Nouvelle journée sociale
Cette pétition contre CNews met (aussi) le feu à la France

Une pétition réclamant la suppression de la chaîne CNews dépasse les 900'000 signatures. La chaine BFM est attaquée pour «banalisation de propos racistes». Alors que les Français descendent à nouveau dans les rues ce samedi, le climat télévisuel s'enflamme.
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Pascal Praud est le présentateur vedette de Cnews, la chaine du groupe Bolloré.
Photo: imago/ABACAPRESS

En bref

  • Les chaînes CNews et BFMTV sont accusées d'attiser les tensions sociales en France, notamment dans le contexte des manifestations contre la vie chère. Une pétiotion anti CNews approche le million de signatures.
  • Le 5 novembre 2026, une grève a éclaté chez BFMTV, tandis que CNews fait face à des sanctions du régulateur Arcom pour manquement au pluralisme. CNews a été mise en demeure par l'Arcom en juin 2026 pour insuffisance de pluralisme
  • Selon Reporters sans frontières, 40 % de l'antenne de CNews en mars 2025 était consacrée à l'insécurité, l'immigration et l'islamisme, avec une surreprésentation des personnalités de droite. Chez BFMTV, 200 journalistes ont signé une lettre dénonçant des dérives éditoriales.
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

Faut-il interdire CNews? Près d'un million de Français, signataires d'une pétition qui le demande, répondent par l'affirmative, alors que ce samedi 7 novembre est une nouvelle journée de mobilisation sociale à travers le pays.

La chaîne d'information en continu, dont les thèmes privilégiés sont l'immigration, l'insécurité, le soutien au gouvernement de Benjamin Netanyahu en Israël et l'opposition radicale de droite au gouvernement d'Emmanuel Macron, est, avec la radio Europe 1, l'étendard du groupe du milliardaire réactionnaire Vincent Bolloré. Son positionnement en faveur de la droite extrême a, plusieurs fois, entraîné des avertissements de l'Arcom, l'institution chargée, en France, de garantir la diversité d'opinions sur les chaînes de télévision en accès gratuit. Cette dernière a mis CNews en demeure, en juin 2026, pour «défaut de pluralisme».

Pétition anti-CNews

La pétition anti-CNews a été lancée en juin dernier sur le site de l'Assemblée nationale. Elle récoltait, en fin de semaine, plus de 950'000 signatures, ce qui devrait entraîner un débat parlementaire. Mais plus que la charge contre cette chaîne, considérée comme le principal tremplin médiatique pour les idées du Rassemblement national, c'est le climat politique et social du moment, en France, qui la transforme en affaire d'Etat. Le leader de La France insoumise (LFI, gauche radicale), Jean-Luc Mélenchon, tient, ce samedi, un grand meeting au Bourget (au nord de Paris) pour le lancement de son programme présidentiel «L'Avenir en commun».

Simultanément, un «Acte IV» de la mobilisation sociale contre la vie chère aura lieu dans tout le pays, entraînant à nouveau le déploiement de 70'000 policiers et gendarmes pour maintenir l'ordre. Or, CNews campe sur une ligne ultra-sécuritaire, n'hésitant pas à faire le lien entre les pillages du 17 octobre et la jeunesse issue de l'immigration. Le débat est tellement houleux que des journalistes des médias de droite sont régulièrement pris à partie. Et que même un sociologue réputé, Jérôme Fourquet, est accusé d'attiser la colère entre communautés après avoir affirmé que 75% des jeunes présumés casseurs et pilleurs déférés devant la justice ont des prénoms d'origine étrangère.

Pascal Praud, présentateur vedette

CNews et Europe 1 ont le même présentateur vedette: Pascal Praud, un ancien commentateur sportif devenu le porte-parole de la France de droite radicale, dont les émissions sont très largement suivies. C'est à sa présence à l'antenne, plusieurs heures par jour, que CNews doit en partie d'être la première chaîne d'information du pays, devant BFMTV, LCI et France Info TV. Mais c'est une autre ex-présentatrice vedette de CNews qui alimente la polémique. Sonia Mabrouk, sur BFMTV depuis la rentrée, est accusée en interne, par une partie de sa rédaction, d'avoir importé dans la chaîne possédée par l'armateur milliardaire Rodolphe Saadé les pratiques en vigueur chez son ancien employeur: invitations d'élus d'extrême droite, polarisation du débat autour de l'insécurité, etc. Des accusations renforcées depuis un autre événement qui a révélé les fractures françaises: l'attentat terroriste commis à Trappes, le 23 avril 2026.

Un homme proche de l'extrême droite, aujourd'hui en détention, a tué un résident d'origine congolaise, connu pour être un espoir du MMA. La motivation raciste du crime – il y a eu aussi cinq blessés – est établie. L'auteur des faits a reconnu avoir ciblé «des personnes qu'il percevait comme musulmanes, africaines ou nord-africaines pour venger les commerçants victimes de pillages lors des manifestations du 17 octobre». Fait révélateur: la cérémonie d'hommage organisée le 30 octobre n'a pas réuni l'ensemble des forces politiques, même si la présidente de l'Assemblée nationale avait prononcé un discours dénonçant ces faits trois jours plus tôt. Un hommage national a été annoncé par Emmanuel Macron.

La violence et les pillages

La polarisation du débat politique en France, illustrée par les accusations contre ces deux chaînes de télévision, n'épargne pas le service public. Dans la foulée du 17 octobre et des pillages, la chaîne France 2 a été ciblée pour avoir diffusé en boucle des images des émeutiers et des casseurs, alimentant le climat de chaos. Plusieurs sondages publiés entre octobre et novembre 2026 montrent une forte inquiétude des Français face à l'insécurité: 17% des Français, selon l'institut Gallup, la citent comme principal problème du pays en 2026, contre seulement 8% en 2025. 91% selon l'institut Elabe condamnent les violences et 93% estiment «devoir désormais assurer eux-mêmes leur sécurité» tout en soutenant les revendications sociales. Un sondage Odoxa du 22 octobre 2026 va plus loin: 60% des personnes interrogées jugent les consignes données aux forces de l'ordre insuffisamment répressives et 72% estiment que la «délinquance est hors de contrôle».

Face à cela, le gouvernement se trouve dans l'obligation de trouver une issue à la crise sociale, après la réussite des manifestations syndicales du 5 novembre. Ce lundi 9 novembre, une grande conférence sociale est prévue, et l'augmentation du salaire minimum est à l'ordre du jour. Faute de solution, et si les protestations se poursuivent, le climat politique risque encore de s'aggraver à six mois de la présidentielle d'avril-mai 2027, pour laquelle les deux candidats les mieux placés sont Marine Le Pen pour le RN, avec environ 35% des intentions de vote, et Jean-Luc Mélenchon pour LFI, avec 18%. L'un comme l'autre ont vu ces dernières semaines leur popularité augmenter, à la faveur des convulsions sociales.

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