La théorie complotiste du grand remplacement a été diffusée en masse en Europe via une vaste opération d'influence, vraisemblablement orchestrée depuis Israël. C'est ce que nous apprend une enquête publiée le 29 octobre, intitulée Manufacturing the «Great Replacement». Ses auteurs sont les chercheurs Sohan Dsouza et Marc Owen Jones, respectivement chercheur indépendant et professeur à l’Université américaine Northwestern sur son campus de Doha (Qatar).
Menace d'«islamisation de l'Europe» martelée
D'après le quotidien «Le Monde», cette «gigantesque campagne d’influence» a «arrosé la France de publicités racistes et islamophobes». Lancée il y a trois ans, elle cible les périodes électorales. En France, la campagne – qui passe par tous les réseaux sociaux – a visé les mois précédant les élections européennes de 2024. En Allemagne, elle a ciblé en 2026 les mois précédant l’élection régionale en Saxe-Anhalt, qui a hissé au pouvoir l’extrême droite.
De manière générale, cette vaste campagne de désinformation a visé la propagation internationale de l'idée du grand remplacement, en matraquant la menace d'une «islamisation de l'Europe». Tout en pointant du doigt le Qatar comme promoteur de l’immigration de masse.
Adresses et pseudos localisés en Israël
De par son ampleur et sa durée, cette opération constitue, selon les chercheurs, «l’une des plus grandes campagnes d’influence et de désinformation jamais documentées». Elle a touché 830 millions de personnes dans 30 pays, toutes plateformes confondues, et aurait coûté plus de 10 millions de dollars, selon «Le Monde».
Derrière cette opération, plusieurs indices pointent vers des auteurs basés en Israël. Une adresse IP a par exemple révélée accidentellement (à la faveur d'un problème technique) une localisation en Israël, indique «Le Monde». En outre, Marc Owen Jones et Sohan Dsouza ont identifié une série de vidéos de la campagne dont les métadonnées indiquaient que les monteurs travaillaient sur le fuseau horaire israélien.
Elles comportaient des pseudonymes de créateurs israéliens, dont un certain «ShukiD». Ce dernier aurait collaboré à des campagnes pour des politiques israéliens tels que Moshe Kahlon, l’ancien ministre des Finances de Benjamin Netanyahu.
La campagne s'est poursuivie en toute illégalité sur des réseaux comme TikTok, Facebook ou Youtube, malgré les multiples signalements, recréant de nouveaux comptes moins de 24 heures après la suppression des précédents.