Tous contestent les accusations
Des «pionniers» de la fabrication de cigarettes de contrebande en France jugés en novembre

Cinq hommes seront jugés du 16 au 18 novembre à Paris pour leur rôle présumé dans l’une des premières usines clandestines de cigarettes découvertes en France, à Poincy fin 2021. Tous contestent les accusations.
Une usine clandestine de cigarettes a été découverte fin 2021 à Poincy, en Seine-et-Marne.
Photo: Syspeo/Sipa
Post carré.png
AFP Agence France-Presse

Le phénomène, en expansion, interpelle l'industrie du tabac: cinq hommes, soupçonnés d'avoir participé au montage de l'une des toutes premières usines clandestines de cigarettes sur le sol français, doivent être jugés en novembre à Paris.

Nichée à Poincy (Seine-et-Marne) dans un entrepôt gris et anonyme, policiers et douaniers avaient découvert fin 2021 une véritable fabrique de fausses cigarettes Marlboro, a précisé jeudi une source proche du dossier à l'AFP.

A l'époque, cette découverte, dans une zone d'activités de la banlieue de Meaux, est «une première» en France, souligne auprès de l'AFP une source au sein de l'industrie du tabac.

Et un signe que les organisations criminelles, qui écouleraient quelque 480 millions de paquets de contrebande chaque année en France, cherchent à rapprocher la production de contrefaçon du fumeur français, analyse-t-elle.

Derrière un premier espace dédié aux livraisons, était cachée une série «de pièces de vie devant permettre à des ouvriers de vivre en autarcie sans contacts extérieurs pendant plusieurs jours à plusieurs semaines» avec douches et matelas, selon des éléments des investigations dont l'AFP a eu connaissance.

Une troisième salle, cachée derrière cloisons et faux-plafond, contenait un compresseur, une machine-outil «semblant servir à couper du tabac et à confectionner des cigarettes»...

«Une chaîne complète de production», prête à fabriquer pas moins de 750.000 cigarettes par jour, a jaugé un spécialiste du groupe Philip Morris, propriétaire de Marlboro, devant les enquêteurs.

Equipes «24/24»

Une information judiciaire, confiée à la Juridiction interrégionale spécialisée de Paris, qui lutte contre la criminalité organisée, s'est conclue par le renvoi, en août, de cinq hommes devant le tribunal correctionnel. Ils contestent les accusations.

Deux prévenus, âgés de 47 et 52 ans, ont déjà été condamnés à plusieurs reprises en France, et aussi en Belgique pour l'un d'entre eux. Ils sont accusés d'avoir installé l'usine de contrebande, détenu ses outils et le tabac.

Les enquêteurs ont pu récupérer leurs conversations, où ils évoquent la fabrication de papier spécial avec «les ultraviolets, les reflets et tout», le recrutement d'équipes devant travailler 24H/24, 7 jours sur 7, la revente prévue sur des «parkings cachés» au fond de ruelles...

Un troisième suspect, un quadragénaire multicondamné, est considéré comme un complice, ayant notamment aidé à louer l'entrepôt et lui fournir une alimentation de 380 volts. Sollicité, son avocat, Me Raphaël Chiche, n'a pas souhaité réagir.

Les deux derniers prévenus, un sexagénaire et un trentenaire d'origine moldave, inconnus de la justice et arrêtés lors de la découverte de l'entrepôt où ils logeaient, sont considérés par les enquêteurs comme des «ouvriers». Leurs conseils n'ont pas souhaité réagir ou n'ont pas donné suite.

Produire local

Programmé du 16 au 18 novembre, le procès promet d'être scruté par l'industrie du tabac, qui redoute de voir des organisations criminelles transnationales, notamment d'Europe de l'Est, multiplier ce genre d'installations dans l'Hexagone.

Jusqu'à présent, les cigarettes de contrefaçon qui inondent le marché français proviennent avant tout d'usines dans le reste de l'Union européenne, explique une source au sein de l'industrie du tabac.

La Pologne est le pays européen numéro un, la Belgique est aussi très touchée, et devrait connaître une année 2026 record: déjà 12 usines démantelées en septembre. Mais les trafiquants tentent de «se rapprocher» des 12 millions de fumeurs français.

Produire local, en espérant échapper plus facilement aux contrôles: au moins sept usines y ont été démantelées depuis celle de Poincy, explique la source au sein de l'industrie.

Signe que le phénomène prend de l'ampleur, les gendarmes ont démantelé en janvier 2023 dans la banlieue de Rouen la plus importante fabrique clandestine de cigarettes en France - valeur des saisies: 13 millions d'euros à la revente.

Articles les plus lus