La gauche romande, et plus particulièrement vaudoise, a-t-elle un problème avec sa frange radicale en matière d’antisémitisme? Poser la question, c’est presque y répondre. On s’était déjà étonné des absences de personnalités politiques de son bord lors des cérémonies en mémoire des victimes du massacre du 7 octobre. On s’était un peu étouffé qu’un conseiller communal du parti à la rose ne soit pas exclu après avoir liké des publications pro-Hamas.
On avait aussi et ensuite du mal à comprendre pourquoi la Municipalité hégémoniquement rose-verte n’avait pas réagi lorsque des manifestants ont récemment brandi des drapeaux du Hezbollah et des pancartes exigeant «les sionistes hors de nos quartiers». Des relents antisémites que l’on retrouve dans une exposition indirectement subventionnée par la même majorité. Avec des panneaux allant jusqu’à «ficher» des journalistes et des politiques «sionistes». On est de moins en moins loin de l’étoile juive d’une autre époque.
Au-delà de la querelle judiciaire, l’exposition pose une question plus large: à partir de quand une dénonciation militante bascule-t-elle dans la mise en accusation publique de personnes identifiables? Critiquer un traitement médiatique, un cadrage éditorial, des silences ou des angles est une chose. Construire un dispositif visuel qui relie des journalistes nommément désignés à une entreprise de colonisation en est une autre.
Oui, Netanyahu est un criminel de guerre et on espère bien qu’il sera jugé un jour. Tout comme les dirigeants du Hamas. C’est d’ailleurs l’un et les autres que poursuit le procureur de la Cour pénale internationale, avec un mandat d’arrêt. Mais la cause palestinienne, aussi légitime soit-elle, ne vaut pas certains amalgames que nous vivons aujourd’hui, reléguant aux oubliettes de l’histoire un devoir de mémoire que l’on pensait acquis. Il y a aujourd’hui une responsabilité de ce qu’on pourrait appeler la gauche «républicaine» vaudoise, dont le silence aujourd’hui est assourdissant. Elle doit faire valoir son droit d’inventaire et clairement prendre ses distances avec sa frange associative et/ou radicale dont les dérives sous la bannière de la convergence des luttes ont des relents nauséabonds.