Son discours à l'ONU attaqué
Macron est-il devenu l'ennemi diplomatique N°1 d'Israël?

Les attaques israéliennes se multiplient contre Emmanuel Macron après les propos de celui-ci à l'ONU sur les exactions commises dans les territoires palestiniens. «Une absurdité grotesque», a réagi Benjamin Netanyahu.
1/5
Emmanuel Macron s'est exprimé mardi 22 septembre à la tribune de l'Assemblée générale de l'ONU à New York.
Photo: imago/UPI Photo

En bref

Généré par l’IA, vérifié par la rédaction
  • Lors d'un discours sur la situation en Cisjordanie, Emmanuel Macron a déclaré : « Le Hamas n’a jamais sévi en Cisjordanie », suscitant une vive réaction d'Israël. Le Premier ministre Nétanyahou a qualifié cette affirmation d’« absurdité grotesque ».
  • Le ministre israélien Bezalel Smotrich a accusé Macron de mentir, rappelant que le Hamas est actif en Cisjordanie et y a organisé de nombreux attentats. Il critique également les propos du président français sur la colonisation et la sécurité israélienne.
  • Israël mentionne l’assassinat de Netanel Shukrun, un citoyen franco-israélien, par un membre du Hamas en Cisjordanie. Selon le gouvernement israélien, des centaines d’attaques similaires auraient été perpétrées par l’organisation dans la région.
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

«Regardez ce qui se passe en Cisjordanie, où chaque jour des violations sont faites, au nom de quoi? Le Hamas n’a jamais sévi en Cisjordanie.» Cette phrase, Emmanuel Macron savait, avant de la prononcer, qu’elle ferait l’effet d’une grenade diplomatique dégoupillée. Le président français a pourtant choisi de la prononcer à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU, ce mardi 22 septembre.

Objectif: briser l’omerta sur les exactions commises par les forces de sécurité de l’Etat hébreu et les colons israéliens dans les territoires occupés de la Palestine, que la France a décidé de reconnaître il y a tout juste un an. Emmanuel Macron défend, depuis lors, l’Etat de Palestine, dont le président Mahmoud Abbas a été de nouveau interdit cette année de visa pour New York par les autorités américaines. Mais cette défense, cette fois, a déclenché une contre-offensive sans précédent.

A la tribune de l’ONU

Pour le gouvernement israélien, et pour la droite israélienne en particulier, dire à la tribune de l’ONU que le Hamas n’opère pas en Cisjordanie est une erreur criminelle. Si le mouvement islamiste palestinien responsable de l’assaut terroriste du 7 octobre 2023 ne gouverne effectivement pas le territoire comme il a gouverné Gaza, il y possède des réseaux et ses militants, selon les services de sécurité israéliens, y enrolent de nouvelles recrues.

Benjamin Netanyahu a donc aussitôt répliqué, suivi par toute une série de responsables politiques en campagne pour les législatives israéliennes du 27 octobre, trois ans après la tragédie provoquée par les commandos du Hamas. Le Premier ministre israélien a qualifié les propos de Macron d’«absurdité grotesque et sidérante». Avec pour contre-exemple l’assassinat d’un citoyen français: Netanel Shukrun, qui aurait été tué par un membre du Hamas en Cisjordanie.

«L’ignorance n’est PAS une excuse pour effacer leur sang», a tonné le chef du gouvernement israélien, encore soutenu, selon les sondages, par 36% des Israéliens, contre 39% pour son nouvel adversaire, l’ancien général Gadi Eisenkot. Important: 25% des électeurs restent indécis, à un mois du vote.

Macron face à un tir de barrage

Emmanuel Macron s’attendait sans doute à ce tir de barrage. Logique. La France est en particulier dans le collimateur de l’extrême droite israélienne, alliée de Netanyahu et partie prenante de son gouvernement de coalition.

