Il n’y avait pas de drogue dans le sac de l’eurodéputée Rima Hassan. Pas deux grammes de 3-mmc. Pas un. Rien. La justice abandonne les poursuites. Or, pendant toute une semaine, les éditorialistes se sont bousculés sur les plateaux les plus crapuleux de la télévision française. Des responsables politiques de premier plan ont embouché les trompettes de la lutte civilisationnelle. Des dizaines de milliers d’internautes ont succombé à des bouffées de jouissance. Il faut dire que Rima Hassan est franco-palestinienne, membre de la France Insoumise. Cela semble la désigner comme cible pour toutes les vindictes.
«Ce que vous faites n’est pas du journalisme» avait prévenu la députée lors de sa conférence de presse, au lendemain de son audition. Aucune question sur les crimes qui continuent d’être commis en Palestine. Pas grand-chose sur la soi-disant apologie de terrorisme pour laquelle elle a été entendue sous le régime de la garde-à-vue. Il était surtout question des fuites – que l’on sait maintenant avoir été orchestrées par un responsable du ministère de la justice – sur une prétendue substance mystérieuse retrouvée dans son sac.
Entre la vitesse et la bêtise
Puis tout s’est dégonflé. Aucune drogue de synthèse. Tout au plus du CBD, parfaitement légal. Après une telle débauche de calomnies, on aurait pu attendre de la profession un commencement de justifications. Quelques émissions spéciales où l’on viendrait expliquer aux téléspectateurs les raisons de la débâcle. Quelques réflexions sur les conditions matérielles de la production d’une vérité. Quelques paroles un peu creuses sur la responsabilité des médias.
Il me semble qu’il y a encore quelques années, mentir pendant toute une semaine passait pour une entorse à l’éthique. On ne s’était pas encore habitué aux chaînes d’information en continu, ni aux affaires montées de toutes pièces. Voyez l’affaire Anne-Cécile Reimann, à Genève, autre naufrage juridico-médiatique: on a sali une personnalité publique pendant un mois sans même songer à passer un coup de balais le jour où une femme s’est dénoncée. Voyez l’affaire Rima Hassan, qui ne reposait que sur du vent, et sur ceux qui le soufflent.
J’ai failli écrire que la calomnie était le but recherché. Une manière de faire enfin taire une voix qui dérange. Certains ont pu sauter sur l’occasion, notamment au ministère de la justice. Mais cela ressemble plutôt à une désinvolture structurelle. On doit produire du rendement. On doit prendre de vitesse nos concurrents. On est trop peu nombreux pour vérifier l’info. Pas le temps pour l’éthique, c’est bientôt l’apéro. Alors une femme palestinienne... Qu’une faible rumeur s’élève et cela crève en grosse bourrasque. «Tout est faux? Désolé, on est déjà sur le prochain sujet.» Il y a un lien étroit entre la vitesse et la bêtise. Milan Kundera l’a exploré dans ses romans. Rima Hassan en a senti la brûlure sur sa peau.