La chronique de Guillaume Henchoz
RTSInfo renie RTSreligion avant le chant du coq

Alors que l’affaire Marguerat secoue les eaux de RTSreligion, la RTS semble avoir trouvé sa ligne de défense: prendre ses distances avec ses chroniqueurs. Ancien journaliste de la rédaction, Guillaume Henchoz démonte une communication qu’il juge hypocrite et dangereuse.
Guillaume Henchoz démonte la communication de la RTS qu’il juge hypocrite et dangereuse.
Photo: DR
Guillaume Henchoz, journaliste et éditeur

L’affaire Daniel Marguerat embarrasse sérieusement la RTS. Entre accusations de comportements inappropriés, tensions autour de ProtestInfo et crise interne chez Réf-Médias, le service public cherche manifestement à limiter les dégâts. Et c’est dans ce contexte qu’une petite phrase entendue sur RTS La Première lors de la Matinale m’est littéralement restée en travers de la gorge: «On précise que cette chronique RTSreligion est une chronique indépendante de la RTS». Mais de qui se moque-t-on?

J’ai travaillé au sein de l’équipe RTSreligion. Pendant plusieurs années, je me suis levé avant l’aube pour aller livrer mes chroniques à la Matinale. Je connais le fonctionnement de la maison. Les validations du choix des sujets. Les arbitrages. Les demandes de modifications. Les refus. Je crois donc être bien placé pour remettre l’Église au milieu du village: prétendre aujourd’hui que les chroniques RTSreligion fonctionneraient indépendamment de RTSInfo relève du pur bullshit.

Oui, RTSreligion repose sur un modèle hybride avec des partenaires confessionnels. On peut l’interroger, remettre en question ce partenariat entre le service public et des structures médiatiques portées et financées par les institutions religieuses chrétiennes. Mais il faut rester clair sur un point fondamental : les contenus diffusés à l’antenne du service public passent par des mécanismes éditoriaux bien réels. Sinon, qu’est-ce que cela voudrait dire? Que la RTS aurait diffusé pendant des années du prêchi-prêcha sans aucun contrôle journalistique? Personne de sérieux ne peut soutenir cela. Personne… à part l’actuelle direction de RTSInfo.

Qu’on soit clair: si des responsabilités existent dans l’affaire Marguerat, elles devront être établies. Si le directeur de Réf-Médias est impliqué dans des dysfonctionnements, il devra en répondre. Mais il y a quelque chose d’assez dégueulasse dans cette manière de faire glisser le soupçon sur l’ensemble de RTSreligion et sur celles et ceux qui continuent à y travailler.

Des profils très différents

Car pendant que la direction de l’info panique et que les chargés de comm’ rédigent des clauses de désolidarisation sournoisement balancée en fin de chronique à l’antenne, les journalistes, eux, continuent simplement de faire leur boulot. Et c’est plutôt à leur honneur.

Au sein de RTSreligion, on trouve des profils extrêmement différents. Des libéraux. Des conservateurs. Des croyants fervents. Des pratiquants occasionnels. Des protestants. Des catholiques. Des évangéliques. Des athées aussi. Bref, des gens aux horizons différents, parfois en profond désaccord sur le fond mais qui partagent un point commun: toutes et tous sont journalistes avant d’être porteurs d’une quelconque sensibilité religieuse. Toutes et tous ont ce métier chevillé au corps. 

Un procès d'intention?

Comme leurs collègues de l’info, on peut leur reprocher des angles mal foutus, des papiers ratés ou des chroniques maladroites. On peut même questionner leur traitement de l’affaire Marguerat. Pas de souci. Mais leur faire un procès d’intention? Laisser entendre qu’ils seraient une sorte de cellule idéologique autonome échappant aux standards journalistiques? C’est malhonnête… Et surtout profondément dangereux.

Car en prenant aujourd’hui cette posture de détachement vis-à-vis de RTSreligion, la RTS fragilise précisément l’indépendance de ces journalistes spécialisés. Elle les transforme symboliquement en journalistes de seconde zone. Comme si leur expertise sur les religions, les spiritualités, la sécularisation ou le poids des institutions religieuses dans l’espace public était accessoire.

Ces journalistes sont précieux. Parce qu’ils connaissent leurs terrains. Ils comprennent les institutions religieuses. Ils savent où chercher quand éclatent des affaires d’abus ou de dérives au sein des Églises. Et ce n’est pas un hasard si les deux journalistes de Protestinfo qui avaient justement travaillé sur des dossiers sensibles ont fini par être licenciés par leur employeur d’alors. La RTS devrait méditer cela avant de jouer les Ponce Pilate médiatiques. Car à vouloir trop se laver les mains, elle finit surtout par salir ses propres journalistes.

C’est faux. C’est petit. C’est con. Et c’est dit.


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