Ils n'ont pas pu s'empêcher, bien sûr. Des dizaines de fans anglais sont venus au stade ce mercredi habillés en chevaliers des croisades, comme ils le font lors de chaque grand tournoi: les casques étaient en plastique, comme les armures, et le Graal factice qu'ils tenaient religieusement à la main contenait plus de rhum que de sang du Christ. La croix de Saint-Georges sur le coeur, ces croisés des temps modernes ont entonné des chants relativement peu sympathiques à l'égard du peuple argentin et en ont entendu passablement en retour, que ce soit dans les rues d'Atlanta ou au stade, pour cette demi-finale de Coupe du monde si attendue.
L'Angleterre face à l'Argentine. Existe-t-il duel intercontinental plus iconique entre deux nations de football que tout oppose et que réunit tout de même une certaine passion commune pour le «fighting spirit»? Certainement pas, tant le match de ce mercredi s'est nourri d'un mythique affrontement du passé, ce duel mexicain en 1986, le jour où Diego Armando Maradona a été fidèle à sa légende, c'est-à-dire ange et démon à quelques minutes d'intervalle.
Un avant-match chambreur mais pacifique
Le match a débuté bien avant l'heure, dans cette ville d'Atlanta qui a eu la bonne idée de construire son grand stade en plein coeur de la cité, juste à côté de l'antre des Atlanta Hawks. L'avenue Dominique Wilkins, légende du basket, sépare les deux enceintes et il est à relever que l'avant-match a été plutôt calme. Les deux camps avaient des choses à se chanter, plutôt qu'à se dire, et si les insultes sont tout de même plus agréables lorsqu'elles sont mélodieuses, la vérité est que la police locale, très visible et très nombreuse, a plus enchaîné les selfies avec les supporters anglais et argentins que dû faire usage de la force. Les «cops» étaient prêts à dégainer, mais les fans des deux camps se sont côtoyés sans animosité et sans aucune altercation physique. Même dans les longues files d'attente pour passer les contrôles autour du stade, maillots bleu ciel et blanc se côtoyaient sans problème.
On ne rigole pas avec les rivalités de clubs en Argentine
Les seules échauffourées, pour tout dire, ont opposé des supporters argentins... entre eux! Les règles non écrites veulent en effet que soient portés uniquement des maillots de la sélection et que, quand joue l'Argentine, soient mises de côté les rivalités très fortes qui opposent les clubs, de Buenos Aires notamment. Mais tout le monde n'a pas suivi la règle à la lettre ce mercredi...
Le rapport de force dans le stade? Environ 20'000 Anglais pour 40'000 Argentins, et environ 10'000 spectateurs neutres. Mais au niveau vocal, il semblait que les Argentins étaient dix fois plus nombreux, eux qui ont complètement éteint deux moments traditionnellement forts pour les Three Lions: le «Sweet Caroline» et le «God save the King». Du stade, il était littéralement impossible d'entendre la moindre parole de ces deux chants iconiques, y compris du pourtant sacré hymne national. Les Argentins ont fait un tel bruit qu'un avion au décollage serait probablement passé inaperçu dans le rond central à ce moment-là. Quelle ferveur!
Les visages habités des joueurs argentins
Les plus sensibles aux traditions y verront probablement une offense, voire un outrage, et ils auront sans doute raison, mais le peuple argentin s'en moquera pas mal et il suffisait de voir les visages habités des joueurs et des fans de l'Albiceleste au moment de leur hymne pour comprendre la ferveur de cette nation à nulle autre pareille quand il s'agit de jouer pour le drapeau. La communion entre les vingt-six joueurs et les tribunes durant ces deux minutes de patriotisme intense resteront à coup sûr gravées dans les mémoires de celles et ceux qui ont eu la chance de vivre ce moment de l'intérieur du stade d'Atlanta, où le football a été une religion ce mercredi.
L'Angleterre a-t-elle perdu cette demi-finale au moment des hymnes? Assurément non, car Harry Kane et ses coéquipiers, s'ils ne peuvent pas rivaliser avec leurs adversaires sur le terrain des émotions, l'ont très bien fait sur celui du jeu. Et jusqu'à l'ouverture du score, tout à fait logique, d'Anthony Gordon sur ce service parfait de Morgan Rogers à la 55e, les Anglais étaient au niveau requis. Et c'est là que s'est opéré le premier tournant, aussi bien en tribunes que sur le terrain.
Le peuple argentin a laissé l'Angleterre célébrer pendant trente secondes, pas plus
Alors que les Anglais fêtaient à juste titre ce but, et que -enfin- leurs supporters pouvaient se faire entendre, les «Three Lions» ont eu droit à trente secondes de communion intense. Anthony Gordon ayant marqué face au kop anglais, la célébration a été belle, bruyante, sincère. Mais après quelques dizaines de secondes à peine, le temps que le speaker fasse son travail à l'aide de l'écran géant, le peuple argentin, remis de sa stupeur et de cette ouverture du score méritée pour l'Angleterre, s'est remobilisé. Et le chant puissant descendu des tribunes semblait dire à ses joueurs: comme depuis le début de la Coupe du monde, vous êtes menés au score. Mais comme toujours, nous sommes là. Et nous allons revenir. Les joueurs ont compris le message. Et la furia argentine a commencé à déferler sur les rives anglaises.
Thomas Tuchel saborde son pays d'adoption
Thomas Tuchel, accusé après le match d'avoir sabordé la victoire anglaise avec son coaching, s'est défendu en assurant que le match avait tourné avant ses changements, pas après. Il a raison et tort à la fois. D'un côté, il dit juste, car ses joueurs ont reculé tout seuls après cette ouverture du score, c'est vrai. Et il se trompe de l'autre, car c'est bien à lui, le coach, de donner la voie à suivre et d'être proactif. Et ses changements ultra-défensifs n'ont eu pour effet que de montrer à ses joueurs que la clé se trouvait plus près de leur but que de celui de l'Argentine, ce qui était une erreur tactique et psychologique monstrueuse.
