Ses Césars, Lumières et autres prix d’interprétation ne l’ont pas changé. La poignée de main franche, un large sourire aux lèvres, loin de se prendre pour une star, Benoît Magimel dégage une vraie sympathie et se montre toujours disponible et prêt à jouer le jeu de la promotion.
Benoît Magimel, comment vous êtes-vous préparé pour interpréter le général Koenig dans le film d’Antonin Baudry (qui a coûté 66 millions de francs et est à ce jour le plus gros budget du cinéma français)?
Il y avait déjà une belle partition dans le scénario, qui était vraiment très bien écrit. Ensuite je me suis plongé dans le destin de cet homme. J’ai cherché à comprendre qui était ce général. C’est une personnalité très impressionnante. J’ai voulu également revenir à l’individu, à son engagement. Voir comment il réussissait à entraîner autant d’hommes à combattre avec lui. Cette fameuse bataille de Bir Hakeim est un réel sacrifice. Les soldats le savent et ils suivent cet homme en qui ils ont confiance. Il y a une réplique dans le film que j’adore: «Vous avez choisi votre combat, je vous laisse choisir votre mort.» C’est très frappant; moi, je ne sais pas quel engagement j’aurais pu avoir. Il fallait trouver comment rendre visible le courage. Il y a une phrase de Brel qui ne me quitte pas. Il dit: «On joue ce que l’on ne réussit pas à être, ce que l’on ne réussit pas à faire.» Le métier d’acteur est formidable pour cela. Il faut réussir à tirer la peau d’un autre dans la sienne. C’est passionnant, on vit une transmission, on en tire des enseignements. A chaque nouveau rôle, c’est ce que je m’efforce de faire.
Antonin Baudry, le réalisateur, dit de vous que vous êtes parfait, que c’est vous qu’il voyait dès le début dans ce rôle de chef de guerre tendre et humain qui aime la vie, que vous lui avez offert le meilleur de vous-même. Il vous admire profondément…
C’est gentil. On s’était rencontrés il y a quelques années pour un projet qui n’a pas pu voir le jour, mais il m’avait dit qu’il reviendrait vers moi. Et comme ce sont les metteurs en scène qui font que je vais dans un film ou pas, j’étais ravi.
Ce film est une très grosse production. Qu’est-ce que cela change pour vous de tourner dans ce type de film?
Peu de chose, c’est surtout pour le réalisateur que cela compte. C’est lui qui porte tout sur ses épaules. En plus, dans ce film, moi, j’ai tourné dans un trou dans le désert avec les jumelles, donc je n’ai pas vécu le déferlement des chars et la grosse artillerie (rires). Je crois que l’engagement est le même quel que soit le budget du film qu’on est en train de tourner, mais les enjeux sont différents. Ce qui me plaît énormément dans ce film, c’est qu’il donne envie d’en être, plus que ce que les livres d’histoire peuvent apporter.
Passer dans la peau d'un méchant
Dans le thriller de Léa Mysius Histoires de la nuit, adapté d’un roman de Laurent Mauvignier, vous êtes un voyou qui sort de prison, vous faites très peur…
C’est la première fois que je joue un méchant. Mais pour moi, c’est plus un homme brisé. On ne doit pas juger ses rôles, on doit les comprendre. Voir le cadre de vie dans lequel les personnages ont évolué, les drames qu’ils ont vécus. Il y a des rôles de méchant gangster mais c’est toujours très difficile de jouer des gens extrêmes. C’est difficile parce qu’il y a eu des précédents très réussis. Par exemple se mettre dans la peau d’un psychopathe après avoir vu Le silence des agneaux... Il est assez vertigineux d’avoir le niveau d’Anthony Hopkins. Mais, dans Histoires de la nuit, ce n’est pas ce type d’homme. Il s’agit juste de quelqu’un qui veut essayer de retrouver sa vie. C’était donc essentiel de travailler certaines scènes en amont avec ses partenaires, en l’occurrence avec Hafsia Herzi.
Quel genre d’acteur êtes-vous sur un plateau?
