Les os de sa femme identifiés
Pourquoi Cedric Jubilar a-t-il tant tardé à avouer?

Cette affaire criminelle ébranle la France. Maintenant que les os retrouvés de Delphine Jubilar on été identifiés, la question est posée: pourquoi son meurtrier de mari a-t-il tant tardé à avouer?
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Cedriic Jubilar a finalement avoué le meurtre de sa femme. Il devrait être rejugé à Toulouse le 21 septembre.
Photo: AFP

En bref

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  • Les ossements retrouvés le 16 juillet dans le Tarn ont été confirmés comme appartenant à Delphine Jubillar, disparue en décembre 2020.
  • Cédric Jubillar, condamné à 30 ans de prison en 2025, prépare son appel en septembre. Ses aveux récents, attribués à un «choc émotionnel» font-ils partie d'une stratégie judiciaire, visent à influencer le jugement?
  • Si la mort accidentelle est retenue, il pourrait être libéré d’ici 10 à 15 ans. En cas de préméditation, la perpétuité serait envisagée par la cour
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

Les services d'identification de la gendarmerie française ont préféré prendre leur temps avant de rendre leurs conclusions. Retrouvés jeudi 16 juillet dans un champ agricole du Tarn, à l'emplacement d'un ancien tas de fumier, les os de fémur prélevés par les enquêteurs, puis transportés en hélicoptère, ont finalement parlé.

Il s'agit bien d'une partie du squelette de Delphine Jubillar, disparue en décembre 2020 de son domicile dans ce département du Sud-Ouest de la France. La jeune femme, une infirmière de 33 ans, a bien fini ici, enterrée à la va-vite par son mari, qui a avoué son meurtre le 7 juillet, d'abord dans une lettre à ses avocats, puis devant les juges.

Six années d'attente

Mais pourquoi avoir attendu près de six ans pour dire la vérité alors que tous les faits l'incriminaient ? Pourquoi avoir clamé son innocence durant son procès devant les assises du Tarn, en septembre 2025, à l'issue duquel une peine de 30 années de prison a été infligée à ce père de deux enfants, âgés de 6 ans et 18 mois au moment de la disparition de leur mère ?

Pour ses défenseurs, cette longue attente est le résultat d'un «choc émotionnel» que Cédric Jubillar (39 ans) ne parvenait pas à surmonter et que ses anciens avocats n'avaient pas réussi à déceler.

Pour la famille de sa femme, tuée par étranglement selon ses aveux, l'affaire est en revanche entendue: le meurtrier prépare son procès en appel, pour l'heure toujours prévu en septembre prochain.

Objectif: convaincre les cinq jurés de son second procès du drame passionnel qui s'est noué dans la maison conjugale de Cagnac-les-Mines, le 16 décembre 2020. Delphine Jubillar demandait le divorce. Elle entretenait une liaison. Lui, son mari, ne l'a pas supporté.

Aveux calculés

«Sincérité, charge mentale trop lourde à porter, ou aveux calculés et stratégiques visant à réduire sa peine lors de son futur procès en appel?» interroge le quotidien «La Dépêche», qui a publié en exclusivité l'information des aveux. Une première réponse sera le calendrier. Le procès en appel devait s'ouvrir le 21 septembre. Il pourrait désormais être repoussé en raison de ses aveux et de la découverte des ossements de Delphine, sur laquelle plusieurs documentaires ont été diffusés ces jours-ci par les chaînes de télévision françaises.

«Au regard de tous les actes qu'il y a à accomplir, des démarches qu'il y a à faire, des auditions de Cédric Jubillar, il n'est pas du tout envisageable de maintenir ce procès en septembre. Ce serait déraisonnable et ce serait contraire, d'ailleurs, à la tenue d'un procès équitable», argumente Me Pierre Debuisson, l'avocat du meurtrier présumé. Or, plus le temps passe, plus l'émotion retombe. Est-ce le calcul ?

L'autre explication donnée pour ces aveux est celle d'une nouvelle stratégie de défense. Cédric Jubillar, plâtrier-plaquiste, a parlé de ses deux enfants pour justifier sa décision d'avouer le meurtre de son épouse. Il a aussi affirmé qu'il s'attendait à ce que le corps de celle-ci, enfoui à une dizaine de kilomètres de son domicile, soit retrouvé, ce qui n'avait pas été le cas.

D'où la question sur le champ où les ossements ont été déterrés. Ce lieu avait-il été repéré par l'intéressé, qui s'y est rendu en pleine nuit quelques heures après le meurtre? Ou est-il le résultat du hasard, de la part d'un mari hagard, qui affirme avoir dissimulé le corps de son épouse défunte à mains nues, choisissant simplement de la cacher dans le fumier?

Amadouer les jurés

Pour France Info, la volonté est limpide: «Différé ou non, le procès en appel de Cédric Jubillar se tiendra, et cette fois, avec un accusé qui reconnaît sa responsabilité dans la mort de son épouse. Mais sa version d'une dispute et d'une mort accidentelle convaincra-t-elle la cour d'appel?»

Selon Me Isabelle Steyer, avocate au barreau de Paris spécialisée dans les féminicides, il s'agit avant tout d'une stratégie destinée à amadouer les jurés. «Qu'est-ce que, finalement, une expertise des ossements va nous dire de la cause de la mort de Delphine? Le résultat, on le sait, est extrêmement aléatoire. Puisqu'on ne connaît pas les causes de la mort, puisqu'on ne connaît pas les conditions de la mort, je vais une nouvelle fois, moi, Cédric Jubillar, imposer mon discours», résume-t-elle.

Si la version d'une mort accidentelle est retenue, la peine maximale n'excédera pas 20 ans. Avec les réductions de peine, Cédric Jubillar pourrait espérer recouvrer sa liberté dans dix ou quinze ans. Il aura alors, compte tenu des années déjà passées en prison, à peine 50 ans. Dans le cas où la préméditation serait, en revanche, retenue par les jurés, la perpétuité avec une peine incompressible serait au rendez-vous.

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