L'armée ougandaise a démenti samedi avoir emmené de force en hélicoptère le chef de l'opposition et candidat à la présidentielle, Bobi Wine, alors que les résultats définitifs sont attendus. Le parti du principal adversaire du président Yoweri Museveni, la Plateforme d'unité nationale (NUP), avait indiqué vendredi soir sur X qu'un «hélicoptère de l'armée a atterri» dans la résidence de Bobi Wine «et l'a emmené de force vers une destination inconnue».
Les gardes du corps de Bobi Wine ont été «violemment agressés» au cours de l'incident, avait ajouté la NUP. «Les rumeurs de sa soi-disant arrestation sont infondées», a toutefois démenti samedi le porte-parole de l'armée Chris Magezi. «Ces messages sont destinés à inciter ses partisans à des actes de violence», a-t-il ajouté auprès de l'AFP.
«On a très peur»
Selon des journalistes de l'AFP, la situation était calme devant le domicile de Bobi Wine tôt samedi matin, mais les membres de son parti étaient injoignables en raison de coupures de communication persistantes. Les forces de l'ordre ont assuré, selon la chaîne NBS, que l'opposant était chez lui.
«Nous avons déployé des forces de sécurité supplémentaires autour de la résidence de Bobi Wine et aux alentours car il s'agit d'une zone d'intérêt sécuritaire, comme partout en Ouganda», a déclaré à l'AFP un porte-parole de la police. «Des groupes de jeunes se sont mobilisés pour semer le chaos aux alentours de la résidence», a-t-il ajouté.
Un commerçant du quartier, Prince Jerard, 29 ans, a déclaré avoir entendu un drone et un hélicoptère près de la maison la nuit précédente, et avoir constaté une forte présence policière. «Beaucoup de gens ont quitté le quartier», a-t-il souligné. «On a très peur.»
Au moins dix morts
Un député de la NUP, Muwanga Kivumbi, a affirmé à l'AFP que dix partisans avaient été tués à l'intérieur de son domicile dans le district de Butambala (centre), fief de Bobi Wine, par l'armée dans la nuit de jeudi à vendredi.
Le secrétaire général de la NUP, Lewis Rubongoya, a déclaré à l'AFP que plus de 20 personnes sont mortes lors de l'incident, et 50 blessées. Les forces de sécurité ougandaises ont de leur côté indiqué que sept personnes avaient été tuées dans la zone pour «avoir attaqué» le centre local de dépouillement des votes.
De nombreux observateurs voient dans la présidentielle une formalité pour Yoweri Museveni, ex-guérillero âgé de 81 ans officiellement, qui vise un septième mandat consécutif en s'appuyant sur un contrôle total de l'appareil électoral et sécuritaire. Après le dépouillement des urnes dans près de 81% des bureaux de vote, Museveni est crédité d'une avance confortable avec 73,7% des suffrages, contre 22,7% pour Bobi Wine – de son vrai nom Robert Kyagulanyi –, selon les derniers chiffres de la commission électorale.
Les résultats définitifs sont attendus d'ici samedi 16H00 (13H00 GMT).
Président du ghetto
Bobi Wine s'est imposé ces dernières années comme le principal rival de Museveni, qui est au pouvoir depuis maintenant quarante ans. Il se surnomme le «président du ghetto», en référence aux quartiers défavorisés de Kampala où il a grandi. L'ex-chanteur de raggamuffin de 43 ans, qui a connu détention et torture lors des précédentes élections en 2021, était assigné à résidence depuis jeudi soir, selon la NUP.
Avant les élections, les autorités avaient coupé internet, qui n'était pas rétabli samedi. Le vote se déroule dans un climat «marqué par une répression et une intimidation généralisées», a pointé l'ONU.
Au moins 400 partisans de Bobi Wine ont été arrêtés durant sa campagne, selon l'ONG Amnesty international. L'opposant a pris l'habitude de porter un gilet pare-balles. Il a accusé sur X le gouvernement de «bourrage massif des urnes» et appelé la population à manifester en cas de fraude. L'autre grand chef de l'opposition, Kizza Besigye, candidat à quatre reprises contre Museveni, a été enlevé en 2024 au Kenya pour être ramené en Ouganda, où il reste détenu pour des accusations de trahison.