170 bombes, 800 drones et 75 missiles
Un document secret révèle le plan hivernal de Poutine qui fait trembler l'Ukraine

60 cibles, des centaines de missiles, aucun égard pour les vies civiles: avec cette liste, les Russes veulent créer des faits accomplis en Ukraine avant même le début de l'hiver. Un événement survenu la nuit dernière éveille les soupçons: Poutine a un puissant complice dans cette affaire.
La liste des cibles de Vladimir Poutine pourrait causer de lourds dommages à l'Ukraine.
Photo: keystone-sda.ch

En bref

  • Une liste russe désigne 60 cibles concrètes à détruire en Ukraine
  • Si les Russes réussissent leur campagne d'attaque, l'Ukraine perdra 90% de son énergie
  • Les armes dont Poutine a besoin pour ce black-out mortel coûtent environ 400 millions de dollars
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Samuel Schumacher

Le cessez-le-feu entre la Russie et l’Ukraine annoncé par Donald Trump sur son réseau Truth Social aurait pu constituer une avancée historique. A un petit détail près: personne ne semble être au courant, à part le président américain lui-même. «Poutine ne lit apparemment pas Truth Social», a ironisé le président ukrainien Volodymyr Zelensky, en réaction aux nouvelles frappes russes contre les centrales électriques de son pays.

Loin de coller aux fantasmes de paix de Trump, Moscou semble suivre une stratégie opposée à l’approche de l’hiver. Un document récemment établi par la direction militaire russe recense 60 infrastructures à détruire en Ukraine. Parmi elles, trois cibles sont particulièrement alarmantes. Intitulée modestement «Analyse de la production d’électricité et du secteur de l’approvisionnement ukrainiens», cette liste révèle l’ampleur des installations prises pour cible par Vladimir Poutine.

Le document répertorie des centrales hydroélectriques et thermiques, des stations de pompage ainsi que des stations d’épuration, principalement dans les grandes villes de Kiev, Kharkiv et Odessa. Au total, ces infrastructures assurent environ 90% de l’approvisionnement électrique ukrainien.

Les plans sont macabres. Pour chaque installation, le document détaille les armes nécessaires à sa destruction. Pour les grandes centrales hydroélectriques, l'armée russe prévoit par exemple d'utiliser jusqu'à 30 missiles Kinzhal, ou 240 drones de combat, selon la distance des installations par rapport à la ligne de front.

Le black-out ukrainien coûterait 400 millions de dollars

Selon les estimations russes disponibles, la destruction de l'approvisionnement énergétique ukrainien nécessiterait au maximum 170 bombes planantes, 800 drones de combat et 75 missiles balistiques de type Kinzhal ou Iskander. Blick a fait ses propres calculs: les Russes devraient réunir 280 à 400 millions de dollars pour se procurer les armes nécessaires au black-out mortel de l'Ukraine.

Autrement dit, avec les 800 millions de dollars estimés provenant de la vente de diesel aux Etats-Unis, Poutine pourrait financer deux fois la destruction du parc énergétique ukrainien. La liste de Vladimir Poutine inclut également trois des quatre centrales nucléaires ukrainiennes. La centrale de Zaporijia, la quatrième et la plus grande, est occupée par les Russes depuis mars 2022. Selon les chiffres du Kremlin, deux missiles de type Kinzhal par centrale suffiraient à détruire l'approvisionnement électrique de l'installation nucléaire.

Vers un accident nucléaire?

Le document passe sous silence les conséquences potentiellement catastrophiques d'une coupure de courant sur les systèmes de refroidissement des centrales nucléaires. Plus troublant encore, il ne précise même pas que les trois sites sont des installations nucléaires. Depuis l'attaque de drones contre le sarcophage du réacteur détruit de Tchernobyl, durant l'hiver 2025, les Ukrainiens savent que Moscou se soucie guère des risques radiologiques liés à leurs attaques. Cette nouvelle liste de cibles le prouve: la Russie semble prête à prendre le risque d'un accident nucléaire aux conséquences dévastatrices pour toute l'Europe.

Le ministre ukrainien de l'Energie, Denis Chmyhal, a présenté ce document à des experts européens de la défense lors d'une réunion confidentielle à la mi-septembre. Il l'a qualifié de «calcul terroriste froid», selon le média ukrainien RBC. Le «New York Times» et «Radio Free Europe» ont également pu consulter cette liste.

L'origine de cette liste est inconnue: les métadonnées ne sont pas claires, et aucun auteur n'est cité. De plus, certaines pages manquent. Il est donc envisageable que les Russes aient défini davantage de cibles d'attaques que celles exposées par ce plan hivernal.

Les Etats-Unis possèdent-ils des informations secrètes?

L'existence de cette liste ne suffit pas à prouver que Vladimir Poutine a approuvé des plans d'attaque concrets. L'armée russe utilise depuis des décennies des documents de planification de ce type. Mais si cette liste devait servir de base à de futurs ordres de frappe, l'Ukraine se retrouverait face à une menace considérable.

Selon le Royal United Services Institute, un centre de réflexion britannique, Kiev dispose désormais de très peu de moyens pour intercepter les missiles balistiques explicitement mentionnés dans le document. Avant même la pénurie de missiles intercepteurs Patriot fournis par les Etats-Unis, l'Ukraine avait été incapable d'intercepter 273 des 345 missiles russes recensés.

La nuit dernière encore, selon les autorités ukrainiennes, plusieurs missiles balistiques ont frappé le centre de Kiev. Sans avertissement. Cette absence d'alerte pourrait indiquer que les Etats-Unis ne partagent plus leurs renseignements avec l'Ukraine, ou qu'ils le font de manière beaucoup plus restreinte. Si cette hypothèse se confirmait, les conséquences seraient lourdes: pour mener sa campagne hivernale contre les infrastructures ukrainiennes, Vladimir Poutine pourrait compter, au moins indirectement, sur le désengagement de la Maison Blanche.

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