La nouvelle a fait l’effet d’une bombe. Mardi soir, la Confédération africaine de football (CAF) a retiré au Sénégal son titre de champion d’Afrique, remporté mi-janvier face au Maroc (1-0). Une décision qui a déjà fait réagir Raoul Savoy, le Nord-Vaudois sélectionneur du Tchad.
Deux mois après la finale, la décision surprend autant qu’elle interroge, notamment en Suisse, où plusieurs joueurs et entraîneurs suivent de près la CAN. «Je pensais que l’affaire était réglée après les sanctions tombées fin janvier», confie Abraham Keita, entraîneur-joueur du FC Baulmes et fin connaisseur de la réalité du football africain. Le timing, surtout, concentre les critiques.
Côté sénégalais, l’incompréhension
La décision passe difficilement dans le camp des Lions de la Teranga. «Ça m’énerve parce que je suis Sénégalais. L’équipe a tout fait sur le terrain pour remporter cette CAN», regrette Aliou Niang, attaquant du FC La Sarraz-Eclépens.
Plus nuancé, Abraham Keita estime que la sanction peut se défendre sur le fond, mais pas sur la forme. «La décision est justifiée. Je n’ai pas aimé l’attitude du Sénégal pendant cette finale. Mais le match a repris, Brahim Diaz a manqué son penalty, le Sénégal a marqué et s’est imposé sur le terrain. Une grosse sanction aurait été plus adéquate. Là, la situation devient ridicule.»
Tous deux pointent le même problème: intervenir deux mois après les faits brouille la lecture. Et atténue la portée de la décision. «On dirait que le football africain ne va jamais avancer», peste Abraham Keita.
Côté marocain, un titre sans saveur
Côté marocain, le sentiment est plus ambivalent. Yassine El Allaoui, ancien attaquant de Neuchâtel Xamax, reconnaît une forme de satisfaction, sans enthousiasme. «On en a parlé toute la journée, on s’est dit qu’on était champions. Mais ça n’a pas la même saveur», explique-t-il.
Pour l’ancien attaquant, ce titre attribué après coup reste difficile à s’approprier. «Ce n’est pas comme si on l’avait gagné sur le terrain. Et deux mois plus tard, on ne va pas faire la fête», assure-t-il, regrettant cette issue pour cette CAN organisée dans son pays. «C'est ce que retiendra malheureusement le grand public. Je suis allé voir le match d’ouverture contre les Comores. Mais aussi Côte d’Ivoire-Cameroune et Cameroune-Gabon. C'était une très belle compétition et c'est vraiment dommage qu'elle se termine comme cela.»
Un regard plus distancié
Ni Sénégalais, ni Marocain, Amar Boumilat apporte un regard plus distancié. L’entraîneur franco-algérien, passé notamment par le FC Sion, s’interroge lui aussi sur le verdict. «La décision est très surprenante. Il y a eu des protestations du Maroc, mais on ne pensait pas que ça irait jusqu’à destituer le Sénégal. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps?», questionne-t-il.
Mais au-delà de cet épisode, il invite à ne pas perdre de vue l’ensemble de la compétition. «On parle d’une dizaine de minutes sur un mois de tournoi. On ne peut pas résumer une CAN à cet épisode», souligne-t-il, invitant au passage à l'accompagnement du continent dans son développement. «Le continent est encore en phase de construction. Il faut essayer de relativiser, et surtout réfléchir à la manière de les accompagner, pour éviter ces discours réducteurs du type: 'oui, l’Afrique, les Africains, c’est toujours pareil, c’est toujours le bordel'.»
Et de proposer: «Au contraire, il faut mettre en avant ce qui a fonctionné, valoriser les aspects positifs, et corriger les dysfonctionnements, d’autant plus que ceux-ci auraient pu être réglés très rapidement».