Le préfet de police de Paris Patrice Faure a saisi la justice contre le maire LFI de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) Bally Bagayoko pour «des faits présumés de provocation à commettre un délit», dans le cadre du mouvement de blocage des lycées, a annoncé mercredi l'entourage du représentant de l'Etat. Le préfet de police de Paris a fait un signalement au titre de l'article 40 du code de procédure pénale au procureur de Bobigny, a précisé cette source dans un message à l'AFP.
Patrice Faure reproche notamment au maire de Saint-Denis des propos présentant «la réaction violente comme pouvant être une réponse compréhensible ou légitime à l'action des forces de l'ordre». Ce signalement a été déposé après que Bally Bagayoko s'est rendu, lundi et mardi, aux côtés des lycéens de Paul-Eluard, à Saint-Denis, où ils organisaient un blocage pour dénoncer la dégradation de leurs conditions de scolarité.
Mardi matin, devant le lycée, le maire LFI a notamment estimé au micro de BFM que «la violence, à un moment donné, peut être légitime», pour manifester son soutien aux lycéens mobilisés. «Mais chaque fois qu'on peut l'éviter, c'est mieux», a-t-il aussitôt nuancé. D'après son entourage, le préfet de police entend aussi dénoncer «l'attitude» de Bally Bagayoko, «filmé, hilare, dansant à proximité d'une poubelle en feu», laquelle «peut être perçue comme une forme de validation, à tout le moins symbolique, des dégradations commises».
Dans un communiqué, le maire de Saint-Denis a de son côté appelé mercredi à ne pas détourner «le débat des revendications de notre jeunesse». «Après la vidéo tronquée de la poubelle, où certains ont voulu faire croire que j'allumais un feu, voici une citation tronquée dont on voulait déduire que j'appelle à la violence. Il n'en est rien», a-t-il ajouté, assurant que «la violence n'est pas notre méthode d'action».
«Montée de la violence»
Depuis le début des blocus lycéens, 119 élèves et personnels ont été blessés, a déploré mercredi le ministre de l'Education nationale Edouard Geffray. «C'est 34 personnels qui ont été blessés au total depuis le début des troubles. C'est inédit dans l'Education nationale», a-t-il précisé en conférence de presse, disant qu'«on ne peut évidemment en aucun cas admettre que des agents publics qui dédient leur vie à leurs élèves puissent faire l'objet d'attaques.»
Six cent vingt-cinq personnes ont été interpellées mercredi, a indiqué le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, qui a évoqué une «extension du mouvement» et déploré une «montée de la violence» devant certains établissements.
En outre, 83 policiers et gendarmes ont été blessés mercredi lors de cette mobilisation qui a concerné 356 établissements, a ajouté Laurent Nuñez devant la presse. Le ministre a déploré une «prise à partie des fonctionnaires, des jets de projectiles, violences, déclarations, tentatives de mise à feu, et ce qui s'apparente» selon lui à «des violences urbaines». L'IGPN, la «police des polices», a été saisie de trois enquêtes après que des lycéens ont été blessés lors de blocages d'établissements, a indiqué mercredi le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, selon qui les forces de l'ordre sont intervenues «avec beaucoup de proportionnalité».
«Ce sont des mineurs qui sont en face des forces de l'ordre. Evidemment, il y a un usage très proportionnel» des «armes intermédiaires», notamment du gaz lacrymogène, a poursuivi le ministre. L'Inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie de faits commis à Sevran (Seine-Saint-Denis), Saint-Ouen-L'Aumône (Val-d'Oise) et Tours, où un jeune homme a été blessé à la tête mercredi et a été hospitalisé.
«Une plateforme de concertation»
Le gouvernement va bientôt ouvrir une «plateforme de concertation» pour que les lycéens puissent partager leur «inquiétudes» et leurs «revendications», a annoncé le gouvernement. «Il faut impérativement que nos élèves puissent retrouver le chemin des cours, notamment tous ceux qui en sont empêché», a estimé le ministre de l'Education Edouard Geffray.
Pour que les lycéens «puissent retrouver la capacité à exprimer, dans un cadre démocratique organisé, leurs revendications», il a annoncé la création d'une «plateforme de concertation» lundi, ou mardi matin au plus tard.
Il organisera ensuite, à une date non déterminée, «un événement de restitution nationale pour pouvoir apporter des réponses structurées», et promet d'être «transparent sur les demandes» et «sur les réponses». Dans le même esprit, les recteurs vont réunir dans 48 heures, les conseils académiques de la vie lycéenne, et les proviseurs devraient convoquer «une réunion extraordinaire» des conseils d'administration et organiser des réunions des conseils de la vie lycéenne si besoin.
«J'entends et je comprends les angoisses parfois, les colères que notre jeunesse peut avoir (...) Par contre, aucun de ces débats, aucune de ces craintes ne légitime la violence. Et en aucun cas des responsables politiques (...) ne sauraient légitimer une violence au carré», a déclaré le président de la République, Emmanuel Macron, depuis Madrid, visant les responsables de La France insoumise qui soutient le mouvement de contestation. «Les Insoumis appellent à la non-violence des méthodes de lutte», a assuré mercredi sur X le leader de LFI, Jean-Luc Mélenchon.