Dans la sauce algérienne
Vladimir Petkovic «aime tout de l'Algérie», qu'il prépare au Mondial 2026

L'Algérie de Vladimir Petkovic prépare sa Coupe du monde 2026 dans le Nord de l'Italie. Un rassemblement que Blick a suivi de l'intérieur, entre pression populaire et résultats prometteurs.
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Vladimir Petkovic présente un très bon bilan comptable à la tête de l'équipe nationale d'Algérie.
Photo: AFP
Thomas Freiburghaus
Thomas FreiburghausJournaliste

On avait quitté Vladimir Petkovic juste après un Euro 2021 historique. Sous l’égide de son sélectionneur de l’époque, l’équipe de Suisse venait de briser son plafond de verre en grande compétition, éliminant la France dans un match historique pour se qualifier en quart de finale.

On a retrouvé l’ancien sélectionneur de la Nati fin mars, à l’occasion du rassemblement de l’équipe nationale d’Algérie en Italie du Nord. Les Fennecs y préparent la Coupe du monde 2026, avec deux matches au programme. À défaut de pouvoir obtenir un entretien avec l’ancien sélectionneur de la Nati (ou même avec son assistant suisse Davide Morandi), nous avons pu observer de près comment Vladimir Petkovic et l’Algérie avançaient vers le Mondial, à un peu plus de deux mois de celui-ci.

Excellent bilan comptable

Retour fin juillet 2021, quand le natif de Sarajevo avait décidé de quitter la Suisse au sommet – ou à ce qui en est un pour un sélectionneur de la Nati –, après sept ans réussis à la tête de notre équipe nationale. Un départ inattendu, fait dans la rapidité, qui avait laissé l’ASF orpheline du meilleur coach de son histoire, du moins du point de vue des résultats.

Depuis, les plus avertis auront peut-être suivi le passage raté de Vladimir Petkovic dans le bourbier bordelais (sept mois, 0,92 points de moyenne, 19e place en Ligue 1). Puis, deux ans de rien. Avant de revenir à un poste de sélectionneur, prenant la tête de l’Algérie, fin février 2024. Son bilan à la tête des Fennecs: 20 victoires en 27 parties, un quart de finale à la CAN 2025 et surtout une qualification pour la Coupe du monde, à laquelle les Fennecs n’ont plus pris part depuis 12 ans.

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C’est un bon bilan comptable, mais il faut voir le contexte
Mehdi Dahak, fondateur de DZfoot
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«C’est un bon bilan comptable, mais il faut voir le contexte, tempère Mehdi Dahak, fondateur du site DZfoot, média consacré au football algérien depuis 1999. Face au Nigéria, en quart de la CAN, on passe au travers, on fait zéro tirs cadrés. Et se qualifier pour une Coupe du monde à 48 équipes est plus facile qu’à 32. Donc d’un point de vue extérieur, c’est bon, mais de l’intérieur, c’est plus mitigé.»

Vladimir Petkovic, lui, se dit sur le bon chemin: «À la CAN, nous avons fait quatre bons matches avant le quart. On est sur un bon processus. Stage après stage, le fil rouge est suivi.» Fin mars, sa sélection l'a démontré, signant une large victoire 7-0 face au Guatemala et obtenant un bon nul face à l'Uruguay de Marcelo Bielsa. Deux résultats prometteurs pour préparer l'Argentine (premier match du Mondial pour l'Algérie), plusieurs tactiques utilisées (défense à trois et à quatre) et plusieurs nouveaux éléments intégrés. «Les joueurs commencent à me mettre sous pression», disait Vladimir Petkovic durant le stage de mars. Le coach devra faire plusieurs des choix pour la liste des 26 de juin. Et cela ne plaira, évidemment, pas à tout le monde.

Pression populaire et médiatique

Comme lors de sa période helvétique, Vladimir Petkovic peine à complètement séduire les suiveurs des Verts. En cause, une personnalité souvent perçue comme froide et distante, la barrière de la langue (il comprend parfaitement le français, mais s’exprime en italien) ou encore le fait qu’il n’ait jamais eu d’expérience africaine auparavant. Le tacticien le mieux payé d’Afrique semble presque se complaire dans son rôle de mal-aimé, constamment mis en doute. Même s'il affirme, avec un léger sourire, en conférence de presse: «J’aime tout de l’Algérie. Je suis très content et très fier d’être parmi vous.»

La pression algérienne est autrement plus forte que celle qu’il a connue en Suisse. En Italie du Nord, des dizaines de supporters attendaient leurs chouchou à leur hôtel chaque jour et la diaspora s'est déplacée en nombre pour assister aux matches face au Guatemala et à l'Uruguay. «Il y a une vraie culture foot en Algérie, forte comme en Italie ou au Brésil, avance Mehdi Dahak. Les gens veulent être au plus haut niveau, ils voient le potentiel et sont exigeants.» Les médias, eux aussi, sont présents en nombre. Dans les journaux comme dans les conversations, chaque dire (et il n'y en a pas une infinité) de Vladimir Petkovic est débattu, remis en cause.

En Algérie, supporters et débats sont passionnés. Certains appellent à la non-sélection du capitaine Riyad Mahrez. D'autres se plaignent du manque de joueurs issus du championnat local. D’autres encore ont demandé le licenciement du sélectionneur après la défaite face au Nigeria en quart de finale de la CAN, alors même que son prédécesseur n’avait pas passé les poules lors des deux précédentes. «C’est normal qu’il y ait des excès. Ça fait partie du débat», sourit Mehdi Dahak. Au point de déborder sur la vie privée du sélectionneur, dont la fille a subi du harcèlement médiatique lors de la dernière CAN.

Vers une Coupe du monde réussie?

Pour l’instant, Vladimir Petkovic semble avoir sécurisé son poste grâce à la qualification au Mondial. Sa fédération – à l’instant T – le soutient et une prolongation est dans les tuyaux. Mais logiquement, tout dépendra des performances cet été. L’Algérie va aux États-Unis sans objectif clair annoncé. «Quand il a signé, il y avait deux clauses: sortir des poules à la CAN et se qualifier pour le Mondial», expose Mehdi Dahak. Les deux sont remplies. Rendez-vous en juin pour une nouvelle réussite?

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Comme toujours dans le foot, on peut tout planifier, mais il faut surtout être prêt à réagir
Vladimir Petkovic en conférence de presse
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Vladimir Petkovic, en tout cas, pourra mobiliser une expérience non négligeable: celle d’avoir déjà vécu une Coupe du monde. C’était en 2018, avec la Nati. «Une expérience comme celle en Russie peut nous servir pour gérer certains domaines: la fatigue, la concentration, l’équipe. Il faut le faire intelligemment», nous répond-il.

L'ex-sélectionneur de la Nati sera-t-il capable de briser un nouveaux plafond de verre aux États-Unis? Après le suisse à l'Euro 2021, l'algérien au Mondial 2026? «Comme toujours dans le foot, on peut tout planifier, mais il faut surtout être prêt à réagir.» D'autant plus dans ce contexte algérien et avec une première rencontre face à l'ogre argentin. Si victoire il y a, tout le pays le louera. Si l'Algérie est sévèrement défaite, tous lui tomberont dessus. C'est le destin d'un sélectionneur, d'autant plus dans le contexte algérien.

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