Des victimes de harcèlement scolaire témoignent
Harcèlement scolaire: «Les cicatrices restent à jamais»

Plus jeunes, elles ont été brimées, moquées, agressées. Une fois adultes, les victimes de harcèlement continuent de se battre contre les injustices subies pendant leur enfance. Deux victimes témoignent et tiennent les enseignants pour partiellement responsables.
Publié: 26.10.2021 à 10:10 heures
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Dernière mise à jour: 30.09.2022 à 09:57 heures
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Il y a quelques années, Marco Ribeiro a voulu se suicider. Il a été victime de harcèlement scolaire.
Fabian Vogt

Le jeune Marco Ribeiro a voulu mettre fin à ses jours en 2016, alors qu’il n’avait que 13 ans. Et ce, à trois reprises. Les moqueries, insultes et agressions qu’il a subies pendant des années à l’école l’ont mené à bout. Il a raconté à Blick son parcours pour sortir de l’impasse, trouver de l’aide et aider les autres.

Marco Ribeiro n’est pas seul. De nombreuses personnes sont malheureusement victimes de harcèlement scolaire. Ces expériences traumatisantes de l’enfance restent gravées dans les mémoires des victimes qui restent traumatisées une fois devenues adultes. Blick a rencontré d’autres victimes.

Pour Martina*, aujourd’hui âgée de 28 ans, le supplice a commencé à l’école primaire de Coire. Elle avait 13 ans. «On venait de me poser un appareil dentaire.» Martina devient «Dents de lapin». Les insultes se multiplient, les élèves sont de plus en plus nombreux à la harceler.

Sauce tomate et compote de pomme sur la tête

Alors qu’elle se produisait un jour dans une pièce de théâtre de l’école, un garçon dans le public lui crie une insulte avant d’être accompagné par le reste de la salle. Écrasée par la honte, Martina saute de la scène et court se réfugier chez elle. Elle restera plusieurs jours à la maison sans retourner en classe.

D’autres agressions suivent lorsque Martina se trouve dans un camp scolaire avec sa classe au Tessin. Le deuxième soir, des élèves lui renversent de la sauce tomate et de la compote de pomme dans les cheveux et lui découpent ses vêtements. La jeune fille demande alors à son enseignante de changer de classe et de maison pour le reste du séjour. La professeure refuse.

«Les enseignants ont une part de responsabilité»

Ce ne sera pas la seule fois où un professeur ou responsable manque de sensibilité à son égard. Pire, une fois que son enseignante soulève la question de son harcèlement devant la classe, Martina est encore plus rejetée et mise à l’écart.

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Quinze ans plus tard, loin des bancs de l’école, Martina est toujours hantée par ces incidents. Elle a pourtant obtenu un bon diplôme, s’est mariée et a tout pour être heureuse. Sauf quand les souvenirs du passé ressurgissent. Pour surmonter ses expériences, elle suit une thérapie au début de sa vingtaine. Malgré cela, elle a encore du mal aujourd’hui à repasser devant son ancienne école: quand elle y aperçoit des élèves, elle est obligée de changer de trottoir.

«Les enseignants ont une part de responsabilité», assène aujourd’hui Martina. «Il y a énormément de sensibilisation sur les drogues ou les risques de troubles alimentaires, mais on ne parle jamais du harcèlement». La conséquence, selon elle, c’est que les responsables ne savent pas comment réagir. Elle n’a toujours pas pardonné à son enseignante de l’époque de ne pas l’avoir aidée à cette époque-là.

Frappée par un professeur

Bettina Arpagaus, aujourd’hui âgée de 51 ans, garde des souvenirs sombres de son enfance: «Les six premières années étaient un enfer!». Elle ne pouvait pas jouer avec d’autres enfants sur le terrain de jeu. Si on la remarquait on l’insultait. Plus tard, alors qu’elle est agressée physiquement dans la cour, personne ne l’aide. «C’est comme ça que ça se passait à l’époque», raconte Bettina. Il y avait «des victimes dans chaque classe». Et les enseignants commettaient eux-mêmes des violences. Elle raconte qu’un professeur de religion («le prêtre local de l’époque») l’avait un jour frappée si fort en classe qu’elle était tombée en arrière sur le bureau et avait eu mal à la mâchoire pendant trois semaines.

La cinquantenaire, elle-même mère de trois enfants, a déménagé à Disentis (GR) il y a trois ans. Elle a amèrement constaté que la situation n’avait pas changé: «Dès le deuxième jour, ma fille a été victime de brimades à l’école primaire parce qu’elle ne parlait pas très bien le romanche. Et c’est le professeur lui-même qui l’a dit!» se désole Bettina. Il a fait pleurer sa fille devant toute la classe et s’est moqué d’elle en romanche. L’adolescente, asthmatique, en souffre énormément. Elle a parlé à sa mère qui a d’abord essayé d’en discuter avec l’enseignant, puis avec le directeur. Au lieu d’un signe d’empathie ou d’aide, on lui rétorque que sa fille «est pourrie gâtée», qu’elle «ne devrait pas faire autant d’histoires» et que «Le professeur est génial!».

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Des blessures qui peinent à cicatriser

Cette situation fait remonter à la surface les blessures du passé de Bettina vis-à-vis de toutes les injustices qu’elle a subies. Elle ne veut pas que sa fille vive la même chose. Elle décide de déménager à nouveau après seulement trois mois à Disentis. «C’était un stress énorme, psychologiquement et financièrement», se rappelle Bettina. «Mais c’était ce qu’il fallait faire».

Sa fille a pu prendre un nouveau départ sans être importunée, et aujourd’hui elle se porte très bien. Cela n’aurait pas été possible à Disentis. «J’ai appris cela à mes dépens mais, quand vous avez été victime de harcèlement, vous êtes comme un vase fêlé qu’on ne peut plus réparer. Les cicatrices restent à jamais.»

*Nom connu de la rédaction

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