A chaque fait divers qui sature l’espace médiatique, le même réflexe pavlovien refait surface: serrer la vis. Toujours plus fort. Toujours plus vite. Idem quand un pays similaire à la Suisse prend une mesure choc dont il faudrait obligatoirement s’inspirer, à l’instar de la Suède qui a récemment décidé d’abaisser l’âge de la responsabilité pénale de 15 à 13 ans pour faire face à la montée de la violence des gangs.
Dans une partie de l’arène politique, cette mécanique est devenue un logiciel, celui du populisme pénal. Une stratégie aussi prévisible qu’électoraliste, qui consiste à brandir des sanctions plus lourdes pour calmer une opinion chauffée à blanc. Peu importe que la réponse soit simpliste, émotionnelle ou en décalage avec la réalité. L’essentiel est de donner le sentiment d’agir.
Cette mise en scène évite soigneusement de s’attaquer aux véritables failles du système. Seule une poignée d’inconscients et d’agités du bocal conteste la nécessité de la répression. Mais faire croire qu’un durcissement perpétuel de l’arsenal législatif suffira à résoudre les problèmes relève au mieux de la naïveté, au pire d’un cynisme assumé.
Le constat est connu, documenté. La justice est au bord de l’asphyxie: tribunaux engorgés, prisons saturées, personnel en sous-effectif. Et pourtant, les mêmes décideurs qui empilent les lois se gardent bien de donner à l’institution les ressources nécessaires pour les appliquer. Résultat: un système sous tension permanente où l’on produit à la pelle peines et interdits sans se donner les moyens de les faire respecter.
Un constat déjà bien connu
Le paradoxe est saisissant. En prétextant la fermeté, on fragilise l’efficacité. A force de promettre plus de sévérité sans investir dans l’exécution, on mine les fondements mêmes de l’Etat de droit. Car une justice lente, débordée et incapable d’appliquer ses propres décisions n’a de justice que le nom.
Olivier Boillat, juge au Tribunal des mineurs de Genève et président de l’Association latine des juges des mineurs, a raison de souligner que, même si la Suisse n’est pas trop mal lotie par rapport à d’autres, elle peut et doit faire mieux. En effet, derrière ces comparaisons internationales flatteuses se cache une érosion silencieuse. Celle des ressources, de l’efficience et, bientôt, de la confiance.
Se satisfaire de l’insatisfaisable n’est plus une option. Car à force de préférer les effets d’annonce aux financements structurels, c’est le socle même du vivre-ensemble qui se fissure. Et quand il aura cédé, il n’y aura plus rien à sauver.
Cet article a été publié initialement dans le n°17 de «L'illustré», paru en kiosque le 23 avril 2026.
Cet article a été publié initialement dans le n°17 de «L'illustré», paru en kiosque le 23 avril 2026.