La chronique de Quentin Mouron
Et si on supprimait la redevance?

Les Suisses ont balayé la baisse de la redevance pour l’audiovisuel public, mais le problème de son financement n’est pas réglé. Toutes les taxes sont injustes: tant que la gauche ne l’aura pas compris, la SSR restera en sursis, selon l’écrivain Quentin Mouron.
La gauche doit trouver d'autres sources de financement que la redevance pour sauver l'audiovisuel public, selon Quentin Mouron.
Quentin Mouron
Quentin MouronEcrivain

L’initiative «200 francs, ça suffit!» a été rejetée par le peuple. Les Suisses et les Suissesses n’ont pas voulu saborder leur service public. Ils ont refusé d’ouvrir la boîte de Pandore de l’extrême droite cathodique, façon Cnews. Pourtant, c’est une victoire en trompe-l’œil.

D’abord, la RTS sera réduite à 300 francs sur décision du Conseil fédéral. Cela représente des licenciements, des suppressions de programme et cette espèce de fièvre anticulturelle de Wisigoth lubrique, qui saisit les comptables de tous les pays, dès lors qu’il y a des économies de bout de chandelle à réaliser sur le dos des artistes. Mais, surtout, cette victoire ne règle rien.

Pendant des semaines, le président du Parti socialiste m’a écrit des e-mails humides pour me demander de l’aider à financer la campagne en faveur de la SSR, à grands renforts d’appel à la cohésion nationale et à la démocratie. Je n’avais pas d’argent. Beaucoup de mes compatriotes ont encore moins d’argent que moi. Nous n’avons plus rien à donner, en fin de mois, ni au service public, ni à monsieur Cédric Wermuth.

Des taxes injustes

Nous sommes confrontés à la crise du logement, à l’augmentation générale des prix, à la stagnation des salaires et à l’augmentation du prix du carburant provoquée par les guerres impérialistes dont nombre d’observateurs suisses semblent par ailleurs s’accommoder. Nous payons l’impôt qui est vaguement proportionné à ce que nous gagnons, ou possédons. Mais leurs taxes à la noix? Mais leur TVA qui augmente – et nous étrangle? Mais leur redevance payée identiquement par Federer, par l’étudiant et l’ouvrier?

Nous avons déjà voté sur la redevance en 2018. Nous revoterons probablement dans quelques années. Et peut-être que, cette fois, nous perdrons. Car les pauvres de notre pays, nombreux, pourraient alors dire à monsieur Wermuth d’aller se faire voir pour de bon. Les conséquences en seraient catastrophiques. Il incombe donc au Parti socialiste suisse, première force de gauche du pays, de trouver une solution au financement de la SSR qui allie protection du service public et justice sociale. Car la redevance est injuste, comme le sont toutes les taxes.

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