Derrière son intitulé faussement neutre, l’initiative dite «Pas de Suisse à 10 millions!» est une imposture politique. Elle prétend répondre à des inquiétudes réelles comme celles du logement, des salaires, de la mobilité, de la santé, mais elle n’apporte aucune solution concrète à ces problèmes.
Pire: elle détourne le débat pour imposer un agenda isolationniste, xénophobe et profondément régressif. Car il faut le dire clairement: cette initiative ne traite pas des causes, elle cherche des boucs émissaires.
Une Suisse vieillissante
L’UDC le sait. Sa stratégie est limpide: agiter tous les sujets qui fâchent, loyers trop chers, trains bondés, pression sur les salaires, pour mieux désigner une coupable commode, la population étrangère. Mais cette simplification est trompeuse.
Les loyers explosent même lorsque des logements sont vacants. La bétonisation avance plus vite que la croissance démographique. Et les pénuries dans la santé ou l’économie sont causées par un manque de personnel souvent comblé précisément par des travailleuses et travailleurs venus de l’étranger.
Cette initiative ignore une réalité démographique essentielle: la Suisse vieillit. Le groupe qui augmente le plus rapidement est celui des plus de 65 ans. Sans immigration, ce sont nos assurances sociales et notre système de santé qui seront fragilisés
Une société à deux vitesses
Mais au-delà des chiffres, il y a une vision de société. Et celle-ci est inquiétante. Limiter arbitrairement la population, c’est accepter de remettre en cause des droits fondamentaux, comme le regroupement familial. C’est rouvrir la porte à des statuts précaires, comme le statut de saisonniers, c’est créer une société à deux vitesses. C’est tourner le dos à nos engagements internationaux et à des valeurs humanistes pourtant constitutives de la Suisse.
C’est aussi choisir l’isolement. Car cette initiative s’inscrit dans une logique anti-européenne assumée. Elle menace directement les accords bilatéraux et de fait la libre circulation des personnes. À l’heure où les défis sont globaux se replier sur soi est une impasse.
Une initiative trompeuse
Enfin, et c’est peut-être le plus cynique: cette initiative prétend lutter contre la densité et la bétonisation, alors même que ses promoteurs soutiennent des projets d’infrastructures massifs et s’opposent aux mesures de protection du territoire. Là encore, le discours ne résiste pas aux faits.
Cette initiative attise les peurs, fracture la société et affaiblit les solutions réelles. Elle est xénophobe dans ses ressorts, isolationniste dans ses conséquences, et dangereuse dans ses effets. Dire non à cette initiative, ce n’est pas nier les problèmes. C’est refuser qu’on nous trompe sur leurs causes et sur leurs solutions.