Je propose beaucoup. Je m’adapte en fonction des metteurs en scène, certains ne veulent pas changer le texte, on en discute pendant la préparation. Le tournage apporte des configurations nouvelles. J’essaie d’être le meilleur partenaire possible pour le réalisateur.
Qu’est ce qui vous fait dire oui à un projet?
Un réalisateur, un texte, les partenaires comptent aussi.
Vous n’avez jamais songé à passer à la réalisation?
Si, bien sûr! J’ai un projet. C’est un désir qui devient presque viscéral. Après 40 ans de métier – j’ai 52 ans –, on peut sentir une certaine frustration... et puis j’aime les acteurs.
«Je me considère comme un artisan»
Que représente le Festival de Cannes, qui vous a couronné du prix d’interprétation masculine en 2001 pour La pianiste de Michael Haneke?
C’est important d’y être. Pour un film, c’est une exposition extraordinaire. Pour un réalisateur, cela compte beaucoup, plus encore que pour un acteur. Ce festival est le lieu où l’on parle le plus de cinéma, du matin au soir.
Vous avez reçu de nombreux prix, quel sentiment vous inspirent les récompenses?
Une reconnaissance, des cadeaux. De la joie, bien sûr, et l’envie de continuer, de m’embarquer dans de nouvelles aventures.
Comment vivez-vous la notoriété?
Bien. Les gens sont bienveillants envers moi, cela ne me pèse pas, je m’arrange aussi pour que l’on ne me reconnaisse pas tout le temps (rires).
Qu’auriez-vous aimé faire si vous n’aviez pas été comédien?
Un métier manuel, genre menuisier. Une activité de construction, de création, d’artisanat. D’ailleurs, moi, je ne me considère pas comme un artiste mais comme un artisan. Un compositeur est un artiste, pas un acteur; enfin, c’est ainsi que je vois ce métier.
On dit de vous que vous êtes le nouveau Gabin, vous allez d’ailleurs l’incarner dans un film de Thierry Klifa. Quel sentiment cela vous inspire?
Le film n’est plus d’actualité. Mais je me sens très flatté. J’ai été élevé avec les films de Jean Gabin. C’est un modèle, pas seulement comme acteur, mais comme homme aussi.
Vous venez de retrouver Emmanuelle Bercot pour L’enragé, adapté du roman de Sorj Chalandon, et vous allez tourner avec Carine Tardieu La vie obstinée, avec Léa Drucker. Cela change quelque chose pour vous d’être dirigé par une femme?
Oui, on se sent plus aimé. Mieux regardé. C’est très agréable. Je viens aussi de retrouver Olivier Dahan, avec qui j’avais déjà travaillé pour un petit rôle dans Nana. Etre de nouveau demandé par un metteur en scène, c’est aussi une chance, une preuve de confiance qui facilite énormément le travail.
Nourrissez-vous encore un rêve d’acteur?
Oui, j’aimerais jouer dans un western. J’ai toujours apprécié ce genre et n’ai jamais eu l’occasion d’y être confronté.
La vie à côté du cinéma
Vous avez deux filles, Hannah, 27 ans, dont la mère est Juliette Binoche, et Djinina, 16 ans, dont la maman est l’actrice Nikita Lespinasse. Quel genre de père êtes-vous?
Je suis très protecteur. Le métier de parent est ce qu’il y a de plus difficile. Je suis d’ailleurs content, car Hannah suit des cours dans une école de cinéma pour faire de la réalisation et ne veut pas être actrice comme ses parents.
Qu’aimez-vous faire lorsque vous ne travaillez pas?
Dès que je ne travaille pas, j’entame des travaux dans la maison. Je fais de la peinture, je bricole. J’essaie de construire des choses, c’est un dérivatif qui me permet de faire le vide.
De quoi êtes-vous le plus fier?
De mes enfants!
Quelle est votre qualité principale?
La fidélité.
Et votre principal défaut?
L’entêtement. C’est vrai que je suis très têtu!
Cet article a été publié initialement dans le n°23 de «L'illustré», paru en kiosque le 04 juin 2026.
Cet article a été publié initialement dans le n°23 de «L'illustré», paru en kiosque le 04 juin 2026.