«Ils ont mis quatre attaquants, dont deux très excentrés. Alors, je suis passé à cinq pour placer deux défenseurs à l'extérieur pour être plus proches d'eux et mieux défendre leurs centres», s'est justifié Thomas Tuchel, sans vouloir admettre que sa couardise a coûté très cher à son équipe.
Les Argentins, menés d'une longueur, n'avaient ainsi plus à se méfier d'éventuels contres anglais, puisque ceux-ci n'avaient d'autre ambition que de défendre leur but d'avance jusqu'à la fin. Les braves joueurs anglais ont été punis pour le manque d'audace et de vision stratégique de leur entraîneur, et n'ont pu que constater que les Argentins déferlaient «vague après vague», comme l'a relevé un Harry Kane dépité après la rencontre. Les occasions se multipliaient, et chaque dégagement de Jordan Pickford voyait le même rituel s'installer, les supporters et joueurs anglais regardant la montre située en hauteur et s'agaçant que ces secondes ne défilent pas assez vite.
L'Angleterre n'avait plus d'autre plan que défendre
Alexis MacAllister, Giuliano Simeone, Julian Alvarez, Leo Messi, Enzo Fernandez... L'Argentine poussait, mais n'y arrivait pas, jusqu'à cette frappe à la 85e d'Enzo Fernandez, justement, flottante et bien placée. 1-1! Dès lors, les Anglais, qui n'avaient pas de plan B autre que celui consistant à attendre la fin du match en souffrant, ne savaient plus quoi faire. Attaquer? Défendre? Aller jusqu'aux prolongations et aviser? Lorsque des questions se posent, la réponse se nomme souvent Lionel Messi, même si elle ne plaît pas à tout le monde. Tout le stade attendait son centre du pied gauche à la 92e, les défenseurs anglais aussi. Alors le génie s'est mis sur son pied droit, moins magique mais tout aussi précis, et son petit ballon délicieux a trouvé la tête de Lautaro Martinez, entré peu avant. 2-1 pour l'Argentine, un stade d'Atlanta qui s'est mis à trembler comme jamais dans sa jeune histoire, et des tribunes qui se sont mises à ressembler à Buenos Aires l'espace de quelques secondes.
Il restait dès lors huit minutes d'arrêts de jeu à l'Angleterre pour réussir l'impossible: demander à cette équipe pensée pour défendre sans réfléchir d'attaquer avec intelligence. La mission était impossible et voilà les Britanniques en proie à mille regrets, trahis par leur coach. «On ne sait pas ce qui se serait passé si j'avais fait d'autres changements», a lancé Thomas Tuchel à la horde de journalistes venus faire son procès après la rencontre. Certes. Mais des centaines de millions de personnes ont vu ce qu'il s'était passé avec eux.
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Mexique | 3 | 6 | 9 | |
2 | Afrique du Sud | 3 | -1 | 4 | |
3 | République de Corée | 3 | -1 | 3 | |
4 | République Tchèque | 3 | -4 | 1 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Suisse | 3 | 4 | 7 | |
2 | Canada | 3 | 5 | 4 | |
3 | Bosnie-Herzégovine | 3 | -1 | 4 | |
4 | Qatar | 3 | -8 | 1 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Brésil | 3 | 6 | 7 | |
2 | Maroc | 3 | 3 | 7 | |
3 | Écosse | 3 | -3 | 3 | |
4 | Haïti | 3 | -6 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Etats-Unis | 3 | 4 | 6 | |
2 | Australie | 3 | 0 | 4 | |
3 | Paraguay | 3 | -2 | 4 | |
4 | Turquie | 3 | -2 | 3 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Allemagne | 3 | 6 | 6 | |
2 | Côte d´Ivoire | 3 | 2 | 6 | |
3 | Equateur | 3 | 0 | 4 | |
4 | Curaçao | 3 | -8 | 1 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Pays-Bas | 3 | 6 | 7 | |
2 | Japon | 3 | 4 | 5 | |
3 | Suède | 3 | 0 | 4 | |
4 | Tunisie | 3 | -10 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Belgique | 3 | 4 | 5 | |
2 | Egypte | 3 | 2 | 5 | |
3 | Iran | 3 | 0 | 3 | |
4 | Nouvelle-Zélande | 3 | -6 | 1 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Espagne | 3 | 5 | 7 | |
2 | Cap Vert | 3 | 0 | 3 | |
3 | Uruguay | 3 | -1 | 2 | |
4 | Arabie Saoudite | 3 | -4 | 2 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | France | 3 | 8 | 9 | |
2 | Norvège | 3 | 1 | 6 | |
3 | Sénégal | 3 | 2 | 3 | |
4 | Irak | 3 | -11 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Argentine | 3 | 7 | 9 | |
2 | Autriche | 3 | 0 | 4 | |
3 | Algérie | 3 | -2 | 4 | |
4 | Jordanie | 3 | -5 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Colombie | 3 | 3 | 7 | |
2 | Portugal | 3 | 5 | 5 | |
3 | République Démocratique du Congo | 3 | 1 | 4 | |
4 | Ouzbékistan | 3 | -9 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Angleterre | 3 | 4 | 7 | |
2 | Croatie | 3 | 0 | 6 | |
3 | Ghana | 3 | 0 | 4 | |
4 | Panama | 3 | -4 | 0 |


