La chronique de Jacqueline de Quattro
Les nouveaux mercenaires du crime

Dans cette nouvelle chronique, la conseillère nationale Jacqueline de Quattro s'inquiète de l'explosion du mercenariat numérique en Suisse. Des réseaux étrangers recrutent des adolescents sur TikTok et Snapchat pour des braquages contre quelques centaines de francs.
La conseillère nationale Jacqueline de Quattro s'inquiète de l'explosion du mercenariat numérique en Suisse
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Jacqueline de Quattro
Jacqueline de QuattroChroniqueuse Blick - Conseillère nationale PLR (VD)

Le crime à la demande. Engager un cambrioleur, un agresseur, un tueur par les réseaux sociaux. C’est le nouveau visage de la criminalité organisée. C’est le «crime as a service». Les auteurs reçoivent les commandes via les réseaux sociaux ou des chats, sans avoir aucun lien ni connaître l’identité des commanditaires. Un phénomène qui explose partout actuellement.

Un exemple? Notre pays est frappé par une vague inquiétante de cambriolages. Des bijouteries, des bancomats, des garages de voitures de luxe, des armureries ou encore des entreprises horlogères sont régulièrement pillés. Une recrudescence des «home-jackings», ces cambriolages hyper violents à domicile, en présence des habitants, est aussi observée.

L’Office fédéral de la police a ainsi recensé 435 effractions ou tentatives d’effraction dans des garages depuis 2025. Une augmentation qui ne cesse de progresser. Ces groupes criminels ne se limitent pas à la Suisse romande mais sévissent également outre-Sarine. Tous fonctionnent selon le modèle «du crime à la demande».

Nos enquêteurs sont de plus en plus confrontés à des organisations complexes, insaisissables, flexibles, spécialisées et multiethniques, opérant à l'échelle mondiale. Leur objectif: traduire la violence en un véritable modèle économique. Une évolution inquiétante dont les conséquences sont redoutables. Au surplus, le recours aux technologies numériques rend ces activités très difficiles à détecter et à entraver.

Une logistique internationale et invisible

Le modus opérationnel est toujours le même. Les commanditaires sont basés à l’étranger, principalement en France, en Espagne ou encore en Italie. Ce sont eux qui ordonnent les infractions: ils les organisent dans les moindres détails et les financent. Ils mettent à disposition le mode opératoire, le planning, les outils, les voitures, les contacts et le financement nécessaires pour commettre le délit ou le crime. 

Les commanditaires recrutent principalement des jeunes. Là où ils se trouvent: sur les réseaux sociaux. Ils en font les nouveaux mercenaires du crime. Il s’agit de mineurs ou de jeunes adultes généralement inexpérimentés et avec un faible niveau de formation. A ces facteurs, s’ajoutent une insécurité identitaire qui les poussent à rechercher une valorisation au sein d’un groupe criminel. Des proies vulnérables, faciles à séduire.

Le plus jeune qui a été appréhendé dans notre pays avait 14 ans au moment du délit. Il s’agit généralement des jeunes hommes mais il y a aussi des jeunes filles. Dès que leur cible est appâtée, les échanges se poursuivent par le biais de messageries chiffrées. En Suisse, le recrutement se fait par Snapchat, TikTok ou Telegram. 

Une fois recrutés, les criminels ont l’obligation de se filmer lorsqu’ils passent à l’acte Des images qui serviront de propagande: regardez comment vous pouvez gagner de l’argent facilement! Mais ils permettent également aux réseaux criminels d’exercer un chantage sur le jeune, afin de l’obliger à commettre de nouvelles infractions. Enfin ces enregistrements pourront être utilisés comme représailles par les recruteurs en cas d’échec de l’opération ou d’arrestation de l’auteur. 

Leurs méfaits accomplis, les criminels prennent la fuite et disparaissent aussi vite qu’ils sont apparus, après avoir remis leur butin. Leur salaire se monte généralement à quelques centaines de francs. Certains se sont contentés de bons chez MacDonalds. D’autres ont encaissé des milliers de francs pour un homicide. «Crime as a service» est une méthode bien rôdée qui ne laisse rien au hasard. Ce sont des pros qui utilisent des amateurs pour rester parfaitement anonymes.

La riposte des autorités et l'urgence préventive

Face à cette évolution préoccupante, nos autorités ont mis en place une task force réunissant la Confédération et les cantons. Elle se concentre sur des mesures répressives telles que l’identification, l’enquête et le démantèlement des organisations criminelles. C’est un premier pas.

Mais des efforts supplémentaires sont nécessaires. Il est notamment indispensable d’adapter notre législation à ces nouvelles menaces. De renforcer la coopération transfrontalière. De mettre sur pied une campagne d’information afin des sensibiliser nos jeunes. C’est ce qu’a fait avec succès la Suède. La Suisse pourrait s’en inspirer.

Il faut empêcher ces mercenaires du crime de s’étendre chez nous. Ce nouveau modèle criminel doit être combattu fermement et prévenu par une mobilisation de la société. Résister et afficher une détermination sans faille. L’exploitation de la vulnérabilité des jeunes est inadmissible.


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