Constat peu reluisant
Que deviennent les stades de la Coupe du monde 2022?

Trois ans après le Mondial 2022, les stades monumentaux du Qatar ne vibrent plus qu’à l’occasion. Entre héritage grandiose et usage sporadique, ces enceintes peinent à trouver une vie après la Coupe du monde.
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Les 88'000 places du Lusail Stadium, où Lionel Messi a remporté la Coupe du monde, sont très rarement occupées depuis.
Photo: DR
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Bastien FellerJournaliste Blick

Au Qatar, les stades de la Coupe du monde 2022 dominent toujours le paysage, silhouettes immenses surgissant entre le désert, les immenses autoroutes et les quartiers en expansion. Leur présence est spectaculaire, presque théâtrale. Leur usage, lui, est beaucoup plus discret. Trois ans après le Mondial, ces enceintes, qui auraient coûté la vie à plus de 6000 ouvriers d'après une enquête du «Guardian», apparaissent comme les vestiges récents d’un moment unique. Réactivées par à-coups lors de compétitions internationales et rarement habitées au quotidien par le football local.

Le grand retour à la vie aura été la Coupe d’Asie 2023, disputée début 2024, la seule période où l’ensemble des stades — à l’exception du stade 974 — ont retrouvé une cadence proche d’un grand événement mondial. Le stade Lusail a accueilli le match d'ouverture et la finale, Al Bayt et Khalifa les rencontres du Qatar, les autres des affiches à enjeu ou des soirées de phase de groupes. Pendant un mois, les métros débordaient à nouveau direction Ahmad Bin Ali, les parkings d’Education City se remplissaient, l’éclairage d’Al Janoub brillait jusque tard dans la nuit. Une parenthèse où Doha a retrouvé l’intensité sportive qu’elle n’avait plus connue depuis décembre 2022.

L'immense Lusail n'accueille que quelques rencontres par année.

Le Real Madrid pour réveiller le Lusail

Mais une fois la compétition passée, tout est retombé. Les stades ne se sont pas éteints complètement, mais ils ont repris le rythme qui est désormais le leur: celui d’une utilisation internationale ponctuelle. Le printemps 2024 a encore accueilli le Championnat d’Asie M23, concentré entre le stade international Khalifa et Al Janoub et deux plus petites enceintes. La finale de la FIFA Intercontinental Cup, entre le Real Madrid et Pachuca (3-0), a ensuite eu lieu en décembre à Lusail.

Quant au stade 974, il n’a existé que grâce à des événements isolés, comme le Trophée des champions français 2024 entre le PSG et Monaco, plus que par une saison sportive régulière. Dans un premier temps destiné à être démonté puis envoyé dans un pays en manque d'infrastructures, l'enceinte trône donc toujours près de l'aéroport international.

Des statistiques peu reluisantes

Ces compétitions internationales, comme encore l'Arab Cup qui s'est déroulée en décembre dans six des huit stades du Mondial 2022, donnent l’impression de réveiller ces enceintes comme on rallume une scène lors d’un festival: quelques dates, quelques soirs de foule, puis de nouveau le silence. Le contraste est particulièrement visible dans les jours ordinaires du championnat. Comme lors de ce mois de novembre où Blick était à Doha pour y suivre l'équipe de Suisse M18 lors du Mondial M17 qui se dispute sur l'Aspire Zone.

Alors qu'il devait être démonté après le Mondial, le stade 974 est toujours debout.

La Qatar Stars League, faute d'un public nombreux et pour des raisons logistiques ou économiques, continue de privilégier des enceintes bien plus modestes. Certaines saisons (2023-2025 et 2024-2025), à peine la moitié des matches se jouent dans les stades du Mondial (49,6%). D’autres années, encore moins (21,05% lors de la saison 2022-2023). Le pourcentage pour la saison en cours est de 51,66%. Lusail (1 match depuis son ouverture) et Education City (7) semblent n’ouvrir leurs portes qu’à l’occasion des grands événements. Al Bayt (33) n’est sollicité qu’épisodiquement. Le 974 demeure est lui plus en marge avec cinq rencontres de championnat depuis son inauguration. Les clubs changent de ce fait sans cesse ou presque de domicile.

L'équipe nationale boude les grands stades

La sélection nationale ne vient pas combler ce manque. Depuis la Coupe du monde, elle utilise ces stades de façon irrégulière, sans ancrage clair. Une année, elle joue au Khalifa. Une autre, elle alterne entre Al Thumama et Ahmad Bin Ali. En 2025, elle n’a utilisé qu’une seule enceinte du Mondial en six rencontres à domicile, préférant des stades bien plus modestes.

Le championnat local n'intéresse pas grand-monde au Qatar.

L’impression qui domine est celle d’un héritage spectaculaire, mais incomplet. Les stades sont magnifiques, toujours impeccablement entretenus et très sécurisés, prêts à accueillir des finales continentales ou des tournois mondiaux à tout moment. Mais ils vivent dans un entre-deux étrange, alimentés par des pics d’activité plus que par une routine sportive. «Un véritable héritage international, sans éléphants blancs», promettait Hassan Al-Thawadi, alors CEO du comité de candidature. Promesse seulement à moitié tenue.

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