Un commentaire d'Antoine Hürlimann
La fermeté contre le populisme

Après le témoignage de Robert*, agressé en pleine rue à Lausanne en juin 2025 par un homme en situation irrégulière et multirécidiviste, notre journaliste Antoine Hürlimann préconise d'avoir davantage recours à la fermeté. Sans quoi, l'extrême droite gagnera du terrain.
Notre journaliste Antoine Hürlimann préconise d'avoir davantage recours à la fermeté pour éviter que l'extrême droite progresse.
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Antoine Hürlimann - Responsable de l'actualité L'illustré
Antoine Hürlimann
L'Illustré

L’agression de Robert*, en plein centre de Lausanne, n’est pas seulement un fait divers. C’est une alarme politique. Un soir de juin 2025, l’entrepreneur de 62 ans est roué de coups à quelques mètres d’une station de métro. Visage fracassé, opérations, traumatisme durable. Mais le plus grave est ailleurs: son agresseur est multirécidiviste et interdit de territoire suisse. Autrement dit, l’Etat avait déjà identifié ce danger par le passé. La justice avait tranché. Mais sa décision n’a pas été suivie.

Et c’est là que commence le poison démocratique. Car un Etat de droit ne repose pas uniquement sur de grands principes. Il se fonde aussi sur sa capacité à faire respecter ses propres règles. Quand il n’y parvient pas, un sentiment désagréable se fait sentir: celui d’un pouvoir qui parle beaucoup mais maîtrise de moins en moins.

La gauche se trompe lorsqu’elle abandonne ces questions à la droite. Défendre les libertés ne signifie pas détourner le regard lorsque l’Etat dysfonctionne. Car ce sont toujours les plus modestes qui subissent en premier l’insécurité, les violences et la perte de contrôle de l’espace public. Ici, le problème n’est pas l’Etat de droit. Le problème, c’est un Etat de droit qui paraît ne plus avoir les moyens de se faire respecter. Et cette faiblesse-là, les extrêmes se chargent toujours de l’instrumentaliser.

La démocratie comme rempart à l'extrême droite

Le témoignage de Robert est, à cet égard, brutalement révélateur. Après son agression, il confie avoir voté Union démocratique du centre (UDC) pour la première fois de sa vie. Non par adhésion idéologique profonde, mais par réaction. A force d’incohérences entre le discours et les actes, une partie de la population finit par conclure que les partis modérés ont renoncé à exercer l’autorité.

Ensuite, les mêmes responsables politiques s’étonnent de la montée du populisme, des amalgames et des solutions simplistes. Cependant, les tribuns démagogiques prospèrent rarement sur le vide. Ils se nourrissent de l’impuissance et de cette idée diffuse que les règles existent encore sur le papier, mais plus vraiment dans la réalité. Une démocratie qui n’arrive plus à appliquer ses décisions finit toujours par fragiliser ses valeurs. Par conséquent, être ferme, ce n’est pas un cadeau fait à l’extrême droite. Au contraire, c’est précisément ce qui permet d’éviter qu’elle ne gagne davantage de terrain.

* Nom connu de la rédaction.

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