Championnats suisses à Versoix
Le powerlifting veut sortir du garage

Ce week-end, plus de 100 athlètes se disputent les titres nationaux de powerlifting à Versoix (GE). Un rare passage en Suisse romande, monté par deux petits clubs et une armée de bénévoles qui rêvent de sortir leur sport des «compétitions de garage».
Photo: Eylir Visuals
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Bastien FellerJournaliste Blick

Un festival de métal, version barres de fer. C’est ainsi que Gustavo Linder, de Geneva Powerlifting, présente le week-end à venir: «On peut s’attendre à une ambiance un peu comme au Hellfest.» Samedi et dimanche, plus de 100 athlètes venus de tout le pays se disputent à Versoix les titres de champions suisses open de powerlifting. Et dans les gradins, la règle est simple: on hurle pour tout le monde, qu’on connaisse l’athlète ou non.

Le powerlifting, ou force athlétique en bon français, n’a rien à voir avec l’haltérophilie des Jeux olympiques. Ici, pas d’arraché ni d’épaulé-jeté, mais trois mouvements que tout habitué des salles de sport connaît: le squat, le développé couché et le soulevé de terre. Trois essais par mouvement, on garde la meilleure barre de chacun et on additionne le tout. C’est ce total qui fait le champion, catégorie de poids par catégorie de poids. Trois arbitres jugent chaque tentative et il en faut deux d’accord pour qu’elle soit validée.

Inutile de venir pour voir des débutants. Pour décrocher son billet, chaque athlète a dû réaliser un total qualificatif lors d’une compétition précédente. «Un squat à 100 kg pour une femme, dans une salle de fitness, c’est déjà assez exceptionnel, glisse Coralie Visinand, de Geneva Powerlifting. Aux championnats suisses, les gens verront des performances bien supérieures.» Certains viseront des records suisses, d’autres un total précis pour se qualifier à l’international.

Le scénario est presque toujours le même, raconte Malika Derder, d’Ultima: «Le premier essai est généralement assez facile, mais le troisième devient très dur. Quand quelqu’un lutte pour réussir son mouvement, les gens crient pour l’aider.» Michelle Bühler, présidente du club, résume: «Il y a une ambiance où tout le monde veut que la personne réussisse.»

Né à minuit, après le rangement

L’autre curiosité du week-end se trouve dans les coulisses. Les championnats suisses sont montés par deux clubs main dans la main, une première selon les organisateurs: Geneva Powerlifting et Ultima, ELEVATE Athletes Club, basé à Gland. «On fait mentir les ragots et ça se passe très bien, se marre Coralie Visinand. Dans le powerlifting, on fait de très bonnes collaborations. Je crois que c’est à peu près le seul sport!»

L’idée est née l’an dernier, au retour d’une compétition. Les deux clubs s’étaient déjà donné des coups de main. «En rentrant à minuit, après avoir tout rangé, on s’est dit qu’il fallait faire une vraie collaboration et organiser les championnats suisses», raconte-t-elle. Avec un petit plaisir en prime, selon Gustavo Linder: «Comme ça, ce sont les Suisses alémaniques qui viennent chez nous!»

Seule, Ultima n’aurait jamais pu se lancer. «Nous ne sommes que deux dans l’association, rappelle Michelle Bühler. Organiser seules des championnats suisses serait impossible.» Malika Derder espère d’ailleurs que l’exemple fera école: «Beaucoup se disent qu’ils n’ont pas les moyens ou assez de monde. On veut montrer que c’est possible de le faire ensemble.»

Des centaines de mails, zéro salaire

Car monter un tel événement ne s’improvise pas. «Il faut avoir organisé une compétition pour se rendre compte de ce que ça représente: les centaines d’appels, les centaines de mails, la recherche de personnes motivées pour aider…», énumère Coralie Visinand. Le tout sur le temps libre, en marge d’un travail. Hormis les arbitres, défrayés, la trentaine de personnes à l’œuvre sur place sont bénévoles.

Il fallait aussi une salle capable d’accueillir une plateforme et du public. Les organisateurs cherchaient sur La Côte, entre Lausanne et Genève. «Il y a des communes qui vous donnent les clés de la salle en vous souhaitant bonne chance. À Versoix, ils nous aident depuis le tout début», salue Coralie Visinand. Avec, en bonus, la vue sur le lac.

Côté sponsors, il a fallu s’accrocher. «Si l’on veut faire quelque chose de plus ambitieux, il faut accepter d’essuyer dix refus pour obtenir peut-être un oui», constate Coralie Visinand. Mais l’objectif est clair pour Gustavo Linder: «On veut professionnaliser le sport, sortir des 'compétitions de garage'. Il faut montrer qu’on peut attirer du public, des sponsors et mettre en valeur les performances.»

Les femmes ont toute leur place

Sur la plateforme, environ un tiers des athlètes sont des femmes. Dans le comité d’organisation, elles sont majoritaires. «Le powerlifting reste un sport majoritairement masculin, reconnaît Malika Derder. Notre présence montre que les femmes ont toute leur place dans les sports de force, comme athlètes, mais aussi dans l’organisation.» Sans quota ni calcul: «Ça s’est fait naturellement, parce qu’on s’est retrouvées autour de la même envie de développer ce sport.»

Reste à remplir les gradins, et pas seulement avec les familles des athlètes. «Le plus bel objectif serait de donner envie à des spectateurs qui n’ont jamais vu ce sport de venir voir», rêve Coralie Visinand. Malika Derder, elle, voit encore plus loin: «Ce serait idéal que quelqu’un dans le public se dise: 'Dans quelques années, je veux être sur cette plateforme.'»

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