Un dirigeant populaire. Un leader qui apaise. Une personnalité clairvoyante et tournée vers l'avenir. Un partisan de l'Europe, capable de dire « non » à Donald Trump. Ce profil pourrait être celui du prochain président que les Français éliront les 18 avril et 2 mai 2027. Sauf qu'il est celui d'un homme qui ne se présentera pas, mais recueille à l'évidence les suffrages populaires: le pape Léon XIV.
Etonnant de voir, dans cette République française qui porte sa laïcité en étendard, la popularité du chef de l'Eglise catholique romaine depuis son arrivée à l'aéroport d'Orly, vendredi 25 septembre. Partout, le pape est acclamé. Au Stade de France, la veillée de prière qu'il a présidée lors de la première soirée de sa visite s'est transformée en spectacle… «à l'américaine». Un show catholique très réussi pour ce pape né à Chicago et citoyen des Etats-Unis (mais aussi du Pérou, où il fut missionnaire dans les montagnes des Andes).
L'explication se trouve, bien sûr, dans la résistance de la foi et de l'Eglise en France, malgré la déchristianisation chronique. Elle est aussi affaire de tempérament et de posture. Léon XIV a tout pour plaire à la France de 2026. Il est, par sa vie et par son cheminement, un pape universel, familier des deux mondes: celui du capitalisme triomphant de l'Amérique du Nord et celui du sous-développement en Amérique latine. Il fait des efforts notables pour parler français. Il ne chamboule pas tout, comme son prédécesseur François, qui préférait les «périphéries» du monde aux capitales occidentales. Il parle juste et fort des sujets qui façonneront notre futur, comme l'intelligence artificielle, disséquée dans la première encyclique de son pontificat, «Magnificas Humanitas», signée le 15 mai 2026.
Un pape un peu français
Mieux pour les Français: ce pape est un peu l'un des leurs. Son nom de famille, Prevost, vient de ses origines françaises, en Normandie et dans le Béarn. Léon XIV tient, par ailleurs, les intellectuels en haute estime. Il les consulte. Il fait fonctionner le Vatican de façon bien plus collégiale que son prédécesseur. Il est, à sa manière, un théoricien du «en même temps». Il parie sur le compromis plutôt que sur la rupture.
Alors, candidat parfait pour la présidence de la République, ce pape? Nul doute que si un bulletin de vote portait son nom, le jour du scrutin présidentiel, beaucoup se laisseraient tenter. S'approcher de lui, d'ailleurs, est un bon argument électoral. Plusieurs présidentiables, dont Marine Le Pen, seront d'ailleurs présents à la messe géante de ce samedi, place de la Concorde. Dommage que Léon XIV n'ait pas prévu dans son programme un moment d'échanges avec ceux qui aspirent à diriger l'Etat. Dans une France rongée par le doute et minée par la mauvaise gestion des finances publiques, ce pape-président obligerait le pays entier à se montrer sérieux. Et si les Français avaient besoin d'un sermon inspiré plutôt que de promesses intenables?