L’une des raisons de cette colère des ultranationalistes israéliens est l’interdiction d’entrée sur le territoire français imposée depuis mai 2026 aux deux ministres les plus véhéments: Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich. Le premier fait l’objet d’une interdiction administrative pour ses «agissements inqualifiables» envers des ressortissants français et européens de la flottille pour Gaza. Le second a été frappé d’une même mesure le 9 juin 2026 après ses menaces contre la France, à la suite des sanctions décidées par Paris visant, justement, la colonisation et les violences de colons en Cisjordanie.

Ce qui est reproché à la France, outre ces décisions nationales, est la volonté d’Emmanuel Macron de faire bouger les lignes au sein de l’Union européenne (UE) sur le sujet d’Israël et de la Palestine, même si cela ne s’est pas encore concrétisé. A ce jour, 15 des 27 Etats membres de l’Union européenne reconnaissent l’Etat de Palestine, soit une majorité. Mais le projet de boycotter commercialement l’Etat hébreu, dont l'UE est le premier partenaire en termes d’échanges économiques, reste lettre morte.

Boycott commercial

En septembre 2025, la Commission européenne a proposé de suspendre les dispositions commerciales de l’accord d’association UE-Israël, ce qui ferait perdre aux produits israéliens leurs tarifs préférentiels. Mais l’Allemagne, la Hongrie, la République tchèque et plusieurs autres Etats s’y opposent toujours.

Résultat: plusieurs pays sont passés à l’action individuellement sur la question des colonies israéliennes dans les territoires palestiniens. Le 8 septembre dernier, la France, l’Espagne, le Danemark, la Finlande, l’Irlande, la Pologne, le Portugal et la Suède ont annoncé des restrictions visant les produits provenant de ces colonies israéliennes, faute de pouvoir aboutir à une interdiction européenne généralisée.

En fin de mandat, puisqu’il ne peut pas se représenter lors de l’élection présidentielle de mai 2027, Emmanuel Macron ne lâche pas ce dossier explosif. «Quelle est notre crédibilité si nous continuons de rester inactifs face à Gaza?», a-t-il asséné à l’ONU. «Certains se flattent d’une paix prétendue, mais cette paix n’a pas rouvert une seule seconde les voies humanitaires. Devons-nous contempler ce spectacle qui nous fait honte à tous? (...) Tous ceux qui prétendent que la sécurité d’Israël passe par la violation de la souveraineté de tous ses voisins font une erreur funeste.»

Importante communauté juive

Et alors? En France, où résident l’une des plus importantes communautés juives d’Europe (environ 500'000 personnes) et la plus importante communauté musulmane (autour de 6 millions), la polémique est aussi très forte. Régulièrement, la montée de l’antisémitisme y est attestée par des études et dénoncée. Avec le risque d’un clash communautaire, alors que 71% des Français juifs déclarent, selon les sondages, que l’attaque du 7 octobre 2023 a renforcé leur identité juive. Autre indicateur significatif des fractures, toujours selon les enquêtes d’opinion: 52% de ces Français de confession juive envisageraient de quitter la France, dont la moitié pour Israël comme destination, et 80% disent avoir éprouvé un sentiment de solitude en tant que Français juifs face aux réactions de la société française.

L’opinion publique est, sans surprise, beaucoup plus divisée. Selon l’institut Ipsos, 50% des Français interrogés disent qu’Israël leur évoque quelque chose de négatif, même si 75% ont une bonne image du peuple israélien. Sur le conflit, 47% éprouvent de la sympathie pour les Israéliens, contre 40% pour les Palestiniens.

En revanche, seulement 14% éprouvent de la sympathie pour le gouvernement de Benjamin Netanyahu, contre 57% de l’antipathie. Le Hamas est rejeté comme une organisation terroriste par 69%, mais la moitié des sondés estiment que la riposte israélienne est disproportionnée. Et dans un autre sondage, 74% soutiennent la position de la France prévoyant des mesures contre Israël si son offensive à Gaza ne cesse pas.

Articles les plus lus