Tout est allé très vite. Le 12 février dernier, tandis que le jeune Quentin Deranque vient d’être pris en charge par les secours, l’histoire est déjà écrite par une partie de la classe politique et ses relais médiatiques: un jeune catholique pacifiste, venu pour protéger des jeunes femmes, a été lynché par une horde de gauchistes enragés. Deux jours plus tard, tandis que la mort du jeune homme était confirmée, la vérité avait fait timidement son chemin grâce à plusieurs médias sérieux, soucieux de ne pas se soumettre à la dictature de l’émotion.
On découvrait que la victime était proche de l’Action Française, organisation nationaliste, royaliste, antisémite. On apprenait qu’elle avait été projetée au sol au cours d’une rixe à laquelle elle avait participé. Ce sera à la justice d’établir la responsabilité exacte de chacun des protagonistes de cette affaire. Mais certains politiques et éditorialistes tiennent déjà la coupable idéale, et ils n’entendent pas la lâcher. Cette triste affaire s’est produite, selon la formule désormais consacrée, «en marge» d’une rencontre avec Rima Hassan.
Refuser le narratif d'Israël
Rima Hassan est une eurodéputée française de la France Insoumise (LFI). Mais c’est aussi une femme palestinienne qui, depuis plus de deux ans, refuse avec opiniâtreté le narratif qui présente Israël comme une victime éternelle, et les Palestiniens comme des agresseurs bestiaux. Interprétation qui justifierait par avance toutes les interventions militaires à Gaza, fussent-elles criminelles ou génocidaires, ainsi que la colonisation accélérée de la Cisjordanie.
A ce titre, Rima Hassan est devenue le bouc-émissaire des agitateurs pensionnés des médias Bolloré, mais encore d’éditorialistes que l’on pensait sérieux. Une manifestation dégénère dans le Sud? C’est Rima. Une agression antisémite dans le Nord? C’est Rima. Un néo-nazi sur le carreau à Lyon? C’est Rima. Et quand un journaliste sportif ose dire la vérité sur l’apologie de crimes de guerre d’une athlète israélienne, on lit sur LinkedIn cette formule savoureuse, en façon d’argument accusatoire: «Rima Hassan le soutient, la CICAD demande que des sanctions soient prises.»
J’espère que les Françaises et les Français auront un jour l’intelligence de reconnaître ce qu’ils doivent à Rima Hassan. L’élue de la France Insoumise fait partie de ces vigies du réel dont notre époque saturée de propagande a tant besoin. On connaît la phrase de Fanon, dans les Damnés de la terre: «Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir.» Madame Hassan a choisi de remplir la sienne. Qui est aussi la nôtre.