Un commentaire de Richard Werly
Lula est un Trump de gauche

Réélu président du Brésil à l'issue d'une campagne menée tambour battant, Lula a fait du populisme de gauche. Une campagne anti-Trump très inspirée d'un certain... Donald Trump, estime notre journaliste Richard Werly.
Lula l'a emporté parce qu'il a su être un Trump de gauche, estime Richard Werly.
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En bref

  • Lors de l’élection présidentielle d’octobre 2022, Luiz Inácio Lula da Silva a battu Jair Bolsonaro avec 50,9 % des voix. Sa campagne s’est concentrée sur la réduction des inégalités, la relance économique et la défense des institutions démocratiques au Brésil.
  • Parmi ses promesses phares : une aide sociale minimum avec suppléments pour enfants, augmentation du salaire minimum au-delà de l’inflation et lutte contre la déforestation en Amazonie.
  • Lula a également annoncé une exonération fiscale pour les bas revenus et un programme de renégociation des dettes des ménages, en plus de mesures pour l’égalité salariale entre hommes et femmes.
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

Il ne faut pas être naïf. Réélu pour un nouveau mandat présidentiel au Brésil, Luiz Inácio Lula da Silva aura la plus grande peine à appliquer les promesses de campagne qui lui ont permis de battre nettement, ce dimanche, son adversaire de droite Flávio Bolsonaro. Avec 2% de croissance de son produit intérieur brut en 2025, un problème endémique de corruption et une dette publique passée en dix ans de 67% du PIB à 82,5%, le géant de l'Amérique latine est enlisé dans une inquiétante stagnation. 33% de la population, soit 70 millions de Brésiliens, ont moins de 25 ans. Faites le calcul: l'avenir ne s'annonce pas rose.

La leçon à retenir de cette réélection aux forceps du vieux syndicaliste qui célébrera ses 81 ans le 27 octobre est donc ailleurs. En focalisant sa campagne de l'entre-deux-tours sur la souveraineté du Brésil, sur le pouvoir d'achat, sur la réduction des inégalités, sur l'Etat de droit (donc sur la démocratie) et sur la lutte contre la déforestation en Amazonie, Lula a su mettre sur la table un arsenal antitrumpiste... très inspiré de Donald Trump.

Quatrième mandat

Pas question, pour le vétéran de la politique qui vient de remporter un 4e mandat présidentiel, de chercher à contrer le fils Bolsonaro sur les chiffres ou sur son propre bilan. L'octogénaire Lula a au contraire parlé d'avenir. Il a multiplié les discours nationalistes. Il a promis à ses concitoyens un «grand» Brésil capable d'affronter les Etats-Unis. Lula a retenu de Trump un mode opératoire: ne jamais regretter. Foncer. Parler aux tripes des électeurs.

Ce trumpisme de gauche, largement basé sur l'intervention économique de l'Etat (avec des risques de dérive financière) et sur la défense des libertés, l'a emporté sur le nationalisme sécuritaire et liberticide de Flávio Bolsonaro parce que Lula colle, en plus, parfaitement à ce programme. Le vieux combattant de la politique brésilienne incarne sa politique. Il a résisté à Trump. Il a aussi, face à la guerre en Ukraine, su prendre ses distances avec ses alliés européens, selon lui bien trop englués dans ce conflit contre leur fournisseur d'énergie qu'est la Russie.

Politique au ras du sol

Malgré les casseroles politico-financières de son Parti des travailleurs, Lula a pleinement profité de son passé. Comme Donald Trump, il a fait de la politique au ras du sol, s'imposant de nouveau comme un grand comédien du pouvoir. C'est, en face, son adversaire de 45 ans qui paraissait désuet, tel un clone de l'Argentin Javier Milei sans la verve ni la fameuse tronçonneuse de ce dernier.

Lula a parlé au peuple brésilien qu'il connaît si bien. Quitte, à la manière de Trump mais dans un registre social-populiste opposé à celui du président des Etats-Unis, à vendre beaucoup trop de rêve, ce qui rendra son atterrissage économique compliqué. Lula, comme Trump, a aussi beaucoup parlé pétrole. Le Brésil, grâce à ses gisements offshore, est désormais l'un des premiers producteurs mondiaux d'or noir. Sur tout cela, le locataire de la Maison-Blanche et celui du Palácio do Planalto sont en réalité sur la même longueur d'onde. Ils n'ont pas demandé aux électeurs de voter pour un programme, mais pour eux, pour leur histoire et pour leur force de caractère.

Lula l'a emporté parce qu'il a su être un Trump de gauche. À bon entendeur ?

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