En novembre dernier, le conseiller fédéral Martin Pfister était chahuté lors d’une conférence à l’université de Genève. Le député du Centre Vincent Maitre lançait alors ce cri sur les réseaux sociaux, qui avait fait couler un peu d’encre numérique: «Le fascisme a changé de camp.» Venu au secours de son conseiller fédéral, il expliquait que le fascisme, c’était désormais la gauche, du moins la gauche qui perturbe des réunions publiques, et produit des sifflets et des lazzis, et crache peut-être même des postillons vengeurs.
Seule la forme semblait alors compter. Sur le fond de l’affaire, sur les motivations des militantes et des militants, monsieur Maître restait discret. Martin Pfister aussi. Pourtant, l’accusation était parfaitement audible, et très argumentée.
On reprochait au ministre de la défense, et plus largement au Conseil fédéral, d’avoir compromis notre pays en collaborant militairement avec Israël, dont le premier ministre faisait l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale. Une vingtaine d'entreprises suisses avait ainsi continué d'exporter du matériel à double usage vers des groupes d'armement israéliens comme Elbit, malgré le génocide à Gaza.
Un onctueux baise-main
Depuis la semaine dernière, cette collaboration a pris un tour encore plus officiel! Le très austère chef de l'armement Urs Loher, qui dépend directement de Martin Pfister, s'est rendu en Israël pour discuter des contrats en cours concernant des achats de drones.
Ces mêmes drones qui tuent ou aident à décimer des familles entières, à Gaza ou au Liban, dont des portions entières sont occupées illégalement. Ces mêmes drones qui permettent à l’armée israélienne de repousser sans cesse le tracé de sa fameuse «ligne jaune», au-delà de laquelle 2 millions de Gazaouis sont désormais entassées sur moins de 40% du territoire de l’enclave, parmi les débris et les décombres.
Martin Pfister s’en moque. Il poursuit sur le plan militaire et commercial ce qu’Ignazio Cassis pratique sur le plan diplomatique. Quand Israël tue trop visiblement, on lui assène une petite tape sur les doigts. Et puis le baise-main reprend, onctueux, de cette affection qu’autorisent les tendres amitiés éternelles.
Le fascisme n'a pas changé
L’honneur de la Suisse? Sa neutralité? Son attachement au droit? Sa tradition humanitaire, usurpée par ailleurs? Des fictions idéologiques, destinées à dissimuler le réel: notre collaboration active à la prospérité d’un Etat gouverné par des fascistes, et qui pratique l’occupation illégale et les crimes de masse.
Or, cette collaboration ressemble davantage à du fascisme que quelques huées lors d’un discours. Celui ou celle qui regarde Gaza aujourd’hui, malgré le soi-disant cessez-le-feu, comprend instantanément que le fascisme n’a pas changé... Que son camp, c’est toujours le camp de concentration. Et qu’il est vertigineux que de soi-disant centristes militent activement pour que nous en financions les miradors.