Convoqué pour la première fois avec l’équipe nationale d’Algérie, Melvin Mastil embarque Blick dans sa valise pour les matches en Italie du Nord. Un contenu inédit qui dévoile une partie des coulisses d’un rassemblement d’une grande sélection nationale.
Jour 0: En voiture avec les parents
Je suis descendu à Turin en voiture avec mes parents, qui y avaient prévu un week-end. Donc c'était l'occasion. J'étais très excité à l'idée de ce rassemblement. À l'hôtel, j'ai été accueilli par tout le staff, qui est arrivé à peu près au même moment. Il y avait aussi quelques joueurs qui étaient déjà là.
Jour 1: Bien intégré par Luca Zidane
Le premier matin, Petkovic avait déjà quelque mots à me dire. Et dès le premier jour, j'ai pu parler avec les cadres. Les gardiens Anthony Mandrea (ndlr: SM Caen) et Luca Zidane (Grenade) m'ont bien intégré. Même si j'ai principalement traîné avec le groupe des nouveaux: Farès Ghedjemis (Frosinone), Killian Belazzoug (Stade Rennais), Adil Aouchiche (Schalke 04). À l’hôtel, tout le monde est très ouvert, on peut bien discuter.
Le premier entraînement devait être tranquille, de base, mais il y avait déjà beaucoup d'intensité. Il y a peu de déchet, beaucoup de qualité, ça change pas mal de ce que je connais d’habitude. Il y a des joueurs de classe mondiale. Ramy Bensebaïni, Houssem Aouar et Amine Gouiri ont beaucoup de ballon, c'est vraiment fort. Adil Aouchiche et Adil Boulbina, aussi, sont très fort techniquement. Comme Mohamed Amoura, qui a une très grosse frappe, je ne m’y attendais pas forcément.
Jour 2-3: Le haut niveau
Avant le repas de midi, j'ai eu une petite réunion avec les entraîneurs des gardiens. On a fait une analyse vidéo de mon dernier match avec Nyon, pour regarder un peu les axes d'amélioration. À l'entraînement, le deuxième jour, l'intensité est encore montée d'un cran. C'est bien d'évoluer dans un environnement pareil. Certains joueurs qui m'impressionnent de plus en plus. Le soir, c'est massage. L'intensité me met une claque à chaque fois, je n'ai pas trop l'habitude, je sors un peu K.O. Mais c'est de la bonne fatigue.
Troisième journée assez classique, un peu pareille que les dernières. À l'entraînement, Farès Ghedjemis m'a fait la misère sur des frappes depuis l'arc de cercle. C'était déjà pareil hier, il a un très bon pied gauche. Je suis allé le voir pour lui demander s’il avait un problème avec moi (rires).
Sinon, le groupe vit bien, tout le monde parle avec tout le monde. On joue à un jeu où l’on essaie à deviner un joueur à partir de son parcours en club, de sa carrière. Avant un entraînement, Aïssa Mandi a réfléchi pendant vingt minutes, on était déjà tous sur le terrain quand il a trouvé.
Jour 4: La chanson du nouveau
Cette fois, on a changé en s'entraînant le matin. On a fait un peu de tactique, en analysant le Guatemala. On a pas mal entraîné les coups de pied arrêtés, pour savoir comment défendre sur corner, se positionner face à eux. Et j’ai surtout appris que j’allais être titularisé contre le Guatemala! Je ne vais pas mentir, ça m’a mis un peu de pression, mais c’est une pression positive. J’étais surpris et fier en même temps.
Après, on a fait le déplacement en car jusqu’à Gênes. Là-bas, les nouveaux ont dû chanter. J’y suis passé et j’ai chanté «On se connaît» de Youssoupha. Ce sont des moments qui rapprochent, qui font vivre le groupe.
Jour 5: Algérie - Guatemala, la première cape
La journée était un peu longue, j'ai compté les heures jusqu'au match. On a eu pas mal de temps libre et on a fait une petite promenade tous ensemble. En arrivant au stade, j'étais très excité. Dans le vestiaire, j'ai découvert mon maillot de l'équipe nationale, avec mon nom floqué. C'était un moment assez fou. Je l'ai directement pris en photo pour l'envoyer à mes potes. La découverte de ce grand stade, aussi, était folle.
Pendant l'échauffement, Anthony Mandrea (ndlr: gardien du SM Caen, 21 sélections) m'a parlé de son expérience, m'a pas mal rassuré. Avant de rentrer sur le terrain, aussi, Riyad Mahrez m'a glissé quelques conseils. Il m'a dit de jouer mon jeu, de me mettre en confiance et de ne pas hésiter à dégager s'il y avait un ballon chaud. Il m'a dit que tout allait bien se passer et ça a été le cas.
C'est une fierté énorme de représenter son pays, je suis très très heureux d'avoir pu faire ma première sélection, d'avoir pu vivre la ferveur des Algériens pour de vrai, depuis le terrain. C'est une dinguerie, j'ai encore du mal à m'en rendre compte. Je reviens avec pas mal d'expérience en plus de ce premier match.
Jour 6-7-8: La visite de Luciano Spalletti
Des journées qui se ressemblent pas mal, où il ne s'est pas passé grand-chose de particulier. Le premier jour, à l'entraînement, on a reçu la visite de Khéphren Thuram et de Luciano Spalletti (ndlr: joueur et entraîneur de la Juventus), vu qu’on s’entraîne dans le centre d’entraînement de la première équipe de la Juve. Le deuxième jour, on a observé une minute de silence (ndlr: en hommage à Liamine Zéroual, ancien président de l’Algérie).
Sinon, on est sortis en ville, parce qu’on avait du temps libre. On en a profité pour visiter Turin, de nuit. On a fait un tour avec Anthony Mandrea et Kilian Belazzoug (ndlr: deux gardiens). On a vu quelques jolies places. Sur l'une d'elles quelqu’un jouait du violon. Le soir, je suis allé me faire masser et je suis passé chez l’ostéo, parce que j’étais un peu bloqué au niveau de la hanche. Ce sont des choses que les gens ne voient pas, mais prendre soin de notre corps fait partie de notre vie.
La veille du match, on a fait une séance vidéo pour préparer le match face à l'Uruguay. Le soir, on a fait un repas, on a bien rigolé. On sent que ce sont les derniers moment passés tous ensemble.
Jour 9: De Colovray au stade de la Juventus
Tout l’après-midi, il y a eu des dizaines, voire des centaines de personnes qui attendaient devant notre hôtel. En arrivant au stade en bus, on a senti la ferveur, l’appui et le soutien du peuple algérien. Pendant la reconnaissance du terrain aussi. C’est monté crescendo. J’ai vraiment profité de chaque moment, même si je n’ai malheureusement pas joué. Pour un gars qui joue tous les week-ends à Colovray – avec tout le respect que j’ai pour mon club –, devant environ 500 personnes, se retrouver dans le stade de la Juventus, avec des milliers de spectateurs en majorité algériens… ça fait forcément quelque chose.
J’ai un pote à moi qui est venu me voir au match. On a fait la route retour ensemble. J’ai pu dire au revoir à tout le monde et je suis parti directement dans la nuit, j’ai la chance que la Suisse soit à seulement trois heures de Turin.
C’était une expérience incroyable. Je suis vraiment content. J’ai pu rendre fier mes proches en portant le maillot de l’Algérie, en représentant le pays de cette manière. Ça donne envie de se projeter, la Coupe du monde est un objectif.