Lausanne reste «rouge». Au grand dam de ceux qui voulaient – et j’en fais partie – un meilleur équilibre entre la gauche et la droite, voire le centre. Non seulement, elle laisse le PLR en position ultra-minoritaire, mais elle a joué son rôle dans l’élection de Roger Nordmann au Conseil d’Etat. Alors qu'il y a eu généralement une démobilisation forte de l'électorat de droite, le phénomène est particulièrement marqué à Lausanne où Nordmann renforce l'écart en termes de voix (+9000 contre +6000) alors que la participation est en baisse.
Cette double victoire de la gauche – même s’il faut la relativiser dans les campagnes – a un goût de déjà-vu. Le 8 mars dernier, lors du scrutin sur la redevance SSR, la «minorité criarde» des réseaux sociaux avait déjà perdu face à la «majorité silencieuse». Idem ce 29 mars. Oui, les Lausannois ont envie d’une ville progressiste qui fait de la place au vélo et aux transports publics plutôt qu’à la voiture. Oui, le chef-lieu a des problèmes avec sa sécurité – gérée en grande partie par son représentant de droite d'ailleurs – et le marché de la drogue. Mais quelle ville qui grandit – qu’elle soit conservatrice ou pas – n’en a pas ?
Oui, Lausanne bouge. Elle est vivante, en travaux, culturelle et sportive comme peu d’autres de sa taille. Ceux qui votent disent tant mieux. Les autres continueront à beugler «C’était bien mieux avant». Mais, comme pour la SSR, ce n’est pas un blanc-seing. A terme, on doit pouvoir se sentir en sécurité. Même et surtout dans une ville qui aime mettre en avant son dynamisme. La gauche doit trouver une réponse intelligente et contemporaine à ces questions.
Roger Nordmann doit lui aussi trouver sa place dans son pays. Où nul n’est prophète. Mais lui encore moins qu’un autre. Personne ne nie ses compétences, et surtout pas les alémaniques qui en ont fait un poids lourd à Berne. C’est à lui désormais de prouver qu’il peut faire aussi bien sur les terres de Davel qu’au pays des anciens Baillis. Dans un gouvernement qui en a bien besoin.