«L'échec grave d'une politique, d'une institution, d'un système ou d'une personne». Cette définition du mot «faillite» s'applique aujourd'hui tristement à la France. Quel que soit le sort réservé à la dette publique française par les agences de notation financière, l'incapacité du pays et du gouvernement à répondre aux défis révélés par la crise actuelle démontre en effet combien il est endommagé.
Faillite des forces de l'ordre le 17 octobre, dans de nombreuses grandes villes. Faillite des régions dans leur gestion des lycées, de plus en plus délabrés. Faillite de l'économie au sens large, dans un pays où 7% seulement des patrons se disent confiants dans l'avenir, selon un sondage OpinionWay. Faillite, enfin, des institutions, tant la campagne présidentielle qui démarre semble condamnée à accoucher d'une radicalité toujours plus forte. Au point que l'on entend parfois des députés, et même des ministres, parler de possible «guerre civile».
Cette faillite doit beaucoup, c'est vrai, à la réalité électorale qui a, depuis la dissolution de juin 2024, transformé Emmanuel Macron, 49 ans, en président girouette, contraint de s'adapter tant bien que mal à tous les vents encore porteurs. Impossible, pour ce chef de l'Etat pourtant élu deux fois, d'imprimer une quelconque marque. Dépossédé d'une partie de sa légitimité par l'absence de majorité à l'Assemblée nationale, Macron a cramé deux Premiers ministres qui, chacun dans son genre, ne manquaient pas de stature.
Lecornu bricoleur
Michel Barnier, gaulliste savoyard et négociateur du Brexit pour l'Union européenne, avait une autorité naturelle. François Bayrou, ce centriste sans lequel le macronisme n'aurait peut-être jamais accédé à l'Elysée, a fait montre d'une lucidité incontestable sur la dette. Mais ni l'un ni l'autre n'ont résisté à la pression. Désavoués par l'Assemblée, ils ont dû démissionner. Et Macron, dans l'espoir de terminer tant bien que mal son mandat, a fini par promouvoir à la tête du gouvernement son dernier fidèle: le bricoleur politicien Sébastien Lecornu.
Ce que dit cette séquence entamée depuis juin 2024 a pu se lire dans les émeutes du 17 octobre, et cela risque de se répéter ce samedi: Emmanuel Macron, président sans projet, hors sol et sans aucune capacité de renouer avec le peuple, ne parvient plus à empêcher la dérive nationale. Il tient le gouvernail, mais les vents sont trop contraires et la houle sociale bien trop forte. A chaque embardée, ce président aux analyses géopolitiques justes et à l'engagement pro-européen indiscutable se retrouve noyé sous un flot de critiques, y compris maintenant de la part des policiers supposés protéger les institutions. Les marchés financiers ne lui font plus confiance. Ses adversaires politiques boycottent ses invitations. Le seul crédit qui lui reste est à l'étranger, parmi les patrons de multinationales qui lui savent gré d'avoir incarné avec courage l'attractivité de la France.
Patron abandonné
Emmanuel Macron est seul, tel le patron d'une entreprise abandonné par ses clients, ses fournisseurs, ses prestataires et ses employés. Ceux qui sont à ses côtés savent que leur avenir politique est compromis. Ceux qui ont travaillé pour lui se remettent mal de l'expérience. Ceux qui l'ont toujours critiqué jubilent de voir les faits leur donner raison. Et pendant ce temps-là, les chiffres s'aggravent et la crise sociale sème l'angoisse.
La faillite signée Macron est, qu'on le veuille ou non, en train d'être prononcée.