En bref
- Un livre publié le 3 septembre affirme que Vincent Bolloré, magnat des médias, organise deux réunions hebdomadaires pour orienter les choix éditoriaux de ses médias comme CNews et le JDD, dans le but d'influencer la présidentielle de 2027 en réunissant les droites. Vincent Bolloré dément toute ingérence, contrairement aux témoignages recueillis par les auteurs.
- Les journalistes du Nouvel Obs, auteurs du livre, révèlent que Vincent Bolloré rencontre régulièrement des personnalités politiques, dont Marine Le Pen, Eric Zemmour et Edouard Philippe. Un déjeuner secret avec ce dernier aurait eu lieu en 2025 pour discuter de la présidentielle.
- Le livre s'appuie sur 150 interviews, mettant en lumière la stratégie médiatique et politique de Vincent Bolloré, qui contrôle de grands groupes comme Canal+, Europe 1 et le JDD. Selon ses proches, il cherche à éviter la dispersion des voix de la droite et de l'extrême droite.
Le milliardaire conservateur Vincent Bolloré «pilote lui-même» chaque semaine deux réunions avec les directeurs des médias dans son giron, de CNews au JDD, et veut peser sur la présidentielle de 2027 en unissant les droites, affirment les auteurs d'un livre paru jeudi sur l'homme d'affaires.
«Dans cette réunion» par visioconférence, «chaque article est présenté, chaque proposition de couverture est soumise au grand patron, qui approuve ou rejette le projet», écrivent les journalistes du Nouvel Obs Camille Vigogne Le Coat et Clément Lacombe dans «La droite de Dieu – Vincent Bolloré, un milliardaire en mission» (Les Arènes).
«Le rituel est immuable: Geoffroy Lejeune (directeur du JDD) déroule le menu du prochain +JDD+, puis vient celui du +JDNews+ par Louis de Raguenel (également chef du service politique d'Europe 1...), avant que Laurence Ferrari, présentatrice sur CNews et Europe 1, ne conclue par +le JDMag+, la déclinaison féminine de l'hebdomadaire», ajoutent les auteurs.
Cette version contredit les affirmations publiques de l'entrepreneur breton. «Je n'interviens pas» dans ces médias, avait-il répété devant la commission d'enquête parlementaire sur l'audiovisuel public, fin mars. Contacté par l'AFP, le directeur général de Canal+ France, qui chapeaute CNews, Gérald-Brice Viret, et dont les auteurs affirment qu'il participe à ces réunions, n'a pas souhaité réagir. Le groupe Bolloré n'a pas souhaité faire de commentaire. Geoffroy Lejeune n'a pas répondu à l'AFP.
Un défilé de politiques
Les auteurs affirment avoir interviewé 150 personnes, dont certaines du premier cercle, mais Vincent Bolloré ne leur a pas accordé d'entretien. Selon leur livre, l'homme d'affaires de 74 ans rencontre de nombreux politiques et membres du gouvernement, notamment dans son hôtel particulier à Paris.
Ils mentionnent Marine Le Pen, Jordan Bardella, Eric Zemmour, Laurent Wauquiez, les membres du gouvernement Gérald Darmanin, Aurore Bergé ou l'ancien Premier ministre Gabriel Attal. Un déjeuner, «resté secret», entre l'homme d'affaires et Edouard Philippe, candidat Horizons à la présidentielle de 2027, a aussi été organisé en 2025, selon eux.
«Vincent craint que la France ne bascule»
«L'impact du groupe Bolloré, on l'intègre. C'est comme les réseaux sociaux, c'est une nouvelle donne. Ca devient hypocrite de faire sans», confie dans le livre Gabriel Attal (Renaissance), lui aussi en lice à la présidentielle. «Vincent Bolloré peut faire perdre un candidat», ajoute la ministre chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé.
Via les groupes dans son giron, le magnat est présent dans la télévision (groupe Canal+), la radio (Europe 1), la presse écrite (JDD et magazines du groupe Prisma) et l'édition (Hachette). D'après les deux journalistes, «chez Vincent Bolloré, l'union de la droite et de l'extrême droite est devenue une idée fixe, récente mais profondément ancrée».
«Vincent craint que la France ne bascule et face à cela, son angoisse, c'est que personne n'émerge ou qu'il y ait quatre ou cinq noms à droite», leur déclare l'un de ses proches, le patron Arnaud Lagardère. Le livre explore aussi le catholicisme affirmé du Breton, et sa proximité avec la chroniqueuse Xenia Fedorova, accusée par la France de faire la propagande du Kremlin dans ses médias.