Deux semaines. C’est ce que la Suisse considère aujourd’hui comme un congé paternité digne de ce nom. Deux semaines pour accueillir un enfant. Deux semaines pour soutenir sa partenaire. Deux semaines pour commencer à appréhender un nouveau rôle. Tout cela après tant de fatigue accumulée par la mère, suite aux mois de grossesse et à l’accouchement.
Deux semaines, c’est peanuts. A l’arrivée de notre enfant, j’ai eu la chance de pouvoir bénéficier d’un mois de congé payé. J’ai ensuite pris deux mois supplémentaires, sans salaire, au deuxième et au cinquième mois après la naissance. Je mesure la chance que cela représente. Tout le monde ne peut pas se le permettre. C’est précisément là que réside le problème. Car ces semaines ont une influence majeure sur la manière d’être père.
J’ai appris à m’occuper seul d’un enfant pendant toute une journée. J’ai découvert ce que signifie vraiment le tunnel de la fin de journée. Tout comme ces journées où on a l’impression de «n’avoir rien pu faire» à côté des repas, des siestes et du portage. Après cette expérience, j’en suis convaincu: ces semaines de congé paternité supplémentaires sont un moyen majeur de contrebalancer un peu les inégalités de charge mentale.
Ce temps m’a aussi rapproché de mon fils. Une relation ne se décrète pas. Elle se construit par l’enchaînement des gestes ordinaires: donner le biberon, porter, consoler, changer la couche, donner le bain, diversifier les aliments ou rire. Si davantage de pères avaient la possibilité de vivre cette expérience, je suis convaincu que notre société évoluerait beaucoup plus vite.
Revendiquer son rôle de père
C'est pourquoi je soutiens et récolte des signatures en faveur de l'initiative pour un congé familial de 18 semaines pour chaque parent, lancée notamment par les Vert-e-s. Ce n'est pas un luxe. C'est un investissement dans les familles, dans l'égalité, dans le développement des enfants et dans notre économie. Un pays qui déplore la pénurie de main-d'œuvre et la faible natalité tout en compliquant la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle se tire une balle dans le pied.
Mais je suis aussi réaliste. En Suisse, obtenir une majorité du peuple et des cantons pour un tel projet ne sera pas simple. Alors n'attendons pas seulement les urnes. En tant que pères, nous avons une responsabilité majeure. En attendant que la loi change, osons prendre un congé plus long quand cela est possible. Osons demander des modèles de travail plus flexibles. Revendiquons pleinement notre rôle dès les premières semaines, pas comme des assistants, mais comme des parents à part entière.
Les droits ne tombent jamais du ciel. Ils se gagnent parce que des personnes les revendiquent, les exercent et montrent qu'une autre organisation est possible. Le congé paternité ne doit plus être une parenthèse de deux semaines qui passent à une vitesse folle. Il doit devenir le point de départ d'une véritable révolution vers une parentalité égalitaire.