Climat: l’été où tout a changé

De Lausanne à Zurich, des milliers de manifestants ont remis le climat au centre du débat. La coalition «Pas d’été à 50 degrés» demande des mesures contre la chaleur et la dépendance aux énergies fossiles, rappelle Ilias Panchard.
«Pas d’été à 50 degrés» demande des mesures contre la chaleur et la dépendance aux énergies fossiles, rappelle Ilias Panchard.
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Suite à l’appel de la coalition «Pas d’été à 50 degrés», composée de plus de 140 organisations, des rassemblements réunissant au total 40’000 personnes ont eu lieu à Lausanne, Genève, Fribourg, Bienne, Neuchâtel et partout en Suisse alémanique. Les images sont impressionnantes: des familles, des jeunes et des personnes âgées ensemble pour dénoncer l’inaction des pouvoirs publics face aux conséquences du changement climatique. Pour affirmer que l’adaptation seule n’est pas une option. Que la canicule est politique. Et qu’il faut sortir de toute urgence de notre dépendance mortifère aux énergies fossiles.

La canicule ressentie dans nos chairs

Pendant longtemps, le changement climatique a pu sembler abstrait. Une histoire de fonte des glaciers, de réchauffement des océans, de records de température à venir ou de scénarios cataclysmiques à l’horizon 2050.

Cet été, il a frappé nos vies de plein fouet et porté gravement atteinte à l’environnement, cela pendant des mois: canicules successives, nuits suffocantes, personnes vulnérables qui souffrent dans les hôpitaux, les EMS, les crèches et les prisons. Puis la sécheresse extrême, les récoltes agricoles en chute libre et les forêts qui meurent. Et les animaux qui ne trouvent plus d’eau pour boire.

Une manifestante l’a résumé ainsi à la RTS: par rapport à 2019, nous avons cette fois «vraiment vécu» ce que signifie la hausse des températures. Et c’est peut-être ce qui explique ce retour massif dans la rue. Le climat n’est plus seulement une question abstraite pour demain ou une lubie des VERT-E-S. Il est (re)devenu l’urgence d’aujourd’hui.

L’adaptation ne suffira pas

Face aux canicules, nous avons appris les bons réflexes: boire de l’eau, se mettre à l’ombre, prendre soin des personnes vulnérables. Mais nous ne pouvons pas simplement apprendre à vivre avec des étés toujours plus chauds. Nous devons absolument agir sur les causes.

C’est précisément le message porté par ces mobilisations. Dans son appel que je vous recommande de signer, la coalition «Pas d’été à 50 degrés» demande notamment d’isoler les bâtiments, de végétaliser massivement nos villes, d’ouvrir des espaces publics frais et gratuits et d’interdire le travail en extérieur lors des fortes chaleurs.

Tout en protégeant les plus vulnérables, il est fondamental de réduire massivement les émissions de gaz à effet de serre dans tous les secteurs, de forcer la place financière à désinvestir des énergies fossiles et de faire du climat une priorité politique absolue, notamment politique et budgétaire.

Mais il faut se dire les choses: cela ne sera possible qu’en changeant de système économique du sol au plafond. La maximisation des profits propre au capitalisme empêche in fine toute action politique qui l’entrave. Et ces changements ne seront possibles qu’avec un mot d’ordre indispensable: justice climatique et justice sociale, même combat.

Le changement climatique n'attend pas

Les majorités politiques de droite et d’extrême droite ont montré leur incapacité à agir pour la protection du climat. Albert Rösti et le Conseil fédéral veulent nous faire revenir 40 ans en arrière, en construisant des autoroutes et de nouvelles centrales nucléaires tout en défendant les lobbies de l’agrochimie, de l’automobile et des énergies fossiles.

Les prochaines élections fédérales seront décisives pour contrecarrer cette politique qui nous mène dans le mur à pleine vitesse. Les dizaines de milliers de personnes rassemblées dans les rues nous redonnent de l’espoir et de la détermination pour réussir à renverser la table.

En 2019, et bien avant, nous étions nombreuses et nombreux à dire qu’il fallait agir avant qu’il ne soit trop tard. Aujourd’hui, nous savons un peu mieux à quoi ressemble ce «trop tard». Le climat est de retour dans la rue et dans le débat public. A nous de faire en sorte qu’il revienne enfin au centre des décisions politiques. Car chaque dixième de degré de réchauffement en moins sauve des vies et nous évitera des catastrophes climatiques. On lâche rien.

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