La chronique de Gilles Meystre
SMIC vaudois: Germinal en Pays de Vaud?

Pour sa première chronique, Gilles Meystre, président de GastroVaud et du Label Fait Maison, défend le contre-projet au SMIC vaudois. Un compromis ciblé, selon lui, loin des clichés opposant patrons exploiteurs et salariés victimes.
Gilles Meystre défend le contre-projet au SMIC vaudois qu’il juge ciblé et pragmatique.
Gilles Meystre, Président de GastroVaud et du Label fait maison

Les débats sur l’instauration d’un SMIC vaudois battent leur plein. Comme de coutume, les syndicats dépeignent les patrons comme des exploiteurs et les salariés comme des victimes… Germinal en Pays de Vaud! Et si on laissait tomber les clichés?

Il ne s’agit pas de nier les difficultés de 5% de la population à joindre les deux bouts. C’est précisément pour les aider que le contre-projet soumis en votation se concentre sur les secteurs sans conventions collectives, en leur proposant un salaire minimum ciblé. Un compromis intelligent, qui renforce le système actuel là où syndicats et patronat ne s’accordent pas. Et un compromis qui complète les dispositifs existants, au lieu de les complexifier.

Les femmes pénalisées

A l’inverse, les initiatives ne sont que poudre aux yeux. Premièrement, elles font croire qu’il suffit de décréter un salaire pour qu’il puisse être versé. Une vision purement mécaniste et déconnectée de la réalité! Car nos commerces subissent aussi des charges qui augmentent: électricité + 67%, gaz + 47%, beurre + 30%, bœuf + 22%. En clair, les difficultés des uns (les 5% de salariés payés en dessous de 23 francs) sont aussi celles des autres (les petits patrons, nos PME). Et pour ces dernières, des augmentations de salaires s’avèrent souvent impossibles.

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La gauche et les syndicats ont une bien curieuse façon de défendre les femmes…
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Deuxièmement, les initiants promettent de revaloriser le travail des femmes. C’est oublier que par la pression exercée sur les salaires, le SMIC obligera les entreprises à recruter moins et à concentrer le temps de travail de leurs employés sur les heures d’ouverture les plus rentables. Plus nombreuses à travailler à temps partiel, les femmes seront donc plus fortement pénalisées. Faudra-t-il qu’elles n’aient pas qu’un, mais deux ou trois jobs pour pouvoir joindre les deux bouts? La gauche et les syndicats ont une bien curieuse façon de les défendre…

Ce que les études ne disent pas

Citant à tout bout de champ des études genevoises, les initiants passent à côté de leur sujet. En effet, ces études n’éclairent les effets du SMIC que sous l’angle de l’emploi, et avec des résultats contrastés… Pis: ces études ne disent strictement rien sur l’impact économique du SMIC: combien d’entreprises fragilisées, voire fermées, en raison du SMIC? Combien de petits commerçants et d’artisans au bout du rouleau, noyés par des charges impossibles à répercuter et par des tâches qu’ils assument eux-mêmes, faute de pouvoir recruter? Combien de caissières en moins et de caisses automatiques en plus? Combien d’artisans-boulangers en moins, et de pains vendus à prix discount en plus? De tout cela, ces savantes études ne parlent pas…

Sur le terrain en revanche, ces questions sont omniprésentes et préoccupent tous ceux qui proposent des emplois. Car ils sont las que le débat se concentre sur ce qu’ils ne peuvent offrir et qu’il fasse l’impasse sur tout ce qu’ils donnent déjà: une première chance aux jeunes ou aux étrangers non qualifiés. Une rente-pont aux ouvriers du bâtiment les plus âgés.

Une hausse annuelle du salaire minimum conventionné dans la coiffure. 9% de progression sur le salaire minimum moyen dans l’hôtellerie-restauration. Alors, des peanuts, tout ça? Non, des améliorations négociées avec les syndicats, selon la réalité et les possibilités de chaque branche. Des avancées acquises dans le dialogue, plutôt que dans la surenchère. Et une recherche constante de conciliation entre la dignité des uns et la capacité financière des autres. Parce qu’il préserve ce modèle tout en renforçant la protection des plus faibles: 2xNON au SMIC, OUI au contre-projet le 14 juin!

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