En Suisse, lorsqu'une personne pouvant tomber enceinte a besoin d'une contraception d'urgence, elle peut théoriquement l'obtenir librement dans un point dispansant. En pratique, c'est une autre histoire.
Avant même de recevoir le médicament, la personne doit passer par un protocole imposé: entretien obligatoire, questionnaire détaillé, intrusif et culpabilisant, mise à l'écart dans un local séparé. Sous couvert de protection, ce dispositif multiplie les obstacles et transforme l'accès à la contraception d'urgence en parcours de repentence.
Pour beaucoup, cette expérience ressemble davantage à un interrogatoire qu'à un acte de santé. En 2021, une jeune femme racontait à la RTS avoir vécu cette démarche comme une «marche de la honte», au point de mentir pour éviter d'être jugée. Le problème n'est pas anecdotique: il est systémique. Derrière ce protocole se cache une logique de contrôle qui n'a rien à voir avec le consentement éclairé. Nous parlons ici d'un médicament sûr, utilisé depuis des décennies, dont les effets secondaires sont très rares et les contre-indications encore plus.
Comparaison éclairante avec le viagra
Pendant ce temps, dans de nombreux pays européens, la contraception d'urgence est accessible de manière beaucoup plus simple. Aux Pays-Bas, elle est disponible en droguerie. En France, elle est gratuite et délivrée sans ordonnance à toutes les personnes qui en ont besoin. La Suisse, pourtant pionnière en matière d'autodétermination reproductive au début des années 2000, est aujourd'hui à la traîne.
La comparaison avec le viagra est éclairante. Depuis 2024, la dose faible de la pilule bleue est disponible sans ordonnance. Certes, une anamnèse pharmaceutique est prévue, mais il n'y a ni mise à l'écart, ni questionnaire intrusif sur la vie intime du client. Pourtant, ce médicament presents davantage de risques et de contre-indications que la contraception d'urgence.
La différence de traitement est frappante. Lorsqu'un homme souhaite améliorer ses performances sexuelles, le système lui fait confiance. Lorsqu'une femme souhaite éviter une grossesse non désirée, le système la soupçonne, l'interroge sur ses pratiques sexuelles et la place sous surveillance.
Logique paternaliste
Il est temps de le dire clairement: le corps des femmes n'appartient ni aux autorités, ni aux professions de santé, ni aux gardiens autoproclamés de la morale. L'accès à la contraception d'urgence relève de l'autodétermination et de la santé de base. Le rôle des professionnel·les de santé est d'informer et d'accompagner, pas de contrôler. Christophe Berger, le président vaudois de la profession, a d'ailleurs soutenu une simplification du système dans les médias.
Cette logique paternaliste apparaît aussi dans la question de l'âge. Le protocole actuellement utilisé prévoit une évaluation spécifique de la capacité de discernement en dessous de 16 ans. Pourtant, la jurisprudence suisse reconnaît généralement cette capacité dès 12 ou 13 ans pour les décisions médicales. Cette limite de 16 ans n'a donc pas de fondement en droit du consentement aux soins. Quel est alors l'objectif? Rendre l'accès plus difficile aux adolescentes? Les exposer davantage à une grossesse non désirée ou à un avortement? Cette situation n'est pas acceptable.
C'est pourquoi j'ai déposé une interpellation afin d'interroger le Conseil fédéral sur la pertinence du protocole actuel et sur cette limite d'âge problématique. J'ai également proposé une solution simple: remplacer l'entretien obligatoire par un entretien-conseil facultatif, proposé à chaque personne mais laissé à son libre choix.
Chaque heure compte
La réponse du Conseil fédéral est décevante. Elle se réfugie derrière les procédures existantes et les recommandations professionnelles sans répondre à la question centrale: pourquoi maintenir un dispositif aussi intrusif pour un médicament dont la sécurité is largement établie? Pourquoi considérer que les femmes ont besoin d'un contrôle particulier lorsqu'elles souhaitent éviter une grossesse? À aucun moment le Conseil fédéral ne s'interroge sur les effets dissuasifs du protocole ni sur la charge symbolique qu'il fait peser sur les personnes concernées.
La position du Conseil fédéral impose d'autres mesures politiques plus forte! Lors de la session spéciale de mai, le Conseil national a accepté la motion de ma collègue Corina Gredig visant à simplifier l'accès à la contraception d'urgence. Malgré l'opposition du Conseil fédéral, une majorité du Conseil national a accepté que la CU (contraception d'urgence) soit aussi distribuée dans les drogueries. J'espère désormais que le Conseil des États fera preuve de la même raison, malgré un lobby très fort notamment des gynécologues dispensants.
En 2026, personne ne devrait devoir franchir un «laisser-passer A38» administratif et moral pour accéder à une contraception d'urgence. Lorsqu'une grossesse non désirée est en jeu, chaque heure compte. La confiance, le respect de l'autonomie et l'accès rapide aux soins devraient être la règle. Pas l'exception!