Sarah Knafo, 33 ans, a un créneau qui plaît sans doute à une partie de la communauté française de Suisse, qu’elle vient rencontrer à Genève ce lundi 12 octobre: la lutte ouverte contre le «socialisme dépensier» qui, selon elle, a engendré le déclassement actuel de son pays.
Pourquoi le surendettement de la France est-il coupable? Comment le déficit public n’a-t-il cessé de s’aggraver ces dernières années? Dans son livre Le Casse du siècle (éd. Fayard), succès de la rentrée, la députée européenne du parti Reconquête (droite radicale anti-immigration) d’Eric Zemmour – candidat à la présidentielle 2027 – part à l’assaut de la citadelle étatique tricolore. Blick l’a interrogée en exclusivité. Et ça décape.
Sarah Knafo, que répondez-vous aux Suisses qui considèrent la France comme un «panier percé»?
Je leur dis qu’ils ont raison. Oui, notre France est depuis des décennies un panier percé, du point de vue de ses finances publiques. Regardons la réalité en face: on prend beaucoup d’argent aux Français, mais les caisses sont toujours vides. Ce pays est le plus imposé du monde, et il a un niveau d’endettement public record. Le pire est que ce panier percé n’est pas le résultat d’un accident ou d’une crise, mais la conséquence de mauvaises décisions et de mauvais choix politiques. C’est pour cela que je parle de «casse du siècle».
Vous y allez fort: la France s’est aussi endettée pour s’équiper, pour financer son Etat social, pour tenir son rang en matière de défense. Les Français en ont profité, non?
Qui a vraiment remis la France sur les rails? Le général de Gaulle, à son retour au pouvoir en 1958, avec à ses côtés l’économiste Jacques Rueff. Ouvrez les livres d’histoire et relisez les médias de l’époque: en 1958 déjà, les pays européens se moquaient de la France. En quelques mois, le général de Gaulle et Rueff ont réduit les dépenses de 14%. Le budget français est revenu à l’équilibre en un an. Ils ont prouvé que le déclin n’est pas une fatalité. Puis, une fois le pays redressé, les grands investissements ont été décidés. On a financé l’arme nucléaire, les premières autoroutes… Je ne dis pas qu’il faut arrêter d’investir dans les infrastructures. Surtout pas. Au contraire, je suis fière de réussites comme le TGV. Je dis simplement qu’on ne peut plus investir dans une grande période de crise et de déclin. Ce qui est le cas aujourd’hui. Pour réinvestir, il faut désendetter la France d’urgence. Et couper dans les dépenses publiques toxiques.
Sauf que vos amis de droite ont aussi beaucoup dépensé. Ils ont aggravé le déficit public et la dette. C’est quoi, le mal français?
Le socialisme dépensier. Le voilà, le mal qui affaiblit le pays. On promet tout. On signe des chèques. On fait du socialisme même quand on est de droite. Car en France, la droite a fait du socialisme dépensier! Et que propose le Rassemblement national sur le plan économique, sinon la même chose? Prenez l’exemple d’Emmanuel Macron, ce président élu sur une plateforme plutôt libérale. Quand vous créez, comme lui, 400'000 postes de fonctionnaires (NDLR: le chiffre de 270'000 agents publics est plus proche de la réalité, selon les statistiques officielles) en dix ans, j’appelle ça du socialisme.
Et vous pensez que les Français sont prêts à accepter des coupes dans le budget de l’Etat? Qu’ils peuvent être «désintoxiqués» de la dépense publique?
Regardez les ventes de mon livre. Je ne m’attendais pas du tout à vendre 250'000 exemplaires du «Casse du siècle». Personne ne l’avait vu venir. La raison? Les Français ne sont plus dupes. Ils comprennent la gravité de la situation et ils sont, selon moi, prêts à des mesures radicales. Ce qu’ils ne supportent plus, ce sont les demi-mesures. On le remarque sondage après sondage: plus de 70% sont prêts à une thérapie de choc pour baisser massivement les dépenses. Il n’y a rien de plus raisonnable aujourd’hui que des solutions radicales.
Sauf que ces mêmes Français refusent la réforme des retraites, manifestent sans cesse et restent attachés aux 35 heures hebdomadaires de travail…
Ils se cabrent quand on ne leur propose rien d’autre que de prolonger un système qui ne marche plus et qui n’assure plus l’avenir de leurs enfants! Les Français ne veulent pas se sacrifier. Ils veulent faire des efforts qui paient, et c’est ce que je propose. Prenez les retraites : pourquoi sacrifier deux ans de votre vie pour sauver un système qui ruine tout le monde, déjà condamné à mort par nos courbes démographiques? Pourquoi se sacrifier pour un système social condamné à mort? Je ne propose pas un plan de sacrifices, mais un programme d’enrichissement individuel.
