Comment éviter de se prendre une correction? Tel est le problème auquel doit faire face Servette Chênois pour son entrée en lice dans la phase de ligue de la Champions League. Les championnes de Suisse reçoivent l’OL Lyonnes mercredi à la Praille (18h45). Un privilège, mais aussi un énorme défi. «Sur le plan physique et technique, pour moi, Lyon, c’est la plus grande équipe d’Europe», prévient la capitaine Daïna Bourma, en référence également au palmarès de l’adversaire.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les Lyonnaises ont remporté la C1 à huit reprises depuis 2010 (2011, 2012, 2016, 2017, 2018, 2019, 2020 et 2022), disputant également la finale en 2024 et 2026, ainsi que les demi-finales en 2025. Un ogre. D’autant plus que leur début de saison impressionne, avec deux succès 7-1 contre Fleury et le Paris FC, autre adversaire du SFCCF dans cette campagne européenne, ainsi qu’une victoire 8-1 au Havre vendredi dernier.
«Lyon, c’est toujours un plaisir à affronter, mais c’est tellement difficile à chaque fois», confirme Noémie Carage. La défenseure française de 30 ans, arrivée au bout du lac cet été, est bien placée pour en parler, elle qui a disputé une dizaine de saisons en D1. «On a tout essayé contre elles. Si on leur laisse le moindre espace, elles l’exploitent et cela devient fatal.» Les Grenat sont prévenues. «On sait que cela va être difficile et on en est conscientes, concède Amina Muratovic. Mais on a toutes envie de montrer du caractère et de faire de notre mieux.» Une belle occasion de se mettre en valeur pour la jeune Vaudoise.
Une défense pas au top
Problème: la défense du SFCCF n’est plus aussi hermétique que la saison dernière. La troupe de Cristian Toro n’avait encaissé que sept buts en 24 matches de championnat, play-off compris. Depuis la reprise, les filets genevois ont déjà tremblé à huit reprises, après seulement sept journées. «Avec les qualifications pour la Champions League, on a dû enchaîner les matches, donc il y a un peu de fatigue», souligne Daïna Bourma, tout en rappelant que les Grenat sont premières du championnat.
«Nous devons encore trouver certains automatismes entre nous, ajoute Amina Muratovic. Cela fait bientôt trois ou quatre mois que nous sommes ensemble, mais il y a eu beaucoup de changements dans l’équipe» (ndlr: onze nouvelles recrues). «Il nous fallait donc du temps pour trouver nos marques et je pense que nous sommes en train d’y arriver.» Et l’internationale helvétique de prendre comme exemple le clean sheet réalisé contre Zurich vendredi dans le choc au sommet de Super League (0-0).
Bien sûr, Melchie Dumornay, Ada Hegerberg, Marie-Antoinette Katoto et consœurs représentent une armada offensive beaucoup plus impressionnante que les joueuses du bord de la Limmat. «Il faudra être prêtes mentalement à souffrir toutes ensemble, prévient Noémie Carage. Se battre les unes pour les autres et faire preuve d’abnégation.» Pour réussir à faire douter les Lyonnaises, il faudra être à 100% sur chaque action.
Montrer du caractère
Lors de son épopée européenne il y a cinq ans, Servette Chênois, opposé à Chelsea, Wolfsburg et la Juventus, n’avait pas marqué le moindre but. «Le Servette de 2026 n’a plus grand-chose à voir avec celui de 2021», souligne Daïna Bourma. Le club a poursuivi son développement et s’est davantage professionnalisé. «On est allé chercher de l’expérience et de la qualité. Si on est là aujourd’hui, ce n’est plus un exploit, c’est parce qu’on a travaillé très dur pendant cinq ans.» Les Grenat ne sont pas là pour faire de la figuration.
Pour cette campagne, l’objectif n’est pas seulement de «vivre l’expérience» de la Champions League, explique l’entraîneur Cristian Toro. Il veut que le Servette FCCF progresse, se surpasse et essaie d’exister contre toutes les équipes. «On n’est pas une équipe perdante, on joue tous nos matches pour gagner, ajoute Daïna Bourma. Je ne me dis pas qu’on est des perdantes si le résultat ne nous est pas favorable. On est des perdantes si on n’essaie pas, si on abandonne. Mais ce n’est pas notre caractère. On est une équipe qui travaille au quotidien, qui se bat pour le maillot. Vous pouvez être sûrs qu’on va se donner à fond et essayer d’aller chercher un résultat.»
«Chaque rencontre a sa propre histoire»
Mais ce n’est sûrement pas contre le détenteur du record de titres en C1 que le SFCCF entend marquer ses premiers points dans la compétition. «Ce sont néanmoins toujours de super matches à vivre, poursuit Noémie Carage. On grandit énormément à travers ce genre de rencontres.» Les Genevoises, qui affronteront ensuite les Danoises de Koge, les Belges de l’OH Louvain, le Barça, l’AS Rome et le Paris FC, auront d’autres occasions de débloquer leur compteur.
Dans sa carrière, Noémie Carage a réussi une seule fois à tenir en échec l’ogre lyonnais. C’était le 20 octobre 2019 avec Dijon. «Nous avions plutôt évolué en bloc bas, se souvient la défenseure. Mais parfois, aller les chercher et les bousculer un peu ne peut pas faire de mal non plus.» Avant de rappeler qu’au football, rien n’est impossible. «Comme on dit, chaque rencontre a sa propre histoire.»
En attendant, il s’agira aussi de profiter de l’instant présent. Disputer la plus prestigieuse des compétitions devant son public – plus de 4000 billets ont été vendus à 24 heures du coup d’envoi – contre la «meilleure équipe» d’Europe est un rêve pour de nombreuses footballeuses. Aux Grenat de mettre leurs tripes sur le terrain pour conquérir le cœur du public genevois, lui donner envie de revenir les soutenir lors des prochaines affiches et, pourquoi pas, les pousser vers un résultat historique.