Le commentaire de Claude Ansermoz
Un festival de presse, ça sert à ça

Pendant deux jours, le Presstival a ouvert ses portes sur les enjeux du journalisme. Imaginée par la nouvelle génération, la manifestation a été portée par une énergie intelligente, solidaire et parfois foutraque. Et ça fait du bien, se réjouit Claude Ansermoz.
A Bienne, le public est venu, assez nombreux, pour voir les mille visages de la profession de journaliste.
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Claude AnsermozRédacteur en chef en charge des contenus

Ce sont dans les vieilles marmites qu’on fait les meilleures soupes. Et la vieille marmite n’est autre que la Gurzelen, à deux pas du siège de Swatch, dont la forme évoque un immense serpent en bois. C’est dire que les langues de vipère, mais aussi de couleuvres étaient les bienvenues ce week-end de Pentecôte dans cet ancien stade, qui a vu le FC Bienne remporter le titre de champion de Suisse en 1947. L’enceinte, abandonnée, laissée aux marginaux dans un premier temps, est devenue un joyeux foutras où se côtoient des jardins familiaux, des collectifs alternatifs, des bars sauvages et deux magnifiques courts de tennis en vrai gazon.

Du plomb et du plomb

Le Presstival, donc, y a vécu sa deuxième édition dans la ville qui, comme l’a rappelé Peter Rothenbühler, a fait renaître l’horlogerie suisse de ses cendres. Sous un soleil de plomb – métaphore incontournable des heures glorieuses des imprimeries –, la profession y a montré ses mille visages. Très loin des clichés qui veulent faire des journalistes une masse informe et «mainstream». Dans un esprit festif et porté vers l’avenir, malgré les errements structurels et conjoncturels que traversent les médias. Et pourtant, ce n’était pas gagné d’avance, tant la profession – ou plutôt les professionnels – se sont longtemps regardés le nombril sans se soucier ni de leurs collègues, ni de l’évolution de la société qui les consulte.

Le comité du Presstival, c’est donc the bright side of the Moon Je les regarde un peu comme un papa – jeune le papa, hein? – regarde ses enfants. Elles et ils ne pensent pas forcément comme moi, je les trouve parfois trop militants – politiquement parlant – mais leur énergie fait un bien fou à la profession. Tout comme leur façon de faire passer le collectif avant leurs destins individuels.

L'Intelligence artificielle au menu

Le public est venu, assez nombreux, pour nous voir débattre pour savoir si les «merdias» étaient tous de gauche, si les méchants éditeurs zurichois ou l’intelligence artificielle allaient tous nous manger, si la ou le journaliste était un humain comme les autres face à la violence de l’actualité, si le sport était une matière à part. Tout ça sous des formats les plus ludiques possibles. Sans oublier de récompenser, avec le prix Dumur décerné à Luis Lema, une plume qui travaille sur le temps long et les sujets complexes.

Les vaches sont moins grasses

Alors oui, c’était parfois foutraque. Mais c’était surtout plein d’enthousiasme et de questionnements intelligents. Je ne suis pas certain que nous, vieilles et vieux de la vieille, méritons forcément la génération qui nous succède. Tant nous avons traversé les vaches plus grasses avec nos certitudes et notre incapacité à partager et transmettre nos acquis et nos doutes. Merci donc à Séverine, Adrien, Grégoire, Tristan, Jessica, Pauline, Alexandre et à tous les bénévoles impliqués de continuer à montrer que nous faisons le plus beau métier du monde.

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