Il est des gens que l’on n’aurait pas aimé avoir comme voisins en 40. Depuis la manifestation contre le G7, la parole répressive est plus virulente que jamais, elle ne recule devant aucune bassesse. Dénonciation publique d’une élue verte ayant «liké» un post qui contestait la notion de «casseur», appels à tirer à balles réelles sur les «terroristes» ayant tagué des vitrines.
Dès l’annonce d’une nasse policière bloquant indistinctement manifestants et promeneurs du dimanche, les réseaux sociaux avaient exulté de vivats repus. La bonne conscience bourgeoise, carnassière, tenait sa proie et entendait la digérer. La responsable de la buvette, extérieure à la manifestation? Nassée! Un père et son fils de 11 ans venus se baigner? Nassés! Une députée vaudoise se signalant comme telle, puis demandant des explications? Nassée, puis menottée! Bravo! Soutien aux forces de l’ordre.
Aussi, quand des vidéos ont circulé d’une scène présumée de violence commises par des policiers en civil, et que Blick a pu reconstituer, un commentateur a résumé parfaitement l’état d’esprit d’une partie de la bourgeoisie: «On s’en fout [du jeune homme tabassé] Vive la police!! Même s’ils intervenaient tout nu je les soutiendrais». Après le festin, ce fut une véritable tempête de rots gras, caverneux, odorants, qui prenaient la forme concrète d’injures sexistes, d’appels au harcèlement ou au meurtre.
Débridée, cette violence n’est pas spontanée. Elle est le résultat d’un patient travail de préparation, qui a entretenu l’idée que tout Genève pourrait brûler. Pendant des semaines, les rumeurs les plus stupéfiantes ont circulé, sans pour autant que les fact-checkers – pourtant si actifs à l’époque de la pandémie – n’y aient trouvé quoique ce soit à redire. Devant l’apocalypse annoncée, on mesure combien il a pu paraître facile, à des esprits faibles, échauffés par le soleil et la boisson, de juger acceptable que l’on tire à balles réelles ou qu’on suspende le droit pénal ou la constitution.
Les peuples n'ont qu'un seul adversaire
Cette violence a pu être également facilitée par l’exercice de satisfaction caricaturale à laquelle s’est livrée la ministre socialiste en charge de la sécurité (ce n’est pas son titre officiel, mais certains ministères genevois ont des noms tellement éclatés que plus personne ne cherche à comprendre). Estimant que le dispositif policier était «proche de la perfection», tout en refusant de se prononcer sur la nasse, n’ayant rien trouvé à redire à la chasse à l’homme filmée ni aux tirs indistincts de balles en caoutchouc, madame Kast a contribué à installer l’idée que le péril était si grand que tous les coups, littéralement, étaient permis.
Quand le chaos règne dans le maintien de l’ordre, quand le mensonge et l’hystérie s’imposent dans le discours politique et médiatique, ne nous étonnons pas que des douzaines d’énervés surgissent des enfers d’internet, chauffés à bloc, prêts à dilacérer celles et ceux qu’ils estiment être leur ennemi. Pour autant, cela ne doit pas empêcher de regarder les choses froidement, calmement, sans illusions ni moraline: les peuples n’ont qu’un seul adversaire: le système qui détruit leur environnement, vole leur vie et hypothèque leur avenir. C’est au sommet de ce système, que l’on trouvera les véritables casseurs.