Facile à dire et à écrire, mais il faut dans ce cas répondre à la question: «Où est passé l’argent public?» Je pense aux lycées, dont les élèves dénoncent le délabrement…
C’est la seule question qui compte. Celle qu’il faut répéter devant tous les responsables politiques. «Où est passé l’argent?» Pour l’éducation comme pour la santé, comme dans tous les domaines, l’argent a disparu. Entre la poche du contribuable et le service public fourni sur le terrain, un gouffre de bureaucratie l’a englouti. Tout se perd dans la bureaucratie, les administrations, les procédures qui ne contribuent ni aux soins ni à l’éducation.
J’en reviens aux lycées: ils sont en feu, au sens propre comme au sens figuré…
Arrêtons d’abord de donner la parole à de soi-disant lycéens qui brûlent leurs établissements. Est-ce qu’on va donner du crédit à des gens qui disent qu’ils manquent de moyens et brûlent ces moyens? Peut-on accorder un quelconque crédit à des lycéens cagoulés, avec des drapeaux étrangers, marocains, algériens ou palestiniens, qui viennent nous dire: «On manque de professeurs»? Je n'accorde pas de crédit à ces revendications. La majorité silencieuse a une autre revendication, bien plus importante: elle veut arrêter la chute du niveau scolaire. Cela la met en danger sur le marché du travail. Il y a des diplômes dévalorisés. La majorité silencieuse a cette revendication. Problème d’éducation, problème de sécurité. Je ne crois pas aux revendications de ceux qui brûlent un lycée flambant neuf. Le premier problème qu’il faut résoudre, c’est la chute du niveau.
Vous aimez le système suisse et les référendums. Marine Le Pen a plusieurs propositions en ce sens. Elle veut faire, par exemple, approuver par les électeurs un frein constitutionnel à l’endettement. Vous votez pour?
Je défends tous les référendums. Il faut demander son avis au peuple le plus souvent possible. Ce que propose Marine Le Pen va donc dans le bon sens, car sa proposition témoigne du début d’une prise de conscience sur l’urgence budgétaire. Je préfère ça aux souvenirs d’un Rassemblement national qui prônait plus de dépenses publiques. Le problème est que sa future règle d’or n’interdit pas les déficits. Elle vise à aboutir à moins de déficit. C’est économiquement absurde. Cela ne contribuera pas à nous désendetter. Mme Le Pen veut des déficits de l’ordre de 3% du produit intérieur brut (PIB). Je pense que la première des choses à faire n’est pas de parler de règle. Ce n’est pas de faire de la communication, mais de présenter un plan concret qui permet de la respecter: une liste de baisses de dépenses.
Vous êtes nommée en 2027 ministre des Finances après l'élection présidentielle. Vous faites quoi, tout de suite?
Je m’engage à supprimer 800'000 postes de fonctionnaires sur le quinquennat. 470'000 départs par an. On ne remplace pas ceux qui travaillent dans les services jugés non essentiels. Je défends la suppression des aides publiques au développement, la suppression des aides sociales aux étrangers, la suppression des aides publiques à l’éolien, la suppression des aides dans le cadre de la politique de la ville. Et parallèlement, je taxe moins pour que les Français gagnent plus. Je supprime la CSG d’activité, ce qui augmenterait mécaniquement les salaires de 10%. Je supprime les droits de succession, qui sont un impôt immoral.
Pointer du doigt les étrangers ou les fonctionnaires, est-ce la solution? Vous allez dresser une France contre l’autre…
Veut-on, ou pas, désendetter d’urgence ce pays qui est aujourd’hui ligoté et enlisé? Je décris dans mon livre la spirale infernale des dépenses publiques qui asphyxient l’économie, car elles obligent sans cesse les gouvernements à augmenter les impôts. A un moment, il faut arrêter de se voiler la face. Le système est à bout. Je regarde donc ce qui coûte le plus cher et ce qui doit être coupé pour remettre le pays sur les rails. On ne peut pas continuer à piquer aux Français, qui sont les premières victimes de ce «casse du siècle».A lire: «Le casse du siècle» de Sarah Knafo (Ed. Fayard)
Sarah Knafo signera son livre à la FNAC de Genève ce lundi 12 octobre à partir de 16 heures.