«J'ai perdu la joie de vivre»
Le snowboardeur David Hablützel a vécu un calvaire

David Hablützel est de retour. Dix ans après, le snowboardeur zurichois est à nouveau monté sur un podium de Coupe du monde. Avant la course à domicile à Laax, il parle du chemin douloureux qui l'a ramené au sommet de la hiérarchie mondiale.
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Le snowboardeur David Hablützel (à gauche) est de retour sur un podium.
Photo: AP
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Nicola Abt

Dix ans d’attente. Dix ans de souffrance. Et puis cette course, celle pour laquelle tout en valait la peine. Lorsque David Hablützel s’est envolé vers la deuxième place en half-pipe à Calgary, lors de l’avant-dernier week-end, ce n’était pas qu’un simple podium de Coupe du monde. C’était le retour au premier plan d’un snowboardeur que beaucoup avaient, depuis longtemps, rangé dans la catégorie des oubliés.

Retour en arrière. En 2016, le Zurichois s’illustre à l’Open de Laax avec une troisième place. Les experts lui promettent alors un avenir radieux. La suite sera un long cauchemar: six opérations du genou, quatre ruptures des ligaments croisés, deux commotions cérébrales, une lésion du ménisque, une hémorragie cérébrale. À cela s’ajoutent des déclassements au sein des cadres et d’innombrables remises en question.

Grave commotion et manque de soutien

À plusieurs reprises, David Hablützel s’est demandé si cela valait encore la peine de continuer. Deux fois, il a été tout proche de mettre un terme à sa carrière. Le point le plus sombre survient au printemps 2021. Après une chute à l’entraînement, le diagnostic tombe: grave commotion cérébrale, accompagnée d’une hémorragie.

«Un tueur de carrière», entend-il alors. Hospitalisé dans une clinique spécialisée à Zurich, il traverse une période noire. «J’ai perdu toute joie de vivre, je ne dormais plus. Pendant deux à trois mois, je ne pouvais presque voir personne. Écouter de la musique était impossible, aller au restaurant exclu. Tout était trop pour mon cerveau», se souvient-il.

Même dans son entourage proche, rares sont ceux qui croient encore à un retour. «Des membres de ma famille m’ont conseillé de chercher un travail normal. Ce manque de soutien m’a profondément blessé.»

Nouvel espoir, puis nouveau coup dur

Puis, lentement, quelque chose change. Les premiers progrès apparaissent. «Des choses qui étaient normales avant déclenchaient soudain chez moi un immense sentiment de bonheur.» Pas à pas, Hablützel se reconstruit. Un documentaire qu’il réalise lui-même l’aide aussi à retrouver un sens et une motivation.

Mais à peine revenu sur la planche, un nouveau coup du sort frappe. En décembre 2024, il se déchire à nouveau un ligament croisé, avec une lésion du ménisque. Durant tout l’hiver, il ne peut pas chausser son snowboard. Rééducation, doutes, fatigue mentale. «Cette période a été extrêmement dure.»

Ce qui le maintient à flot, c’est un objectif clair: les Jeux olympiques en Italie. «Je veux absolument y aller. J’ai tout donné pour ça.» Son podium à Calgary, début janvier, vient récompenser cet acharnement

Laax comme gros test

Ses chances de sélection olympique ont ainsi fortement augmenté. La liste officielle n’est pas encore connue, mais si la malchance l’épargne, David Hablützel sera de la partie en Italie.

Avant cela, un autre rendez-vous l’attend. Dès le week-end prochain, à Laax, il devra confirmer que sa deuxième place n’était pas un simple éclair. Lors des trois autres épreuves de half-pipe disputées cette saison, le Zurichois n’a jamais fait mieux qu’une place hors du top 15.

Mais après tout ce qu’il a traversé, David Hablützel sait mieux que quiconque qu’un seul jour peut suffire à changer toute une carrière.

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