de s’accroître, l'Association neuchâteloise de football s’est procuré des grandes bâches avec des slogans qui encouragent les filles à venir essayer la pratique du football. «Elles seront affichées au bord des terrains, pour toutes les petites sœurs qui viennent voir leur grand frère», explique la responsable ANF du football féminin.
Chiffres encourageants en Valais
En Valais, la dynamique semble être encore plus prononcée. Le canton travaille depuis deux ans en groupant certains clubs proches géographiquement pour créer des équipes féminines. «Cet été, on a eu 200 licenciées en plus, et on a inscrit 20 équipes dans le canton. En plus, la proportion de filles dans le nombre total de licenciés à grimper de presque 1%, ce qui est énorme», explique Laury Herren, responsable du football féminin à l'AVF. «On a vu que le développement a été plus rapide que les années précédentes.» Le canton du Valais a d’ailleurs pu créer une deuxième ligue d’actives, Le canton en compte désormais deux, en plus des quatre ligues féminines juniors.
Dans le canton de Genève, les responsables du développement de la pratique du football féminin ne veulent pas se cantonner uniquement aux joueuses. «Les filles ont parfois peur de s’engager dans des cours avec des garçons, on a donc créé des cours d’arbitres et d’entraîneuses uniquement pour filles. On mettait déjà des choses en place avant l’Euro, mais c’est clair que ça a permis des décisions politiques. Depuis le mois de mars 2025, on est allé sonder les clubs pour cibler leurs besoins en termes de nombre d’inscrites, de nombre d’entraînements», explique Serge Zanicoli, responsable du football féminin au bout du Léman.
Problème de terrains à Genève?
Le canton pourrait rencontrer en revanche un problème de place et de disponibilité des terrains. Si le pourcentage de filles a considérablement augmenté par rapport au nombre de garçons, passant de 9,8% en 2024 à 10,4% en 2025, le nombre de terrains reste limité, dû à la taille du territoire.
«L’Euro a déjà fait assez de publicité au football féminin, on n’a pas eu besoin d’en faire. On se retrouve même avec des soucis de place. Il pourrait ne pas y avoir assez de terrains et de vestiaires. On a eu un gain de visibilité et de crédibilité, ce qui est très bien en ce moment, mais dans les années à venir, il faudra trouver des solutions», assure-t-il.
Point important que précise Serge Zanicoli, les retombées de l’Euro seront révélatrices au terme de la saison en cours. Selon lui, il faut laisser du temps pour voir réellement quel a été l’impact au niveau des chiffres, du nombre d’équipes ou d’inscrites. «Les politiques ont pris certaines décisions, mais il faut du temps pour qu’elles aient un impact. Ce que j’espère, c’est qu’ils continuent à nous soutenir et pas qu’ils aient juste surfé sur la vague de l’Euro», conclut le responsable genevois.
L'engagement de Sandy Maendly
L’ACGF a également embauché Sandy Maendly, l'une des meilleures joueuses de l'histoire suisse et consultante sur la RTS, au poste de responsable du développement du football féminin. Son rôle; aller au contact des clubs genevois pour les aider dans le développement de la discipline, et de faire le lien avec l’association pour trouver des solutions aux potentiels problèmes.
Si la Nati a fait rêver les Suissesses et les Suisses, les retombées de cet engouement restent à déterminer sur le long terme, bien que plusieurs mesures semblent avoir été mises en place et ce même avant l’Euro.