L'amour au travail est-il problématique?
La banque Migros, théâtre d'une histoire d'amour controversée

La relation du banquier de haut rang Manuel Kunzelmann, CEO de la banque Migros, avec son assistante soulève des questions: s'aimer sur le lieu de travail, c'est possible? Quand est-ce que les ennuis commencent? Un professeur de droit répond.
Publié: 24.08.2021 à 19:56 heures
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Dernière mise à jour: 24.08.2021 à 21:34 heures
Thomas Schlittler, Daniella Gorbunova (adaptation)

C'est bien connu: Cupidon frappe où et quand ça lui chante. Même au bureau. La pop culture - tout comme les responsables des ressources humaines - en ont plus que conscience. Et il n'y a rien de mal à cela. Car l'amour est essentiellement une affaire privée, même lorsqu'il s'invite au travail. Cependant, les choses peuvent se compliquer lorsque les amoureux sont dans une relation de hiérarchie nettement définie, ou de dépendance.

C'est ce qu'il s'est passé à la banque Migros, et ce au plus haut niveau. Manuel Kunzelmann, CEO depuis mai 2020, est tombé amoureux de son assistante personnelle. Les deux ont entamé une relation. Mais voici que la femme quitte l'entreprise, comme l'a rapporté cette semaine le portail financier «Inside Paradeplatz».

Une décision commune

Dans une interview accordée au SonntagsBlick, un porte-parole de la Banque Migros a confirmé les faits, tout en soulignant qu'«a aucun moment il n'y a eu de conflit d'intérêts ou de violation des directives Migros.»

Le porte-parole explique que la femme quitte néanmoins l'entreprise car «les deux parties sont conscientes qu'une relation privée peut être controversée dans un environnement professionnel. Ils ont donc décidé ensemble, il y a quelques semaines, de poursuivre des parcours professionnels distincts.»

Mais cette fable moderne soulève une question fondamentale: quand l'amour devient-il un problème sur le lieu de travail ?

Légal, mais pas sans conséquences...

Roger Rudolph, professeur de droit du travail à l'Université de Zurich, a étudié cette question en profondeur. Il en a même fait un traité, explicitement intitulé «Amor at Work». Il y expose ses préoccupations: «Une relation entre un-e chef-fe et un-e employé-e est sans aucun doute légalement admissible. Mais la question est de savoir quelles en sont les conséquences juridiques exactes.»

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Généralement, les parties concernées doivent informer l'employeur de leur relation de leur propre chef. «Dans les relations dites de dépendance, par exemple lorsque les deux personnes concernées signent ensemble des contrats, ainsi que dans le cas de cadres de haut rang, particulièrement exposés dans ce genre de circonstances, il faut faire particulièrement attention. Afin d'éviter toute situation indésirable, il faut alors explicitement mettre en place non seulement un devoir d'information sur interrogation, mais aussi un devoir d'information spontané», explique le Prof. Rudolph.

Mieux vaut prévenir que guérir

Dans ces cas de dépendance et/ou de nette hiérarchie entre les deux tourtereaux, une relation n'est malheureusement plus une affaire purement privée. L'employeur est alors en droit d'émettre des directives pour prévenir les conflits d'intérêts. Ces dernières peuvent aller de la prescription de tout bisou ou signe d'affection au bureau, à l'évidente exigence d'un traitement strictement égalitaire de tous les membres de l'équipe. Une redistribution des tâches, ou même une restructuration de la hiérarchie sont également des mesures qui peuvent être prises.

Dans le cas de la banque Migros, de telles mesures sont inutiles, puisque l'assistante et amante de Manuel Kunzelmann quittera l'entreprise à la mi-septembre. Le porte-parole de la banque confie néanmoins que les amoureux comptent poursuivre leur relation en privé.


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