Qui, parmi nous, regardera, durant la nuit du 3 au 4 novembre, les résultats des élections de mi-mandat aux Etats-Unis? Du côté des médias, l’ébullition est programmée, avec moult soirées électorales nocturnes et envoyés spéciaux. Mais quid de l’intérêt réel? Pourquoi accorde-t-on autant d’importance à un scrutin qui se déroule de l’autre côté de l’Atlantique et n’entraînera pas, de toute façon, un changement de locataire à la Maison Blanche?
La réponse à cette question est simple. Et elle n’est pas agréable à redire. A l’heure d’écrire ces lignes, aucun pays européen ne peut complètement se désintéresser des urnes de l’Iowa, du Kansas, du Texas, du Maine ou de l’Alaska, pour citer quelques-uns des fameux «Etats clés» où se jouera la bataille Démocrates-Républicains. Même ceux qui voudraient détourner le regard et traiter ces «midterms» comme une affaire purement américaine doivent se rendre à l’évidence.
Les fermiers du Midwest, les Latinos de Californie ou du Texas, les fidèles des églises évangéliques de la «Bible Belt» (la ceinture de la Bible) du sud des Etats-Unis tiennent une part de notre destin dans leur bulletin de vote. S’ils rejettent Trump et son Parti républicain, la bataille au sommet du pouvoir à Washington aura des conséquences ici. Et s’ils confortent sa majorité, contre tous les sondages, le président des Etats-Unis sera encore plus en position de force pour nous imposer ses diktats.
Pouvoir d’achat
Ces élections de mi-mandat, dont le thème central est le pouvoir d’achat miné par l’inflation et les tarifs du carburant, ne sont pas un scrutin comme les autres. Elles achèveront, quel que soit le résultat, deux années de relations transatlantiques éprouvantes, durant lesquelles une nouvelle relation entre les Etats-Unis et nous, Européens, a commencé à se forger autour de ces quatre axes.
Point 1: Notre sécurité – membres de l’Alliance atlantique ou pas – n’est plus assurée automatiquement par l’Oncle Sam. Point 2: Cette sécurité va nous coûter de plus en plus cher, sous forme d’achats imposés d’armes «Made in USA». Point 3: Notre dépendance énergétique envers l’Amérique est destinée à s’accroître. Point 4: Notre souveraineté et notre capacité à défendre l’Ukraine contre la Russie continueront d’être mises à l’épreuve.
Le problème est qu’une victoire des démocrates, y compris dans les deux chambres du Congrès comme certains l’espèrent, ne changera rien à cet état de fait. Personne, à Washington, y compris parmi les élus les mieux intentionnés envers l’Europe, ne souhaite voir une seconde puissance occidentale émerger, et encore moins s’interposer. L’idée d’un futur accord d’association entre l’Union européenne et le Canada irrite. Le projet d’une défense communautaire solide inquiète les industriels, fabricants de missiles Patriot ou de F-35. Le désengagement de l’OTAN invoqué à plusieurs reprises par Trump et les siens est une fiction. L’Alliance atlantique est un carcan bien trop avantageux pour que les Etats-Unis l’abandonnent et en laissent les commandes aux Européens.
Ce que nous aimons
Ce scrutin des midterms, lors duquel des centaines d’élus fédéraux, des dizaines de gouverneurs et des milliers de parlementaires, de juges ou de shérifs locaux seront choisis, est en quelque sorte une illusion. Nous aimons croire que si Donald Trump est battu, tout redeviendra comme avant. Nous aimons entendre les démocrates pilonner sa politique vis-à-vis de Poutine, sa guerre contre l’Iran et son protectionnisme commercial. Nous aimons nous convaincre qu’en cas de défaite trumpiste, les ingérences américaines dans les campagnes électorales européennes diminueront, voire disparaîtront.
Tout cela nous donne l’impression que le vent de la tempête va tourner et que nous reviendrons au «business as usual». Erreur. Au vu des deux années passées, le plus probable est qu'après le vote des Américains, ce 3 novembre, les Européens continueront de payer le prix de choix qui ne sont pas les nôtres.